‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 37 sur 198 · LA GESTE DE JUDAS MACCHABÉE · texte numérisé non relu

LA GESTE DE JUDAS MACCHABÉE

vallée qui s'ouvre à l'actael Bâb el-Ouâd, Mais Judas le tourna par le sud et le vainquit à Emmatis. Lysias, vicaire d'Antiochus, venu en personne s'en tint au plan primitif, mais il ne fut pas plus heureux à Béthoron (1).

Les Juifs maîtres de la Judée résolurent alors de relever Jérusalem de ses ruines. Cependant ils ne purent s'emparer de'^la citadelle. Le plus pressant était de faire cesser le culte sacrilège du dieu des Grecs et de purifier le sanctuaire. L'autel profané fut démoli, un autel nouveau construit de pierres brutes selon la loi antique (2). Quant au Temple luimême, ou se contenta de le réparer. La consécration de l'autel eut lieu le 25 Casleu 148 (déc. 165), trois ans jour pour jour après sa profanation. Cette cérémonie fut connue en hébreu sous le nom de Hanoucah, répondant au grec Encénia ou dédicace. Elle fut commémorée par une fête annuelle qui durait huit jours et vint s'ajouter aux trois grandes fêtes ordonnées par la loi de Moïse.

Dans le légitime enthousiasme de cette restauration de la religion nationale, Judas sut modérer son désir d'y faire participer tout l'ancien territoire. Plutôt que d'entreprendre une guerre de conquêtes en dehors de la Judée, il sut concentrer toutes les forces du judaïsme en ramenant près du Temple les Juifs zélés pour le culte et pour la loi. Il envoya dans ce but son frère Simon en Galilée (3), tandis que lui-même se rendait au pays de Galaad. Il lui parut cependant que la région du sud, coupée par la ' Judée de la Syrie, serait une proie plus facile. Il s'empara donc d'Hébron que les Iduméens avaient occupée et de Marissa (4), située plus près de la plaine, pour se couvrir contre les anciennes villes philistines d'Azot et de Gaza, alors complètement païennes.

On apprit alors la mort d'Antiochus Épiphane. Polybe a raconté comment il avait essayé de piller un temple d'Artémis dans le pays d'Élam {ElamaUis). \)éG\i dans cette tentative, il se dirigea vers Tabae, en Perse, où il mourut, comme dit l'historien grec : « Sous un coup divin, comme quelques-uns disent, car il se produisit quelques signes notables de l'action divine à cause de sa tentative sacrilège contre le temple susdit (5) ».

(1) C'est la leçon de la Vg. et de Josèphe; le grec dit Bethsour.

(2) Ex., XX, 25.

(3) I Macch., V, 15.

(4) Josèphe et l'ancienne latine, et non Samarie du texte grec (I Macch. v, 651 s.). La citadelle macédonienne de Marissa était à trois quarts d'heure au S. du village actuel de Beit-Djibrin.

(5) Polyb. XXXI, [11] 9 (Exe. de virtut. et vitiis p. 145 Val.; pars II, p. 186, g 103 A. G. Boos)... àvxxwpwv èv TàSai; Tyjç népaiôoç èSéXtTre Tàv pîov, Satfiovïiaaç, tb; .svtot çaut, ôià tô YSvédOai Tivà; èjri(y/ijj,aaiaç xoy ôat(i.ovcoy xaxà T'/jv Tcepl ta 7rpoetpYi[X£vov lepbv 7iapavo[xiav. Valois à traduit : insania, ut quidam aiunt, correptvs ob quaedam signa atque oslenla, quae ob violatam religionem templi ab infenso nunime édita erant. Je n'ose à cette époque et chez un païen entendre -rb 5ai(x6vipv d'un mauvais esprit, auquel cas il faudrait entendre Saijtov^a-aç « possédé d'un mauvais esprit ». H semble que la divinité qui s'est vengée fut celle qui avait été attaquée,, et qui n'était pas un mauvais esprit dans la pensée de Polybe.

^: III. ANHOGHlUSi m ET EBS JlA,CGHAîBÉES.

