‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 112 sur 198 · L'ASSOMPTION DE MOÏSE · texte numérisé non relu

L'ASSOMPTION DE MOÏSE

Le soleil ne donnera pas de lumière et se changera en ténèbres,

les cornes de la lune seront brisées, et elle se- changera toute en sang,

et le cercle des étoiles sera troublé.

Et la mer se retirera dans l'abîme,

et les sources des eaux manqueront,

et les fleuves seront dans l'efFroi.

Car il se lève le Dieu suprême, seul éternel,

et il se manifestera pour punir les nations,

et il détruira toutes leurs idoles.

Alors tu seras heureux, Israël,

et tu monteras sur la nuque et sur les ailes de l'aigle,

et elles seront enflées (1) (pour voler).

Et Dieu te haussera

et te fixera au ciel des étoiles,

au lieu où elles résident.

Et tu regarderas d'en haut, et tu verras tes ennemis dans la terre,

et tu les reconnaîtras, et tu te réjouiras

et tu rendras grâces et hommage à ton Créateur.

Ce serait une erreur de penser que la vie se poursuit sur la terre comme auparavant, après qu'Israël a été transporté au ciel des étoiles. S'il se réjouit à la vue de ses ennemis, c'est qu'ils sont dans un lieu de supplices, c'est-à-dire dans la Géhenne que portait peut-être le texte primitif (2). Le grand événement devait se produire deux cents cinquante temps, c'est-à-dire probablement semaines d'années depuis la mort de Moïse, que l'on plaçait communément 2500 ans après la création. Au total 4250 ans après la création. Elle n'aurait donc pas encore été proche au temps où écrivait l'auteur (3), et cependant il semble l'attendre incessamment. Sa foi dans la Toute-Puissance de Dieu et dans sa Sagesse était intacte, mais uniquement au bénéfice d'Israël. Il condamne très énergiquement ses chefs temporels et spirituels, et pourtant il n'entrevoit, pas l'au-delà comme une sélection entre les pécheurs et les justes. C'est Israël qui sera sauvé par un coup de théâtre, et seulement quand le monde cessera d'exister. Son nationalisme est aussi farouche que son pessimisme. Le Messie, — si l'on peut lui donner ce titre, — n'est pas le

(1) JUt implebuntur, comme Virgile dit implere vêla. Charles y voit un synonyme de (jyv- TeXsffÔ^ffovTat perdentur, et il entend les lignes précédentes d'une lutte contre l'aigle qui serait l'aigle romaine. De même Cleraen d'après la vision de l'aigle dans IV Esdr., xi s., qui n'a rien à faire ici. Israël fait son ascension au ciel sur le dos de l'aigle (cf. £»?., xxxir, 11), comme l'Éiana babylonien : « Allons », dit l'aigle, « je le porterai aux cieux ; sur ma poitrine place ton dos, sur les plumes de mes ailes place tes mains n etc., (Dhorme, Tesles religieux assyrobabyloniens, p. 177). Celte antique tradition orientale avait été reprise en faveur d'Alexandre dans son ascension à l'Olympe; cf. L'ascension d'Alexandre par Gabriel Millet {Syria, 1923, p. 85 ss.). Israël ne méritait pas moins.

(2) Charles, p. 422.

(3) Plus tard dans le Talmud une baraïllia anonyme indiquait 4231 ans pour l'avènement du Messie; cf. Le Messianisme..., p. 193.

roi fils de David qm régaera sm ïsraëfdans la terre, mainte, c'est un être surnaturel, conçu' comme préexistant, investi de sa mission qui sera seulement de vaincre et de- châtier les ennemis du peuple de Dieu.. Un messianisme purement eschatologique a donc existé au temps de Jésus. Il ne coïncide avec celui du Sauveur que par l'élan qui doit emporter les âmes vers le séjour d'en haut. Mais c'est là un trait commun de la foi des Juifs. Pour tout le reste, il est aux antipodes de cette prédication qui s'appliquait à rendre les hommes meilleurs, qui préparait des ouvriers pour cette œuvre de longue haleine., qui prévoyait le salut de tous, et envisageait le ciel comme la récompense de la honne volonté exercée sur la terre.

§ 2. Xe livre des Paraboles d'Hénoch (1).

On donne ce nom à la plus importante section de la compilation '^'Hénoch, les chapitres xxxvii-lxxi : ce sont trois visions d'Hénoch "tîiommées de ce mot hébreu (mâchai) difficile â traduire qui marque une sentence riche de sens", que l'on a rendu par le grec parabole. Les visions ne ressemblent en rren à des paraboles évangéliques. Le terme est donc impropre, et Gressmamx comme STartin diraient volontiers Les discours ôti Le twfe du Messie. %mB ce titre risquerait d^égarer, car si le livre est tout entier consacré â un être extraordinaire, où des chrétiens pouvaient reconnaître le Messie, son caractère est tout à fait différent de celui du Messie traditionnel des Juifs, par exemple du Messie des psaumes de Salomon. Nous gardons donc le titre usité jusqu'ici, qui traduit, quoiqu'imparfâitement, la désignation de l"auteur hébreu.

Cette œuvre est extrêmeriient difficile à entendre et même à analyser. Tout te monde est d'accord qu'elle comprend certains éléments adventices ou digressions, qui importent peu au thème principal, et qu'on en distingue par cela même (2). Mais on ne s^entend pas sur d'autres éléments qui pourraient être étrangers à l'écrit primitif, et qui cependant font partie du thème central de la rédaction, celui de l'Élu, du Fils de l'homme et du Messie.

