‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 36 sur 198 · PROFANATION DU TEMPLE · texte numérisé non relu

PROFANATION DU TEMPLE

cette offense à Dieu ^n obtenant que cette somme fût employée à la construction de trirèmes. Durant cette première période la religion n'était pas directement atteinte à Jérusalem. Aussi quand Antiochus y vint, il fit son entrée à la lumière des flambeaux, et aux acclamations de toute la ville (1).

Comme il arrive à toutes les époques de révolution, le parti des idées nouvelles fut dépassé par des ambitieux, habiles à profiter des troubles pour se saisir du pouvoir. Leui? seul moyen de parvenir est en pareil cas de pousser les choses à l'extrême. Jason, le grand prêtre usurpateur, commit l'imprudence de désigner, pour porter le tribut au roi, un certain Ménélas, fils de Simon, de la tribu de Benjamin. Le père, chargé de l'administration temporelle du Temple, avait trahi le secret de ses richesses et excité la convoitise des Syriens. Le fils offrit au roi Antiochus assez d'argent pour obtenir l'investiture du souverain pontificat. Il chassa Jason, s'arrangea pour faire mettre à mort Onias, le grand prêtre légitime (2), et s'aida de son frère Lysimaque pour exercer en Judée une véritable tyrannie. Les plaintes et les remontrances des Juifs eurent moins de crédit à la cour de Syrie que les vases sacrés d'or et d'argent dérobés au Temple pour satisfaire la rapacité des courtisans.

Jason, soutenu par le plus grand nombre des Juifs, et qui pouvait passer pour le grand prêtre légitime depuis le meurtre d' Onias, essaya de reprendre le pouvoir. Sur un faux bruit qu'Antiochus était mort dans une campagne contre l'Egypte, il vint assiéger Jérusalem, la prit et massacra sans pitié les partisans de Ménélas. Ses succès se bornèrent là. Ses vengeances aliénè'rent tout le monde : il mourut exécré sur la terre étrangère.

Cependant Antiochus revint frustré de sa tentative contre l'Egypte (3). Dans la guerre civile qui s'était engagée entre Jason et Ménélas, il vit une révolte ouverte des Juifs contre son autorité. Probablement les soupçonnat-il de faire cause commune avec les Ptolémées leurs anciens maîtres. Il entra à Jérusalem en vainqueur irrité, pénétra dans le Temple guidé par Ménélas, et le pilla. Ménélas demeurait en charge, mais entouré de fonctionnaires et d'officiers syriens qui traitaient les Juifs en séditieux dont on n'aurait raison que par des exécutions en masse.

(1) II Mach., IV, 22.

(2) II Macch,, ir, 32 ss. Ce récit est d'autant moins suspect qu'on y voit Onias usant d'un droit d'asile païen à Daphné, d'où la ruse d'Andronique, son meurtrier, le fit sortir. — Wellhausen, suivi par MomigUano (op. l. p. 39), a décrété très arbitrairement que II Macch. avait remplacé par Onias un 111s de Séleucus, assassiné par Andronicos pour plaire au roi qui se disculpa en faisant périr son complice (Diodore, xxx, 7, 2 et Jean d'Antioche PHG iv, p. 558). Cet autre irait ajoute plutôt à la vraisemblance du meurtre d'Onias. L'auteur de II Macch. a seulement souligné la douleur d* Antiochus qui n'avait pas intérêt à ce crime.

(3) Popilius Laenas venait d'interdire insolemment au roi Antiochus d'entrer en Egypte.

54 m. ANTIOCHUS IV ET LES MACCHABÉES.

C'est alors qu'Antiôclius se dit qu'il ne viendrait à' bout de cette nation récalcitrante que par la force. L'essentiel était de tenir la capitale perpétuellement sous le joug', ir suffisait pour cela de construire une forte citadelle sur la partie haute de la cité. Ce fut TAcra (1), qui pesa si lourdement sur les tentatives d'émancipation des Juifs. Cette main de fer posée sur la nation, il crut possible de l'obliger à l'apostasie. Le second livre des Macchabées attribue cette ins^^iration à un vieillard d'Athènes (2). C'est dire que la résolution du roi fut un mélange de fanatisme religieux et de raisonnement philosophique. L'œuvre se poursuivit avec emportement et cependant avec méthode. Le temple du Garizim ne fut point ménagé, puisqu'il était lui aussi consacré au Dieu d'Israël : il devint un sanctuaire de Zeus hospitalier, sans doute par ironie et pour donner une leçon au particularisme sauvage qui distingua toujours les habitants de cette contrée. Celui de Jérusalem fut dédié à Zeus olympien.

