‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 173 sur 198 · LE TEMPLE DE LSONTOPOLIS · texte numérisé non relu

LE TEMPLE DE LSONTOPOLIS

une face de lion, l'endroit fut nomme par les Grecs Léontopolis (1). un était à très peu de distance au nord-est d'Héliopolis, d'après Josêphe (2) à 180 stades au nord de Mempliis, D'après Josèphe, Onîas fit la première démarche, en l'appuyant sur la prophétie d'Isaïe (xis, 18-21) annonçant qu'il y aurait en Egypte un sanctuaire au Seigneur Dieu. Il est très intéressant de noter qu'il avait été séduit par l'aspect des lieiix, près d'Héliopolis (3), au retour d'une campagne militaire entreprise dans l'intérêt du roi. Son coup d'œil de général avait été frappé par les fortifications antérieures; comme prêtre il lui semblait que les Égyptiens n'auraient pas à se plaindre, s'étant désintéressés de ce vieux sanctuaire. Le roi répondit — et cela est tout à fait dans les idées anciennes — qu'il serait étonné si Dieu — celui des Juifs — se contentait d'un lieu contaminé de son point de vue. Mais enfin il laissait toute responsabilité à Onias. Il lui convenait d'ailleurs très bien de profiter de l'hostilité désormais déclarée des Juifs pieux contre les Syriens, et le côté militaire delà fondation fut sûrement ce qu'il eut le plus à cœur. Car dès le début la colonie établie à Léontopolis eut un caractère militaire, qu'elle conserva. Les deux fils d' Onias, Ghelcliias et Ananias furent généraux de Gléopâtre, la mère de Ptolémée Lathure (4), et quand Antipater se rendit en Egypte pour secourir Gésar, les Juifs du pays d'Onias vinrent en armes à sa rencontre pour l'arrêter. Quand il eût montré des lettres du grahcl prêtre Hyrcan, le sentiment national fut le plus fort et ils lui vinrent en aide dans sa difficile campagne (5).

Retranchés dans leuir camp (6), les Juifs de Léontopolis avaient leur culte semblable à celui de Jérusalem, croyant bien faire .

Le Temple était sur le plan de celui de Jérusalem, mais plus petit et plus pauvre. On y immolait des victimes. Ce qui prouve bien que

(1) A ne pas eonfondi'e avec une autre Léontopolis, beaucoup plus au aord.

(2) Bell, VII, X, 3.

(3) C'était bien Hélîopolis qu'avait nommé ïsaïe (xis, 18) : « En ce t«mps-la il y aura cinq vîlles sur la terre d'Egypte, qui parleront la langue de Canaan, et qni prêteront serment à lahvé des armées : l'une d'elle s'appellera ville du Soleil. » Les copistes hébreux ont écrit DIH, « destruction » au lieu de D'il! « soleil » ; d'autres avaient sans doute camouflé le nom propre en pTS^H, « de la justice », que les LXX ont transcrit. Les deux phénomènes tout à lait conformes à l'esprit des gardiens hébreux du texte sont à l'antipode de la conjecture qui agrée à tant de modernes d'une addition à Isaïe en faveur du temple de Léontopolis. Elle serait donc postérieure à 160, en pleine domination des Pharisiens qui ne furent jamais favorables au temple schismatlque. Auraient-ils nommé langue de Canaan l'araméen parlé par des Juifs?

(4) Ant.^ XIII, x, 4, citant Strabon.

(5) AnL, XIV, vm, 1.

(6) Bell., I, IX, 4 KXTO xwpov, Sç 'louSaiwv arpaTÔueSov ■x.aXsÎTai. Pans ses fouilles à Tell eU Je/l^{fZ^2/e7i qui correspond bien à Léontopolis, Flinders Pétrie a retrouvé la forme d'un camp {Hijcksos and Israélite Cities, 1906, p. 19-27). C'est aussi probablement le lieu nommé Castra ludaeorum dans la Notitia Dignitatum Orientis, c. 25.

c'était un foyer de nationalisme juif, c'est qu'il fut fermé par les Romains après la chute de Jérusalem en 73 (1).

Le temple d'Onias fut toujours regardé avec déplaisir à Jérusalem. Il rompait l'unité du culte. Josêphê dit qu'Ônias n'était pas animé d'une bonne intention (2). La Michna (3), se reportant dans le passé contestait la validité des sacrifices offerts dans le temple d'Onias. Tout au plus regardait-on comme valide l'accomplissement d'un vœu qui aurait été prononcé spécialement en vue de ce temple ; mais il eût été mieux de l'accomplir au Temple.

Ce qui nous intéresse ici davantage, c'est l'importance du sanctuaire de Léontopolis pour les Juifs Alexandrins eux-mêmes. Elle nous parait avoir été tout à fait négligeable. Philon ne parle pas du temple d'Onias et dit qu'il se rendit au temple des pères, c'est-à-dire à Jérusalem pour y offrir un sacrifice (4).

Les colonies militaires voisines établies dans les mêmes conditions (5), subissaient sûrement l'influence du temple d'Onias. Mais ces Juifs, parlant probablement l'araméen, n'avaient aucune autorité sur l'élite pensante d'Alexandrie. Il semble bien que la Sibylle n'a pas fait allusion au Temple de Léontopolis (6).

En tout cas il n'a joué aucun rôle dans le développement des idées du Judaïsme (7).

P. -S. — Nous avons attribué la fondation de Léontopolis à Onias IV. Cette construction nous parait toujours solide, quoique M. Motzo préfère Onias III comme fondateur du temple. Il est vrai que Josèphe se contredit quelque peu, mais on doit préférer son récit des Antiquités, postérieur à celui de la Guerre, et en harmonie avec II Mach. — Motzo [Op. /., p. 185, n. 1) fait intervenir le Talmud, ce qui trancherait la question! — Voici en efîet ce qu'on lit dans la traduction de M. Schwab du Talmud de Jérusalem (sur Yoma, vi, 3; t. V, p, 234) : (Simon le juste — lui, toujours lui! — étant sur le point de mourir) : « Par qui te remplacerons-nous, demandèrent les compagnons? Par mon fils Nehonia (Onias III), dit-il, qui est devant vous. On le renomma donc. Mais comme son frère Simon

(1) Bell., VII, X, 4, Le temple fut pillé et fermé par Lupus et Paulinus 343 ans après sa constructioa : ce qui reporterait la construction en l'an 170 av. J.-C.

(2) Bell., VII, X. 3 où [Ariv 'Ovta; è? Oyioûç yvw(j,Yiç xauta gTrpaTTev, àXX' ^v aOtip cpi^ovîixCa.

(3) Menakhot, xiii, 10. .

l4) De Providentia, Mangey II, 64fi.

(5) "WiLLRiCH, Das Chelkiastein, dans Archiv fur Papyrusforscïmng, 1, p. 48-56.

(6) Dans V, 492-503, un prêtre égyptien renonçant à Isis et à Sérapis, propose aux Égyptiens de se convertir : xal t6t' èv AlYUïtTtj) vao; [iéyocî eawcTai àyvô; xel; aÛTÔv euataç oï«ret Xao; 6s<$Teo-/CTo;. Le temple sera détruit par les Éthiopiens. Geffcken a montré {Komposition. , p. 26) qu'il y a là un pieux idéal plutôt qu'une allusion au mesquin temple d'Onias (contre Rzach, Pauly-Wissowa V° Sib. Orak., c, 2138). Un fragment du iv» siècle a été publié par Vitelli, Papiri Greco-Egizii, III, n° 389.

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