A propos de ce bloc, on a posé une question préjudicielle. Quelquestms ont pensé qu'il était d^origine chrétienne (3) : Cette opinion ne semble

(1) Outre les ottvrages généraux sur Hénoch, voir Bèr Menschensohn des Henoch, von. Nils Messel, 1922 (cf. HB., 1922 p. 624)..— Der Menschemohn in Henoch, dans Der Messias voiï Hiigo- Gressmann (t 7 avril \^21)s livre posthume en 1929,— Nous reprenons ici tout à nouveau le système ébauché dans Le Messianisme... , p. 87-98. — Toutes nos traductions sont celle» de M. Martin, h Livre d'Hénoch.

(2) D'après Martin (p. lxxxiii), ce sont d'abord des fragments noachiques (xxxix, 1-2"^ liv, 7-Lv, 2; Lx, 1-6 et i,xY-LXix, 2.5); sur Béhémoth et Léviathan (lx, 7-10, 24-25)| des données de physique et d'astronomie (xli, 3-S; xlui; xuv; lix; lx, 11-23; lxix, 23).

(3) Schûrer (III, p. 280) cite Hofmann, Weisse, Ililgenfeld, Volfcraar, PbilippiV

JM XIViRE DES PARABOLES d'eÉNOCH» â43

^iias repirésentée. Oïl ne conçoit pas qu'un chrétien ait compcj^é >\m livre entier sur celui qu'il eût enn^sag^é comme le Hessie, .sans cavoir lait wne plus grande pla-ce à la vie de Jésus-Christs. Mais si un livre existait fd4j4} écrit par un Juil, un 'chrétien a pu être tenté d'y kttroduire des interpola* tions chrétiennes, «ans trop en changer la playsioncanie., comme ee fct le ■cas par exemple pour les testaments des douze iRatriarehes,

A) AjyiLïiSE LITTÉKAIRE.

Or il se trouve précisément que tout le livre est comme réparti alteniativement entre deux groupes composés autour de deux persûnnes, l'Élu (1) et le Fils de l'homme (2).

Sur ce,, Charles a proposé de distinguer deux sources distinctes §uà auraient été fondues par un rédaeteur. Il a ajouté un second indice 4e distinction. Dans la source du Fils de l'homme, l'ange interprète eg^ nommé : « l'ange qui allait avec moi » (3), tandis qu'avec l'Élu <j>n trouve « l'ange de la paix » (4).

Mais ce deuxième indice obligerait à attribuer à la source « Fils de l'homme » des passages antérieurs à son apparition et qui ne la préparent pas. Ces deux noms de l'ange interprète ne sont donc pas un cril/ère assuré, et de plu«, certaines parties sont trop feien fomdues pour se prêter à l'hypothèse de deux documents-sources, auquel =cas leur individuaiité devrai?t être assez marquée pour qu'on puisse obtespr deux suites en les mettant sépariêmeni bout à bout;.

Tout autre est rhypothêse d'un oomplément, c'est-à-^dire d'une série

d'inteiipolaitioaas qui auraient Juxtaposé le couple Tète des jours et >Fils

de l'homme aux passages isur l'Élu, qui forment incontestablement le

stock principal et primitif. (L'addition aurait eu ponar but de compléter

aine conceptioji ancienne par une comception nouvelle»

Il est vrai qu'une unité plus étroite semble exigée par la présence d'un vocable très rare, « le Seigneur des- esprits »,, qui se rencontre partout, Gent-quatrefois d'après Charles, (aussi bienavec le Fils de l%;omme>qukvee l'Élu. Mais on pourrait supposer que «celui qui a interpolé le livre a conservé cette donnée fondamentale et s'en est servi même dans les passages qu'il ajoutait. Dans le sens de la dualité on alléguerait que la « Tête

(1) XXXIX, 6; XL, 5; XLix, 2; Li, 3.5; LU, 5.^; Lxvii, 4.5.10; LU, 1, et équivalemment xl, 3-4'; lv, 4; LXT, 8.

(2) xLvi, 1-5; XL vin, 2-7. Puis après ua long iatervalle, lxii, 5.7.9.14; lxiii, 1,1; xix, 26.27;29; ixx, 1; Lxxi, 14.17.

(3) XL, 3-7; XLXi, l-XLYiil, 7; m, 3-4; LXi, 34; LXII, 2-LXiir; LXix, 26-29; lxx-lxxî, 4.

,(4) KXXyai-Xxxix;; xl, 1-2; 8-10^ XLl, 1-2.9;; XLV; XLVIII, 8-40;; L^LIl, l-«2 ; 5-9; îiau-usv, .6; ty, 3-LVn; LXi, 1-3; 5-13; LXII, 1.

des jours » ne vient jamais que pour préparer le Fils de l'homme (1), sauf dans deux passages noachiques où le dernier rédacteur l'a ajoutée, pour maintenir, lui aussi, Une certaine uniformité (2). On dirait donc que le Fils de l'homme étant emprunté à Daniel (vu, 9-27), Fauteur des additions devait nécessairement l'introduire par la Tête des jours, et ne pouvait la faire apparaître qu'avec lui. Les deux personnalités étant solidaires toutes deux peuvent être adventices. Mais pour le prouver il faudrait établir que les traits du Fils de l'homme sont plutôt chrétiens que juifs. C'est le point décisif qu'il convient d'examiner.

Il est inutile de relever l'importance de la solution sur l'exégèse'. du Nouveau Testament. Le Fils de l'homme est-il une conception déjà élaborée par les Juifs d'après le livre de Daniel, ou est-ce Jésus lui-même qui a créé ce rapprochement en prenant le titre de Fils de l'homme? Le premier point est admis par tous les critiques actuels qui croient à l'unité dès paraboles. Le second résultera, croyons-nous, de la preuve ^de la dualité dé l'Élu et du Fils de l'homme.

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