Les histociieiïSiJiiils n'ont pas; hésité ài peisuter le; decnier; épisode dèilk carriène du spoliatenc des temples, ce qui est une preuve de leur loyauté,, car on eàt pu en déduire une. vengeance des faux, dieux. Mais ils. n'oni pas manqué d'attribuei; le; efeâtiment; à la viola tion sacrilège: du temple de Jérusalem (i). H y avait d'ailleurs une ironie discrète: L moatrer ce? partisan fanatique des dieux du^ paganisme étendant sa rapacité sur le: templiff d'umej divinité quieles écrivains sacrés na daignent pas nommer (2).>

On était en 164 on plutôt en 163 av., J.-C (3)>

Antîbclius avait laissé le trône à son fîl« Antiochus Eupator, âgé de? neuf ans. Judas; crut I© moment faivorabte pour acliever la délivrance en^ en s'emparant de la citadelle qui dominait Jérusalem. MaiS: Lysias quii sf était fait le tuteur de cet enfaiît et qui coimaissait bien la situation en? Judée était de son côté résolu, à en finir avec la révolte des Juifs, fidèles» Il entraîna avec lui le jeune roi, pour ne pas se laisser supplanter par un aiiktre. A la tête de forces nombreuses, il suivit un. plan nouveau.

La guerre avait été portée par Judas, contre: les villes du sud et du sudouest;: les Syriens étaient donc assurés d'y trouver des auxiliaires :; de^ ce côté li'accèsi de Jérusalem' était aisé. Ce caleul. se trouva juste. L». poignée de héros qui entourait Judas fut écrasée sous le nombre à. Beii-^ Zakaria, à trois heprea au sud de Betliléem (4). Lysias s'avança, j-usqu'à ' Jérusailem,, où les vivres manquaient parce; qu'on n'avait pas cultivé la. terre durant l'année jubilaire „ Mais sa, situation de régent se trouva meiasaeée par la compétition de Philippe auquel Antiochus avait confié son fils. Pressé de retourner à Antioche il offrit une paix honorable aux défenseuiFSr de la ville, et leur promit de les laisser vivre selon leurs lois eorame; auparavant. Les Juifs demeuraient donc sujets des souverains de Syrie, mais la liberté religieuse qui'ils; avaient conquise leur était assurée. La tentative impie et insensée d'Antioches; Épiphane avait échoué définitivement.

Malgré tout, la situation était précaire. Le roi, ou plutôt Lysias en son nom,, avait traité avec les chefs de Jérusalem,, mais dès le premier jour il avait manqué à son serment, en faisant détruire les murs de la ville,.

(1) I Macch. VI, 1-16 et II Macch. ix, 1-29. •— Josèphe manifeste une préoccupation identique et a même noté qu'il s'éloignait de Polybe dans l'interprétation du fait {Ant., XII, ix, 1).

(2) M. Bouché-Leclerq [Hntoie des Séleucidi'es, 22:3 s.; 297 s.; 300-305) accuse les auteurs juifs d'avoir égaré l'opinion des historiens en attribuant à Antioclius Épiphane ce qui aurait été lé fait d'Antiochus III. Ce paradoxe a été réfuté de main d'ouvrier par M. Maurice Holleaux : La mort d'Antiochus IV Épiphanès, dans la Revue des études anciennes, XVII (1916), p. 77 ss.. — M. Holleaux attribue à tort à I Macch. d'avoir fait de l'Élymaïs une ville et d'avoir fait mourir Antiochus à Babylone. Cette double erreur est tout au plus le fait de Josèphe et, pour le premier point, de la Vùlgate latine.

(3) L'opinion courante dit t64. M. Holleaux juge probable l'opinion de W. Egg qui se prononce pour août-sept. 163.

(■'«) I Macch. VI, 32-47.

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mise ainsi à la discrétion de la citadelle macédonienne et d'une attaque venue du dehors.

Il n'est pas dit que Judas ait souscrit à la capitulation ni qu'il ait accepté la promesse de la liberté religieuse. Il semble avoir été convaincu que la foi d'Israël ne serait assurée que par l'indépendance nationale. Sous le joug des Syriens on demeurait à la merci d'une intrigue des juifs philliellènes, comme au temps de Jason et de Ménélas. La seule garantie de la liberté du culte était dans l'union des Juifs entre eux. Or ils étaient profondément divisés. Un grand nombre, surtout dans la haute classe et dans le sacerdoce, avait pris parti pour les usages grecs; ils étaient même allés jusqu'à l'apostasie et avaient combattu dans les rangs des persécuteurs. Si le parti national l'emportait, ils avaient à craindre des représailles. Le moyen le plus sûr de se mettre à l'abri était de s'emparer du souverain pontificat, auquel le peuple était habitué à obéir; même ils pourraient se servir du grand pirêtre pour se débarrasser de Judas et de ses partisans. Judas n'avait pas cru devoir prendre la qualité de grand prêtre, et ce fut peut-être une faute. Les Syriens pouvaient en disposer librement.

