‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 48 sur 198 · JONATHAN · texte numérisé non relu

JONATHAN

aux confins du désert, à l'est-sud-est de Bethléem (1), rorganisa, puis en confia la défense à son frère Simon, se réservant de harceler Bacchidê» qu'il avait su attirer sous les murs de cette bicoque dans une région désolée. Il fit si bien que de nouveau Bacchidês se fatigua. Les Juifs qui se disaient amis du roi étaient certes empressés à le charger de satisfaire leurs^ rancunes, mais peu désireux d'affronter eux-mêmes les coups. Il tourna contre eux son dépit et préféra traiter avec le brave Jonathan. Lui parli, et sans esprit de retour cette fois, Jonathan n'hésita plus à agir en chef. Il s'iostalla à Machmas, dans une position très forte à trois heures au nord de Jérusalem, et autant qu'il fut en lui « il fit disparaître les impiesdu milieu d'Israël » (2).

Sa carrière ne fut plus qu'une suite de succès. Il est vrai qu'il n'avait plus, comme Judas, à braver toute la puissance syrienne. Elle sedissolvait rapidement dans des compétitions dynastiques. Le mérite de Jonathan fut de savoir choisir à qui il prêterait un concours qui n'était plus négligeable, et qu'il savait faire payer par des concessions aux Juifs.

Le roi Démétrius I" Soter ne s'était jamais intéressé personnellement à la Judée. Menacé par un compétiteur que ses ennemis avaient été chercher soit dans une situation obscure, soit parmi les fils naturels d'Antiochus Épiphane, Balas, qu'on nommait Alexandre, il n'hésita pas entre quelquesuns de ses sujets judéens, fort obséquieux, mais incapables de tenir la campagne et le vaillant Jonathan qui avait fait ses preuves. Il lui confia même la mission de lui recruter une petite armée. Le Macchabée étaiii devenu l'homme du roi. A Jérusalem on s'inclina, on lui rendit la ville qu'il s'empressa de fortifier. Les étrangers qu'on avait chargés de garder les postes de Bacchidês se dérobèrent parla fuite. Les apostats trouvèrent un refuge à Bethsour, plus près d'Hébron que de Jérusalem.

Jonathan ayant accepté les avances de Démétrius, son rival Alexandre Balas tenta une surenchère. Il offrait au prince juif le titre d'ami du roi,, qui eût pu le laisser indifférent, mais aussi la dignité de grand prêtre

Jonathan ne pouvait rien souhaiter de plus heureux et de plus conforme à ses vues ; on doit donc supposer que la suggestion est venue de l'intéressé. C'était la solution de toute la question religieuse et nationale, ce que fut à la fin du xvi^ siècle en France la conversion d'Henri IV au calholicisme^

Grand prêtre, Jonathan était le chef de la nation, le peuple ayant l'habitude de ce régime depuis le temps des Perses. Chef du sacerdoce, il avait la haute main sur tous les prêtres, et était en état d'écarter d'eux.

(1) L'identification de Bethbassi avec le Kh, Beit Bassa est due au Vi. P. Abel, RB., 1925^ p. 214.

. (2) IMacch., IX, 72.

94 VI. l'unité NATiDNAtE RECONQUISE.

toute hellénisation suspecte. Aussi s'empressa-t-il de revêtir les ornements sacrés à Ja fête des Tabernacles de l'an 153 av. J.-C. (1).

Après cela Démétrius était mal venu à faire aux Juifs des propositions tellement favorables qu'elles parurent peu sincères. Démétrius était un vieil ennemi, on se décida irrévocablement pour son rival (2),

C'était aussi se mettre en garde du côté de l'Egypte; car Ptolémée TI Philomctor avait embrassé le parti d'Alexandre et une flotte égyptienne lui facilitait l'entrée à Ptolémaïs. L'alliance de Jonathan qui pouvait lui couper la route était d'une suprême importance pour Démétrius, et oela explique le -caractère démesuré de ses avances envers les Juifs. Mais il était beaucoup plus prudent à eux de se joindre aux Égyptiens contre un souverain dont tant de forces liguées contre lui faisaient prévoir la perte. Jonathan avait misé du bon côté. Il eut l'honneur de la victoire sans y avoir coopéré directement. Alexandre, victorieux en Syrie, invita, Ptolémée à venir à Ptolémaïs et Jonathan figura presque en tiers dans eette- entrevue de deux grands rois. A cet effet Alexandre le revêtit de la pourpre. Les Juifs ennemis des Macchabées tentèrent, mais sans succès, de le dénoncer au nouveau souverain.

Alexandre ne régna que cinq ans (150-145), et dès l'année 147 Démétrius II essayait de venger son père et de reprendre le trône. Jonathan se trouvait désormais dans la situation où fut plus tard Hérode entre Antoine et Auguste. Il demeura fidèle à Alexandre, ee qui Texposa aux attaques d'Apollonios, gouverneur de Goelé-Syrie, déclaré pour Démétrius, et qu'il vainquit non plus dans les coupe-gorge de Judée, mais en rase campagne dans la plaine d'Azot (3). Cependant la fortune tournait décidément contre Alexandre. Son beau-père Ptolémée Philométor essaya de profiter des cireonstances pour reprendre au moins la Palestine. Jonathan jugea prudent d'aller lui rendre hommage à Joppé, et l'accompagna ensuite en Syrie jusqu'au fleuve Éleuthère (4). Il pouvait croire que le roi d'Egypte venait au secours de son gendre. Alors Ptolémée changea de gendre, promit sa fdle à Démétrius, rompant ainsi ouvertement avec Alexandre, désireux semble-t-il de Jouer les deux prétendants pour unir sur sa tête les deux eouronnes (5). Mais il périt presque en même temps qu'Alexandre qu'il avait poursuivi jusqu'en Arabie, et Démétrius II doTÎnt roi (145).

Il est probable que Jonathan n'attendit pas que l'équilibre fût rétabli

(1) I Macch., X, 18-21.

(2) I Macch., X, 22-47.

i(3) I Macch,, XI, 67-87.

(4) Probablement le Qasimiyé plus près de Tyr que de Sidon.

(5) 1 Macch., XI, 13.

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