LA RELIGION GRÉCO-ÉGYPTIENNE. S
pour ménager les cultes égyptiens, protéger leurs sacerdoces, leur bâtir des temples, leur fournir des revenus. Mais leurs regards s'étendaient au delà de la vallée du Nil, et s'ils entendaient bien s'y installer solidement «t la rendre inexpugnable, leur intention secrète était de se servir de •cette admirable base pour établir leur hégémonie sur toutes les monarchies issues de l'Empire d'Alexandre. Sarapis était le dieu qu'il leur fallait pour cela, assez égyptien pour être accepté en Egypte, assez grec pous s'imposer au dehors. Mais toujours un dieu noyé dans la nature. Un oracle interrogé sur^e qu'il était répondait en son nom :
Le monde céleste est ma tête, mon estomac la mer; mes pieds sont la terre, mes oreilles sont dans l'élher, mon œil perçant est la claire lumière du Soleil (1).
Nous sommes bien loin du monothéisme transcendant du Dieu Créateur du monde ; le dieu principal n'est toujours pas le dieu unique et il ne peut se dégager de la matière avec laquelle il se confond par chacune de ses parties. Et qu'est-ce qu'un Dieu qui a des parties?
Tel est le premier phénomène de la transformation de la religion égyptienne à l'époque hellénistique. Ce n'était point un véritable progrès dans la connaissance de Dieu, ni même un affaiblissement du paganisme.
A côté de Sarapis, les rois Lagides se firent une place avec une décision plus rapide que les autres souverains macédoniens. Nous autres modernes avons peine à comprendre qu'on ait adoré comme des dieux les souverains du pays non seulement après leur mort, qui permettait d'imaginer une apothéose, mais encore de leur vivant.
Et c'est précisément dans un siècle de lumière, après l'épanouissement "de la philosophie et des arts de la Grèce, que cette étrange aberration prévalut. La décadence des cités, où un chacun était sacrifié à des intérêts collectifs, avait émancipé les individualités les plus originales. Des guerres eonstantes les avaient mises en valeur. Désormais l'intelligence du prince, son esprit politique, ses qualités militaires, le faste de sa cour, le mettent dans un rang à part, au-dessus de l'humanité, tout proche des dieux. Alexandre avait osé franchir le dernier échelon qui l'introduisit dans l'Olympe. C'est en Egypte que s'était opérée cette métamorphose qui était une apothéose, dans l'oasis d'Ammon dont le dieu l'avait déclaré son fils. Le conquérant n'ignorait pas que les anciens rois d'Egypte avaient été regardés comme des dieux, et dès leur naissance, par le privilège du sang divin qui coulait dans leurs veines, et qui se conservait plus pur par l'union du roi avec une de ses sœurs. îl était donc assuré d'avance de l'humble hommage des Égyptiens et aussi des
(t) Macrode, Saturnales, T,'20, 17.