‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 26 sur 198 · II. LA RELIGION ÏÏELIÉNISTIQUE · texte numérisé non relu

II. LA RELIGION ÏÏELIÉNISTIQUE

Nous n'essaierons pas cependant d'aborder les origines de la religion des Grecs. Elles sont, comme toujours, mal connues. Si brillante a été leur œuvre, qu'on a Irépugné longtemps à prêter à leurs ancêtres ces croyances grossières qu'on nomme l'animisme, le culte superstitieux des morts, le fétichisme. Les Grecs, pense-t-on et avec raison, n'ont jamais été dés sauvages. Mais cela n'est vrai qu'à la condition de ne pas confondra l'homme primitif avec le sauvage arrêté dans sa croissance normale,, surchargé de superstitions compliquées, au point d'oublier de plus en plus ce qui est le principe de toute religion, la foi à des êtres supérieurspour expliquer les phénomènes du monde et le monde lui-même. L'homme primitif, aussi loin que nous pouvons remonter par l'histoire,.' a donné dans beaucoup des erreurs qu'on retrouve chez les sauvages,, mais sans laisser étouffer en lui le principe du progrès rationnel. C'est un enfant, le sauvage est un nabot. Assurément les Grecs n'étaient point par nature des surhommes dans l'ordre religieux, mais ils furent doués d'une imagination vive, développée dans un pays , de lumière qui invitait aux idées claires par le dessin arrêté de ses collines et de ses côtes, et cependant sollicitait l'effort par la maigreur du sol. Animés encore à l'action parun air léger et salubre, ils ont pensé clairement, agi avec énergie, avecun instinct constant de développement et dans l'espoir ou l'illusion du progrès. La rançon d'une si prodigieuse aptitude en des sens divers fut leur incapacité de se rallier à une discipline. Alexandre l'avait sans doute compris en portant ses armes dans l'Asie, plus docile à manier pour créerle grand empire qu'il rêvait.

Le point de départ le plus lointain de cet essor de l'intelligence fut en Crète, dans ce Labyrinthe de Minos où pénétra Thésée. Les arts du dessin et de l'architecture y atteignirent une telle perfection qu'elle fut sans~ doute, après des siècles dje barbarie dorienne, l'inspiratrice d'une sorte de Renaissance. Mais la religion en est encore mal connue (1).

C'est à Athènes, au vi^ siècle avant Jésus-Christ, que nait vraiment ce qu'on peut nommer l'hellénisme historique.

Dans l'ordre religieux, trois forces se trouvent déjà en présence : lesanciens cultes des cités, les dieux d'Homère, les dieux nouveaux] qui. séduisent et dont on se défie.

Primitivement chaque cité avait son dieu ou sa déesse, Athéné à Athènes, Héra à Argos, Zeus à Olympie, Artémis à Sparte, avec les ramifications les plus enchevêtrées, qui embarrassent les enquêtes minutieuses de la critique moderne. Mais il semble que partout dominait la puissance obscure du destin, le lien du sang, le pouvoir des morts, les devoirs de la ven-

(i) Voir surtout ks différents ouvrages de M. Evaas, auteur des fouilles de Cnossos, par exemple ^ The Palace of Minos, 3 volumes déjà parus, dont le prix est malheureusementj très élevé.

Page 1