C'était une épithète nettement grecque ; le dieu était donc le souverain de l'Olympe depuis Homère, sans qu'on se soit soucié d'helléniser précisément le Baal céleste des Phéniciens de la côte (3) et des Araméens de l'intérieur, car ce Baal, originairement Hadad ou Rammân, dieu de l'orage et de la pluie, était plus exactement rendu chez les Grecs par Zeus Tonnant ou Kéraunios [k). En fait cependant une identification s'imposait par le caractère céleste commun des deux divinités suprêmes, Zeus et Baal.

Ainsi les Juifs étaient-ils poussés par la violence à une apostasie qui leur faisait horreur. Tel dieu, tel culte. Le temple de Jérusalem fut envahi par la foule dissolue des courtisanes sacrées; des fêtes s'y célébraient chaque mois en l'honneur de la naissance du roi, usage emprunté, semble-t-il, aux sanctuaires d'Egypte. Au lieu de portei' les branchage» traditionnels à la fête des Tabernacles, les Juifs étaient invités à se couronner de lierre aux fêtes de Bacchus (5). La circoncision était interdite aux mères sous peine de mort pour elles et pour leurs enfants. Le sabbat était profané : ceux qui s'obstinaient à le respecter risquaient d'être

(1) I Macch., I, 33. Sur le sile si controversé de l'Acra, on sera informe dans Jérusalem, parla dissertation rigoureuse du P. Vincent qui la place sur la colline à l'ouest du Temple.

(2) II Macch., VI, 1 ss. Le latin lit « vieillard d'Antioche », ce qui est préféré par Motzo,. Momigliano, etc., mais semble être une correction banale, le roi étant censé recourir à un de ses sujets. En bon helléniste il s'est piqué de remonter au pur hellénisme : pour lui (commepour Julien) c'était celui d'Athènes.

(3) Encore récemment l'inscription trouvée en 1929 à Byblos (auj. Djébeil cf. RB., 1930,, . p. 321 ss.) et les tablettes de Ms Shamra.

(4) Études sur les relig. sém., 2° éd., p. 508, dans une inscription trouvée au delà du Jourdain dans la Décapole.

(5) Sur Dionysos-Bacchos « le dieu de l'impérialisme asiatique, le Dionysos du 1V= livre de Diodore, la réplique mythique des grands conquérants orientaux, le type d'Alexandre », voir H. Jeanmaire^ Le messianisme de Virgile, p. 17-21.

LA. ÛilSTE DE JUDAS MACOHABEE. 55

brûlés vifs (1). Les Juifs étaien't contraints de sacrifier aux idoles et de manger de la viande de porc. Une cérémonie plus éclatante marqua comme le point culminant de tous ces sacrilèg-es : ce fut lorsqu'un au^el destiné a honorer une idole par des sacrifices impurs fut élevé sur l'ancieii autel des holocaustes. Alors ce fut bien « l'abomination de la désolation », l'abomination qui fait horreur, l'idole du Zeus grec remplaçant le Dieu d'Israël qu'aucune forme ne saurait représenter (.2). On était au 25 du mois de Casleu de l'an 145 des -Séleucides, soit en décembre 168 av. J.-C. (3).

La masse se laissa d'abord entrainer.' Cependant, pour la première fois, la vérité religieuse eut ses martyrs. Ce fut d'abord la résistance passive, la mort acceptée par fidélité à la loi et pour ne pas renier la vérité. Les martyrs confessent les droits de iDieu, le Créateur qui a créé le monde de rien. Ils sacrifient la vie du eorps, mais ils ont la ferme espérance de la résurrection. Ils expriment le vœu que les tourments qu'Us endurenît soient pour leur peuple le gage de la réconciliation avec Dieu, une véritable expiation : « Quant à moi, ainsi que mes frères, je livre mon corps et ma vie pour les lois de mes pères, suppliant Dieu d'être bientôt propice envers son peuple et de l'amener, par les tourments et la, souffrance, à confesser qu'il est le seul Dieu. Oh! puisse, en moi et en mes-' pères, s'arrêter la colère du Tout-Puissant, justement déchaînée sur toute notre race (4)- »

