‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 51 sur 198 · SIMON · texte numérisé non relu

SIMON

Jason, devait son titre au roi de Syrie, au détriment de l'ancienne lignée «acerdotale des Onias. Il voulut donc assurer son droit et celui de ses enfants par le suiîrage du peuple tout entier, désormais, on le croyait du moins, maître de ses destinées. La troisième année de son avènement, en l'an 172 des Séleucides, le dix-huitième jour du mois d'Éioul, une assemblée des prêtres et du peuple reconnut les droits que sa famille avait acquis par ses services : « Les Juifs et les prêtres ont trouvé bon que Simon soit prince et grand prêtre pour toujours », c'est-à-dire lui et ses enfants, « jusqu'à ce que surgisse un prophète digne de foi » (1). Le titre de roi n'était pas prononcé, sûrement parce qu'on n'osait pas remplacer la famille de David par une dynastie nouvelle sans une décision de Dieu. On réservait les anciennes espérances pour le cas où un prophète inspiré désignerait celui que Dieu en aurait investi. Ce trait montre à lui seul que la foi messianique n'était pas éteinte.

D'ailleurs le gouvernement de Simon est décrit par le premier livre des Macchabées sous des couleurs idylliques qui en font le prélude du bonheur et de la vertu qui devaient signaler le grand Règne : « Chacun cultivait en paix sa terre; le sol donnait ses produits et les arbres des champs leurs ifruits. Les vieillards, assis sur les places, s'entretenaient tous de la prospérité, et les jeunes gens revêtaient comme un ornement les habits de guerre... Chacun était assis sous sa vigne et son figuier, et personne ne leur inspirait de crainte ». Et voici pour l'ordre moral : « Il fut le soutien de ious les malheureux de son peuple ; il se montra zélé pour la loi, et fit disparaître tous les impies et les méchants. Il glorifia le sanctuaire et multiplia les ustensiles sacrés » (2).

Quelle transformation depuis les temps douloureux où Antiochus Épiphane, quelque trente ans auparavant, foulait aux pieds Jérusalem et profanait le Sanctuaire! Les Macchabées avaient pleinement conscience d'une intervention divine, et nous pensons comme eux, mais sans méconnaître l'influence des efforts humains et des circonstances, selon l'esprit de ces héros, toujours prompts à saisir les occasions de manœuvrer et de négocier, sauf à se jeter entre les bras de Dieu dans les moments désespérés.

Simon se dit que le meilleur moyen d'asurer l'avenir était de faire ^ratifier et garantir par les Romains un état des choses si favorable. Toujours attentif à ce qui se passait en Orient, le Sénat avait envoyé ses condoléances à la mort de Jonathan (3). Simon l'avisa des délibérations

(1) I Macch., XIV, 41 : ewç toî) àvaorTïivai lîpoç'/jr/iv Tticrrév.

(2) 1 Maccli,, XIV, 8-9; 12-15.

(3) ScHûRER n'admet qu'une ambassade des Romains, et pense que le livre des Macchabées -place l'ambassade de Simon avant la délibération du peuple. Il faut plutôt reconnaître que I Macch., XIV, 24 est anticipé pour rattacher la démarche de Simon à celle des Romains,

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de la nation juive. Cette fois le Sénat se trouvait en présence d'une situation régulière. 11 fit le pas décisif en mandant aux princes et aux villes libres de l'Orient de respecter l'État juif (1). L'ambassade juive arriva à Rome en 139 et sans doute, dans l'enthousiasme du succès, dans la conviction qu'il était dû au Dieu d'Israël qui était aussi le Dieu du monde, le personnel qui accompagnait son chef Numénius se livra à une propagande religieuse, la première qui ait été signalée dans la capitale du inonde romain. Les païens ne pouvaient même soupçonner qu'on leur proposât un autre dieu que Jupiter, et confondirent lahvé Sabaoth, le dieu des armées, avec Jupiter Sabazius. Le préteur Hispalus renvoya chez eux ces prédicateurs jugés intempestifs (2).

Malgré tant de succès, et une stabilité qui paraissait fondée sur la puissance romaine, le gouvernement de Simon se termina sur de fâcheux pressentiments.

Démétrius II avait été pris dans un traquenard par les Parthes. Tryphon se dit qu'il n'avait plus rien à craindre de lui, ni de l'opinion qui eût acclamé Démétrius vainqueur. Il fît assassiner son pupille, le jeune Antiochus, sous prétexte d'une intervention chirurgicale, et ceignit le diadème (140). Démétrius II captif était impuissant. Mais son jeune frère, s Antiochus avait été soustrait au désastre de Démétrius 1°^' et élevé à Sidé en Pamphylie. Il était brave, animé de sentiments généreux, un chef. Puisque son frère était en captivité il se mit en avant comme représentant la cause de la légitimité contre l'odieux Tryphon (3). Celui qui devint Antiochus VII Sidétès ou Évergète s'annonçait comme un maître qui saurait revendiquer ses droits, non pas dans la mesure où ils étaient tombes aux mains de ses faibles prédécesseurs, mais tels qu'ils avaient été exercés par ses ancêtres (139).

