‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 49 sur 198 · JONATHAN · texte numérisé non relu

JONATHAN

«en Syrie pour tenter de s'agrandir (1). En quittant le roi d'Egypte au fleuve Éleuthère, il évitait de prendre part à la lutte dynastique et réservait ses forces dans l'intérêt des Juifs. C'était bien les servir que de s'emparer des trois districts d'Apherema, de Lydda et de Ramalhaïm (2), Il osa même attaquer la citadelle syrienne de Jérusalem.

Démétrius ne régnait pas encore : on ne l'avait donc pas bravé, Lorsqul il fut seul roi, Jonathan risqua sa personne dans une démarche osée. Déraétrins, averti ]Dar le parti des traîtres, l'avait sommé d'abandonner le siège de la citadelle. Sans lâcher son gage de l'investissement, Jonaths!,n se rendit auprès du roi avec de riches présents, évidemment pour lui rendre hommage et lui demander l'investiture de sa dignité et de ses nouvelles «onquétes. Peut-être déclara- t-il au vainqueur que lui Jonathan, ayant prouvé à Alexandre sa fidélité, on pouvait compter qu'il ne serait pas moins fidèle à ses nouveaux engagements. Ge fut plus tard le langage d'Hérode à Auguste.

î Le roi consentit à tout, et accorda même une dispense du tribut, ce qui équivalait, pour la Judée agrandie, à une sorte d'indépendance. Mais la citadelle qui terrorisait Jérusalem demeurait au pouvoir des Syriens, et Jonathan payait, probablement une fois pour toutes, la somme de trois cents talents (145 av. J. -G.).

Démétrius II se crut maître absolu. Il licencia son armée, se contentant d'une garde de mercenaires des lies, surtout de Crète, ceux qui, sous la conduite de Lasthénès, l'avaient amené en Syrie. Le mécontentement des anciens officiers gagna tout le pays pendant qn'Ântioche, irritée des représailles poursuivies par le roi et Lasthénès, se soulevait. Démétrius chercha d'autres étrangers pour le défendre et eut recours à Jonathan. Ce fut roccasion d'un nouveau marchandage. Le prince juif sollicita le retrait des troupes syriennes de la citadelle de Jérusalem et des autres postes encore occupés. Sur une promesse assez vague du roi, qui faisait tout espérer pourvu qu'on le tirât d'affaire, Jonathan envoya trois mille Jnifs, une troupe d'élite qui s'en donna à cœur joie de massacrer les révoltés, de brûler Antioche, capitale héréditaire des Syriens et de piller. Démétrius était sauvé ; il jugea que les Juifs devaient se contenter de leuï butin.

Eux partis, un des généraux d'Alexandre Balas congédiés brutalement, Diodote surnommé Tryphon, s'avisa que son ancien maître avait confié un sien fils, Antiochus, entre les mains d'un roi des Arabes. Il obtint qu'on le lui remit, le couronna et groupa autour de lui les troupes de son père,

(1) Si I Macch. dit l'investiture de Démétrius II avant de parler des tentatives de Jonathan, c'est qu'il termine ce qui regarde là compétition avant de passer à autre chose sans s'assujettir à un ordre rigoureux.

' (2) Et-Tayibé, Loud, Rentis : Ces régions ne sont nommées que dans le firman de Démétrius, mais non comme une donation. Ce fut la confirmation d'un fait accompli.

96 VI. l'unité NATIONALE RECONQUISE.

maladroitement renvoyées dans leurs foyers. Aussitôt qu'il fut maître^ d'Antioche, Tryplion, au nom du jeune Antiochus, âgé de trois ans, confirma Jonathan dans tous ses privilèges et conféra môme à son frère Simon le titre de stratège de la côte, depuis l'échelle des Tyriens, où est aujourd'hui la frontière de' la Syrie et de la Palestine, jusqu'aux confinsdeTÉgypte. Munis de cette investiture, les deux frères pouvaient travailler pour le compte des Juifs, à la condition toutefois de battre les généraux de Démétrius qui tenaient encore la campagne. Ascalon ouvrit ses portesaux, gens du nouveau roi; Gaza se rendit après une résistance qui céda devant le ravage des environs. Puis Simon marcha seul contre Bethsour, ce qui sortait sûrement de son mandat de stratège de la côte puisque Bethsour était situé sur la montagne; mais c'était, avec la citadelle de Jérusalem, le point le plus menaçant pour la liberté de la Judée. Les assiégés cédèrent, n'ayant aucune raison de se faire tuer pour Démétrius dans ce poste lointain.

Au nord du pays, les généraux de Démétrius faisaient mine d'avancer, et s'étaient postés à Gadès de Galilée. Jonathan vola à leur rencontre, assez imprudemment pour être tourné par une embuscade, mais sa valeur l'emporta (1). Satisfait d'avoir préservé "son pays, il revint à Jérusalem.

Le jeu de bascule entre les prétendants à la couronne de Syrie offrait des avantages, mais n'était pas sans péril. Jonathan chercha un appui plus ferme dans l'alliance des Romains qu'il sollicita de nouveau, en rappelant les anciens accords. Les Romains consentirent à tout, mais ne firent rien. L'importance des Juifs ne leur était pas encore apparue. Pour ne rien négliger, Jonathan voulut que ses envoyés passassent au retour par Sparte. On se souvenait que le roi Areus (309-265) avait sollicité l'amitié du grand prêtre Onias F% alléguant une, communauté d'origine» Jonathan serait bien aise de resserrer les liens de cette fraternité, mais il comprend parfaitement que les Spartiates ne peuvent pas grand' chose. Aussi ne compte-t-il que sur le secours de Dieu qui a toujours ete si efficace (2).

Ce secours, il fallait l'obtenir en bataillant. Les généraux de Démétrius tenaient eftcore. Cette fois Jonathan ne craignait rien pour son pays,, mais il lui plut de montrer un zèle utile. Il lança sa petite armée jusqu'à

(1) Sur le champ de bataille, voir les précisions données par le R.P. Abel {HB., 1926, p. 214 ss.).

(2) On a beaucoup attafiué ces pièces, regardées généralement par la critique comme des faux. Schùrer les a détendues et encore aujourd'hui Ehrenberg (Pauly-Wissovva, m, A 2 [1929] c. 1425) ne les tient pas pour fausses malgré leurs difficultés. Il y avait des Juifs à Sparte en 168 puisque Jason s'y réfugia (II Macch., v, 9). S'ils ont procédé comme à Alexandrie, les premiers arrivants ont dû y célébrer l'antiquité de leur race, si bien que les Spartiates auraient été ûers de descendre d'Abraham (cf. Jos. Ant., xiv, x, 22). Momigliano {Prime linee..., p. 141 ss.) admet l'authenlicilé de l'adresse des Spartiates (I Macch., xiv, 20-23), mais non celle des lettres de I Macch., xii, 5-23). 4âii4..s

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