La campagne pour l'apostasie se poursuivit dans toute la Judée : partout on élevait des autels païens et l'on contraignait les Juifs à y sacrifier. A Modin (aujourd'hui Médie/i), sur les derniers contreforts de la montagne de Judée en face de la mer, un homme osa résister. Il appartenait à la race d'Aaron et se nommait Mattathias. Sur un point isolé la surveillance était sans doute moins stricte. Zélé pour la loi, ce prêtre égorgea sur l'autel un Juif qui allait sacrifier, tua l'officier du roi, renversa l'autel et s'enfuit, suivi de ses cinq fils, entraînant des Juifs fidèles jusque dans le désert de Juda. Telle était la foi de quelques-uns de ces hommes, qu'attaqués par les Syriens un jour du sabliat, ils se laissèrent massacrer sans se défendre.

Mattathias n'était pas avec eux ce jour-là. Sa fidélité n'était pas suspecte ; il montra cependant dès lors cet esprit mesuré qui se transforma chez ses descendants en un esprit trop politique. Sous son impulsion,

(1) II Macch., yi, l-U.

(2) La piété subtile des scribes transforma pour le déshonorer Baal Chamaïra en Chiqqoutz Chomem, par un jeu de mots; Toir MB., 1930, p. 188.

(3) I Macch,, I, 54; vi, 7; cf. Dan., ix, 27; xi, 31 ; xu, 11.

(4) II Maccb., Yir, 37 s. > , , , ^ ,

m. ANTIOCHUS IV ET LES MACCnABÉES.

on résolut de se battre même le jour que le Seigneur avait consacré au repos.

Observer la loi sans discernement, c'était l'exposer à succomber avec ses défenseurs, à moins que Dieu n'intervint par un miracle qu'on n'avait pas le droit d'exiger de lui. Il fallait d'abord batailler, et Dieu donnerait la victoire. La loi suprême posée par le Créateur est qu'il n'opère le salut dans l'ordre moral et religieux qu'avec le concours de l'homme, et quand sa créature, docile à ses lois et à son impulsion, lui prépare en quelque sorte les voies.

Le noble effort des fils de Mattathias, de Judas tout le premier, fut -couronné par une assistance miraculeuse. Des causes naturelles n'expliquent pas les succès de cette poignée d'hommes contre les armées syriennes. Mais ils se battirent vaillamment. Il semble bien que le nom des Macchabées leur vint de maqqaba, « le marteau » : Judas fut le « marteleur» des ennemis de Dieu.

Ses alliés furent des hommes pieux, venus en groupe, attirés par l'ascendant de sa personne. Le premier livre des Macchabées (1) parle de la synagogue des Assidéens (2), nom transcrit en grec de l'hébreu Rasidim, c'est-à-dire de la congrégation des dévots, d'un ensemble de Juifs résolus à pratiquer la loi et liés entre eux pour ce pieux dessein.

C'est le premier germe connu de ce parti qui devint fameux sous le nom des Pharisiens. Il était déjà signalé par son attachement à la loi. C'est pour sauver l'observation de la loi qu'il s'attacha à ses défenseurs, les Macchabées. Il gardait cependant l'attitude autonome d'un groupement compact. L'histoire qui suivit la victoire remportée en commun fut surtout celle de leurs démêlés avec la nouvelle dynastie des grands prêtres et leurs hommes liges, surtout dans le sacerdoce. Ainsi naquit l'hostilité entre les Pharisiens et les Sadducéens.

Nous ne nous arrêtons pas aux faits si glorieux de l'histoire militaire de Judas Macchabée (3).

Vainqueur d'Apollonios sur un site inconnu, il sut déjouer les manœuvres des Syriens. Leurs généraux, désespérant d'attaquer Jérusalem par la route du nord, où. elle était défendue par un barrage de vallées profondes, essayèrent de pénétrer par la route de Béthoron qui fut plus tard la voie romaine de Joppé à Jérusalem. Séron s'y fit battre. Gorgias se porta donc directement à l'ouest, comptant gagner le pays haut par la

{i) I Macch., n, 42.

(2) D'après le ins. A.

(3) Toutes les campagnes des Macchabées out été étudiées soigneusement sur le terrain et racontées sous un jour nouveau dans les articles du R. P. Abel: Topographie des campagnes macchabéennes, dans la MB. 1923, p. 495-521; 1924, p. 201-217; 371-387; 1925, p. 194-216; 1926, p. 206-222; 510-533.

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