S34 XX. RELIGION ÉGYPTIENNE ET JUDAÏSME
§ 1°'' La religion gréco-égijptlenne.
Le royaume des Lagides fut un des théâtres les plus en vue du syncrétisme religieux qui suivit la conquête d'Alexandre.
Le dieu égyptien Sarapis en est le type principal, s'il est vrai que l'érudition la plus récente ait fait sortir son histoire de l'obscurité dont l'avait entourée à dessein la politique de Ptolémée Soter, le premier maître grec de ce pays.
Le mouvement vers l'unité qu'Alexandre imprima au monde grec s'était fait sentir en Egypte depuis des siècles. Aussi loin qu'on peut remonter, èhaque nom'c ou district avait son dieu. Mais quand la vallée du Nil obéit au même sceptre, le dieu Râ, d'Héliopolis fusionna avec le dieu Amon de Thèbes, et le Phtah de MempMsse trouva comme coincé entre ces deux grands seigneurs qui n'en faisaient plus qu'un seul. Un autre dieu régnait sur toute FÉgypte : c'était Osîris, le dieu des morts, tous rangés sous son sceptre au delà de l'Occident. Nos maîtres de l'Égyptologie nous disent qu'il s'était opéré une fusion entre Osiris et le dieu Apis de MempMs. Son nom, contracté comme sa personne, était Osorapis. Ce n'était pas précisément un Apis mort, mais la divinité représentée par tous ces Apis successifs, identifiée avec le dieu Osiris. Les Grecs qui coanaissaient Memphis avaient entendu parler de lui; ils le nommèrent Sarapis. On racontait que Ptolemêe Soter avait été averti en songe de faire venir le dieu de Sînope, une colonie grecque du Pont-Euxia (1). En réalité on ne ramena que sa statue, œuvre du grec Bryaxis. L'Egypte, autrefois si riche en artistes qui savaient rendre, par un vigoureux réalisme d'exécution, l'expression d'une personnalité ou d'une idée, était fîgée dans la reproduction des poncifs anciens. La sculpture grecque, alors dans tout son éclat, fournit le type et sut traduire cette: divinité multiforme qui était à la ■fois Zeus, Hadès, Osiris,, Dionysosy le; Soleil, Asclépios. Les plus grands dieux étaient donc réunis dans ce type nouveau : ceux: de l'Egypte et ceux de la Grèce. Manifestement Ptolémée,, politique consommé, avait entendu donner le même dieu à ses deux peuples, aux Égyptiens et aux Grecs; c'était les inviter à confondre leurs intérêts^ à s'unir pLus étroitement. Mais il semble qu'il faille ajouter ". « à son service », et sûrement aussi au service de l'hellénisme (2). Car il serait bien étrange que les Grecs, venus «n conquérants, aient abdiqué toute prétentionï dominatrice pour se fondre complètement avec le peuple du pays. Les premiers Ptolémées ne. se contentèrent pas de cette riche proie. Leur politique était assez avisée
(1) Tacite, Histoires, IV, 83.
(2) J. Kakrst, GescMchte des Uellenismus, II, 2° éd., p. 224 ss.