Lysias parti en hâte pour lutter contre Philippe en avait facilement triomphé, ayant avec lui le roi, mais le souverain lui-même fut détrôné par un compétiteur, son cousin Démétrius, autrefois le véritable héritier de la couronne, et que son oncle Antiochus Épiphane avait supplanté. Démétrius s'était échappé de Rome et régnait maintenant. Les Juifs hellénisants se hâtèrent de lui proposer pour candidat au souverain sacerdoce Alkimos dont le nom grec indiquait assez les tendances, mais qu'on avait eu soin de choisir dans la race d'Aaron. Son parti se présenta comme fidèle à la monarchie syrienne. Judas seul troublait la paix : «Judas et ses frères ont fait périr tous tes amis, et nous ont expulsés de notre terre (1). .»

Démétrius se hâta de nommer Alliimos souverain pontife, et, sur sa requête assurément, le fit accompagner par Bacchidès, gouverneur de toute la région, avec mandat de venger ses partisans et de purger le pays de leurs adversaires. Le combat allait donc s'engager entre deux factions judéennes, dans des conditions défavorables pour Judas, car Démétrius maintenait la paix religieuse de Lysias. L'autel du dieu d'Israël ne fumerait que pour lui et par les soins d'un descendant d'Aaron. Les Juifs les plus fidèles, les Assidéens, jusque-là les plus fermes défenseurs de la cause de la loi, se dirent que l'investiture étrangère n'était point un empiétement sur leurs droits sacrés, mais bien un gage de tolérance et même

(1) I Macch., \i, 6.

60 m. ANTIOCHUS IV ET LES MACCHABÉES.

de la faveur du roi pour leur culte. Inaugurant l'attitude des futurs chefs des Pharisiens, neutres en politique, inflexibles seulement sur l'obseryance de la loi, ces Assidéens accueillirent donc Alkimos comme le chef auquel les Juifs étaient habitués à obéir.

Ils furent cruellement détrompés. Alkimos fit périr soixante d'entre eux pour venger les anciennes injures. Les autres n'avaient plus de salut que idans la résistance. Judas eut bien vite fait de reconstituer le parti national et Alkimos fut réduit à retourner auprès du roi.

d'était donc de nouveau la guerre, et encore la guerre religieuse, car Nicanor, envoyé avec une armée, avait conservé les traditions de la manière fourbe et impitoyable d'Épiphane. N'ayant pas réussi à s'emparer de Judas par trahison, il menaça les prêtres de brûler le lieu saint, s'ils ,ne lui livraient le Macchabée et les siens. Cette brutalité ne pouvait qu'indisposer les plus conciliants. Nicanor perdit la vie dans une défaite qui demeura célèbre dans la mémoire des Juifs comme un triomphe de Dieu sur ses ennemis. Le 13 d'Adar fut « le Jour de Nicanor » (1).

Judas demeura donc pour quelque temps maître de la situation en Judée. Persuadé, nous l'avons dit, que l'indépendance religieuse ne serait garantie que par l'indépendance nationale, cet homme de guerre, véritable homme d'État, prit le parti de recourir aux Romains « pour secouer le joug qui pesait sur les Juifs » (2). C'était peut-être aller au devant d'un autre joug. Mais les Romains étaient alors fort éloignés. Ce ne fut que longtemps après que les Juifs sentirent le poids de leurs nouvelles chaînes, longtemps très adoucies par le souvenir de l'empressement des Juifs à se mettre aux côtés de Rome dans sa lente pénétration en Asie. L'empire n'oublia jamais ce premier geste, et accorda toujours à ses anciens alliés, même après leurs séditions, un statut privilégié respectueux de leur culte et de leur législation.

Le sénat exerçait déjà sur la Syrie non point une tutelle, ce qui supposerait de la bienveillance, mais une surveillance étroite et hostile. Habitué à traiter avec des rois ou avec des compétiteurs à la couronne dont les dissensions lui frayaient le chemin, il fit bon accueil à cette étrange proposition d'un chef de parti. Mais s'il l'accepta à tout hasard, il ne se crut pas sans doute obligé à agir, ni surtout à agir vite.

Démétrius le prévint. Bacchidès reparut de nouveau en Judée, et se montra une fois de plus un chef expérimenté. Il s'appliqua sans doute à détacher de Judas les Juifs sensibles aux promesses de liberté religieuse. L'ancienne ardeur était tombée. De trois mille hommes sur lesquels comptait Judas, il ne s'en trouva que huit cents auprès de lui avant la

(1) Février 161 av. J.-C.

(2) Toij apat tov î^uyôv «tt' «ùtwv (I Macch., viii, 18).

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