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LES DONNÉES ANTÉCÉDENTES

§ 1*^ — Le peuple et son Dieu avant la captivité de Babylone,

Israël, comme tous les peuples anciens dont nous savons quelque chose, vivait sous l'empire d'une loi, à la fois religieuse et sociale, qu'ircpoyait lui avoir été donnée par son Dieu. Nier ce point, scruter les textes de son ancienne littérature pour leur arracher cette conclusion qu'il vivait sans se croire astreint à une loi divine et à des préceptes nombreux, serait en faire une nation à part, le soustraire aux conditions de la vie antique chez les Sémites comme chez les tribus asianiques, helléniques ou italiotes. Ce serait lui attribuer une conception rationaliste plus étrangère à son milieu que le caractère spécial qu'il reconnaissait aux opinions de sa loi.

Car cette loi, selon la tradition de tout un peuple, se distinguait de celles des autres peuples par des traits fortement marqués.

Et d'abord c'était une alliance entre la nation et celui qu'elle connais^, sait pour son Dieu. Entre les dieux des nations et ces nations, les rapports étaient fondés sur la nature. Quels étaient ces liens? On ne le savait pas exactement. Si le Dieu était invoqué comme un père, un oncle paternel ou même un frère, ce n'était pas, du moins aux époques historiques, que la tribu se crût issue de son sang. Les Babyloniens, sur lesquels nous sommes le mieux informés, pensaient que les dieux avaient créé les hommes précisément pour s'assurer un culte. Lors même qu'une cité devait se borner à adorer le dieu qui l'avait choisie pour son service, la pluralité des dieux, le polythéisme, était au point de départ de tout le système. Et personne ne savait dans quelles circonstances un dieu s'était acquis une situation privilégiée : à tout le moins ne lui avait-elle pas été garantie par un accord solennel.

LE JUDAÏSME AVANT JÉSUS-CHRIST. , i

Tout autre était la situation d'Israël vis-à-vis de son Dieu. A la première ' page dé la législation, le dieu d'Israël, lahvé, ne proclamait pas en termes abstraits qu'il était le seul auquel convînt l'attribut suprême de la divinité, mais il posait nettement san droit; ejsolbsifj: « Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. « (1) Ce droit était fondé sur un fait historique dont personne n'avait» perdu' la mémoireiïw Je suis-labvé, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d^É^ypte, de la maison die servitude » (2).

Rien qui repose sur une généalogie des dieux, comme chacun pouvait en- Construire- une, ni sur un récit mythique de la création du monde et de l'origine des villes comme les poètes savaient les ordonner, chacun à sa manière. Israël avait conscience de ses origines nomades, de ses tendances sans cesse contrariées par Ifes; usagesï du pays d'Egypte. Il savait qu'il avait subi l'étreinte d'une administration impitoyable à ses goûts d'oisiveté et d'indépendance. Qu'il ait fait, honneur à; som Dieu de sa délivrance, on eût pu d'avance en être certain.

Mais telle. avait.été l'évidence de ce- secours, et soa aspect inattendue et /îniraculeux, que le peuple s'était engagé à demeurer fidèle à son Dieu, à ^pratiquer sans, marchander ses observances. L'alliance avait été conclue .aussitôt après la sortie. d'Egypte, dans le désert du Sinar^ et un nouveau Henfait, la conquête du pays.de Canaan^, avaii enchaîné plus étroitemen^t

Israël à sar parole. .

Eliitout celay lahvé avait faii ses preuves. Iliétaiit donc plus puissant que l^S dieux de l'Egypte, ces incomparables- Seigneurs dont les temple» écrarsaient.de leur masse les; palais^ mesqpin&. des> Pharaons,, dont les énergies <Jiv:ecseS et prodigieuses: se, reflétaient, sur les, vastes- surfaces, des pylônes sous les formes Ifes plus expressives de. l'aclioni de. lanature.

Par- un^ défi jeté à cette civilisation qui a ébloui même les; Grecs, le nomade fils d'Israël se mettait au service d'un Dieu, dont le, nom signifiait seulement l'existence^, sans^ attribut distinct, et. qui ne: voulait être adoré sous> aucune forme- sensible..

Bue. ce. dogme: auquel sont è peine parvenus quelques esprits d^élite dans: l'^^ûtiquité, Platon- et Aristotei. sans: le dégager nettement, sans, ea -tirer aucune, conséquence pratiq^ie, ait été promulgué: dans un désert,, par un homme' élevé, en Egypte,, et quIiL ait été. accepté par une nation commede iondemeat de sa foi religieuse^, c'est assurément k preuve d?une interventiou spéciale de. Dieu.. D'autant, que le: législateur,, Moïsey n'a , ms procédé par raisonnement, mais a . redonnu. ouvertement que tout.son. génie n'av-adt été: qua la' docilité à une révélation^ divinei.

li^'exolusiQa* absolue des; imagesy répondant à. celladotout atii-ibut. tro;p/

(1) Ex., XX, 3i . . ^

(2) Ex., XX, 2.

' AVAïfT E,A CAPTfVITÉ. 3

caraLetérisè (|ui eiit renfermé et restreinil ramplitecle de l'Existence, élgiit inné voie plas; sûpe pour faire; prévaloir FÈtre unigue de Bien que îes déïBGnstratioiis des philosophes, lie; cette sorte les> esprits étaient conduits fadlement, selon la eapacité d'une masse papakire,^ vers le dogme dé l'unité absolue de Dieu, Ils en avaient le bénéfice: pratique dans l'ordre religieux, avant même d'en avoir dégagé la donnée métaphysique fondamentale.

Cette indétermination pleine d'être, cet Être dont nul être sensible ne pouvait donner une idée,, ce Dieu auquel rien ne pouvait être comparé, quoique l'usage donnât ce nom à tant d'autres,, c'est déjà pour le sentiment religieux le Dieu unique qu adorent les chrétiens-. Toute la différence est moins dans sa propre notion, que dans son triomphe sur les autres auxquels on ne donne glus le mente nom.

L'unité dans la. puissance et les services rendus excluait jalousement tout rival, la nature inexprimable interdisait toute image, fût-elle une tentative aimante de se saisir de Dieu pour le rendre plus proche. Le législateur avait compris de plus„ sous l'inspiration divine, que rêparpillement du culte porterait à la longue une grave atteinte à runité»

Le mênae Dieu adoré en. des lieux différents ne pouvait, manquer de devenir le Dieu de tel sanctuaire^ puis le dieu de tel pays. Aujiourd'hui, l'unité est trop enracinée dansles esprits poui? que le mcurcellement soit à craindre. Les Sémites, il est vrai, beaucoup moins bien doués que les; €;recs pour l'abstraction, n'ont pas poussé aussi loin qu'eux la distiaciîon des personnalités divines. Ichtar était à la fois la déesse de l'amo-ur et de la guerre. Le Baal du pays était redoutable comme Kronos ou Arès^ puissant et bienfaisant eomme Zeus. Mais, si dans une grande région, en Syrie par exemple, un Baal était partout le dieu de la foudre et de: la pluie,, le maître qui donnait de bonnes récoltes et qui exigeait des sacrifices' cruels, cependant: chaque peuple voulait avoir s©n baal, qui n'était pas celui du voisin,, sans cesser pour cela d'avoir le même aspect. La multiplieité des lieux de culte amenait donc la multiplicité des dieux : toutes deux naissaient des prétentions de chaque tribu à une certaine autonomie, et inyersenatent la distinetion croissante des dieux était un danger pour l'unité de la nation.

La tradition d'Israël attribuait au législateur cette disposition très sage que le culte du Dieu.Iahvé ne pourrait être rendu qu'au même lieu. C'était,, semblait-il, paralyser l'essor du sentiment religieux, impatient de se satisfaire. Il recevait satisfaction par l'institution des trois grands pèlerinages, au Heu, que lahvé avait choisi. Rien de plus propre à resserrer lés liens entre les tribus, on le conçoit sans peine. Rien aussi qui ne relevât plus sensiblement la haute dignité du Dieu qu'on ne pouvait honorer d'un

culte n'importe où, comme s'il était attaché de sa personne au lieu où il faisait abonder le blé, le vin et l'huile. 11 paraissait plus éloigné, mais si on ne pouvait l'approcher chaque jour, le désir croissait avec le temps^ d'apparaître devant lui, au seul temple qu'il daignât honorer de sa présence. C'est ce désir qui inspirait les accents d'un psalmiste :

Mon âme s'épuise en soupirant après les parvis de lahvé ; ,

mon cœur et ma chair tressaillent vers le Dieu vivant.

Le passereau même trouve une demeure,

et l'hirondelle un nid où elle repose ses petits;

Tes autels, lahvé des armées...

Car un jour dans tes parvis vaut mieux que mille (1)...

A la loi purement religieuse du culte rendu au seul lahvé, était jointe une loi morale qui réglait les rapports des membres de la tribu entre eux sous l'aspect de la justice qui doit régner parmi les hommes : c'était la croyance de l'antiquité que les règles de la vie morale font partie de la loi dictée par la divinité. C'était encore le cas de l'Islam jusqu'à la réforme hardie.de Moustafa-Kémal de distinguer le droit humain du droit divin. Les peuples anciens exprimaient ainsi cette vérité que' le fondement de toute obligation de l'ordre moral est dans la volonté et dans Ja nature même de Dieu. Mais nulle part cette dépendance n'était mieux marquée que dans la loi de Moïse, avec cette conséquence très nettement perçue qu'en acceptant l'alliance on s'engageait à pratiquer la justice sociale, et que toute offense au prochain était une injure faite à Dieu.

Dieu n'était donc pas seulement attentif aux négligences commises dans le service de son autel; il se devait de punir aussi toute infraction à la justice, que le prochain fût atteint dans sa femme, dans ses biens, ou dans tout autre de ses droits.

Telle était, pour la réduire à quelques mots, l'économie de la législation que la tradition attribuait à Moïse, entre la sortie d'Egypte et la conquête de Canaan.

On sait avec quelle violence une critique très sûre d'elle-même a attaque les traditions d'Israël. Wellhàusen fut le plus systématique de ces maîtresl D'après lui, la loi n'a pas précédé le prophétisme; c'estplutôt leprophétisme qui a révélé le principe du monothéisme moral et qui a ensuite, par une nécessité logique, créé une loi destinée à le faire prévaloir. C'est Amos le premier dont le génie a découvert dans le châtiment infligé à Israël par lahvé l'acte d'un Dieu assez épris de la justice pour la faire régner même au détriment de son peuple tendrement aimé. Si Israël était

. (lyPs. Lxxxiv, 3-4; IL

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