Quand il n'était encore qu'un prétendant sans ressources, réfugié dans les îles grecques, ce prince n'avait pas hésité à confirmer Simon dans tous les privilèges que lui avait octroyés son frère Démétrius. C'était l'inviter à venir à son aide en bon allié. Simon justifia sa confiance et lui amena deux mille hommes quand déjà il attaquait Tryphon enfermé dans Dora au sud du Carmel. Mais alors Antiochus changea d'attitude. Se croyant sûr de la victoire et à portée de la Palestine, il dédaigna le secours,

(I) Le récit de I Macch. xv, 15-Î4 est traité fort légèrement par Bouché-Leclercq {Histoù^e des Séleucides, p. 372), mais défendu par Schiirer qui reconnaît le consul Lucius dans L. Calpurnius Piso, consul en l'an 139.

' (2) Valère Maxime, i, 3, 2 : Idem Judaeos, qui Sabazî Jovis cultu Uomanos Inficere mores conati erant, repelei'e domos suas coegit. — Schurer fait observer que l'accord des deux faits sur l'an 139 ne peut être un hasard. Celte coïncidence confirme le caractère historique dut récit.

(3) Bouciié-Lecleucq, p. 370.

se reporta au droit ancien, et exigea la restitution des conquêtes de Simon : Gazara, Joppé, la citadelle de Jérusalem, acquisitions postérieuses au firman de Démétrius, plus une amende de cinq cents talents, faute de quoi il tournerait ses armes contre la Judée.

Mais Tryplion réussit à s'enfuir et Antiochus dut poursuivre son principal ennemi jusqu'à Apamée. Son lieutenant Cendébée qu'il avait chargé de réduire les Juifs se fit battre par Jean, fils de Simon, dont ce fut le premier exploit. Le vieillard en était venu à laisser les mains libres à se^ fils, et aussi, pour son malheur, à son gendre Ptolémée fils d'Aboubus.

Celui-ci l'attira à Doq (aujourd'hui Douq) dans un vrai coupe-gorge au-dessus de Jéricho. On festoya, on but jusqu'à l'ivresse; et Simon succomba avec deux de ses fils sous les coups de l'assassin. Ptolémée pouvait se croire à l'abri en se jetant dans les bras du roi, ennemi des Macchabées. Mais Jean, fils de Simon, avait échappé à ses embûches.

Le livre des Macchabées se termine ici : une autre époque s'ouvre, non moins fertile en guerres, mais dépourvue de ce souffle d'enthousiasme religieux qui soulevait les âmes au temps des premiers héros. Les trois fils de Mattathias sont seuls nommés les Macchabées. Leurs successeurs combattront leurs propres guerres, plutôt que celles de Dieu. La dynastie est 1 connue désormais sous le nom des Hasmonéens ou Asmonéens(l), probablement d'après leur pays d'origine.

§ 3. Jean Hyrcan (135-104 av. J.-C).

L'odieux Ptolémée, traître envers sa famille d'adoption, trahit aussi sa nation en offrant au roi de Syrie de lui livrer la Judée, sans doute dans l'espérance de l'administrer sous son nom. Sa tentative échoua. Simon ayant compris d'importance de Gazara y avait bâti un château fort (2), et en avait confié la garde à son troisième fils Jean. Celui-ci ne pouvait en être débusqué que par une nouvelle ruse; mais, prévenu à temps, il se débarrassa des satellites envoyés pour l'assassiner, et courut à Jérusalem où, il fut accueilli en héritier légitime de Simon, selon l'accord conclu entre lui et tout le peuple.

Ptolémée, assiégé dans sa forteresse de Douq, échappa grâce aux difficultés spéciales d'une année sabbatique et mit le comble à ses forfaits

(1) 'AffaiAtovaiot. Dans la Michna {Middoth i, 6) "ixiln^jn 1^3, sûrement d'après pOï?n, une localité de Juda (Jos. xv, 27). Qiiand Josèphe dit {Ant. XII, vi, 1), que Mattathias est fils de Jean, fus de Simon toO 'Aoa|i,wvawu, il entend ce dernier mot comme un nom d'origine non comme un nom de personne; Ant, XVI, vii, 1 pourrait induire en erreur. On écrit Hasmonéens, ce qui est plus conforme à l'étymologie hébraïque, ou Asmonéens, que nous préférons comme acclimaté par Josèphe.

(2) Dont l'emplacement a été reconnu par M. Macalister, au cours de ses fouilles si heureusescf. RB., 1905, p. 430.

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en ttiaïit la mère de Jean. Il disparaîll de rhistoire, tandis que Jean maugnre un gouvernement qui devait être glorieux. Le premier livre des Maechabées (xvi, 23 s.) nous renvoie à un livre à' Annales qui malheureusement n'a pas été conservé. Josèphe devient notre unique source, et il n'est pas aisé de fixer exactement sa chronologie ni d'y insérer les pièces qu'il reproduit des négociations avec Rome. Schtirer a posé des jalons qui paraissent une indication solide.

Antiôchus VII Sidétès avait conçu de grands desseins. Il voulait reconquérir sur les Parthes les provinces de la Haute-Asie et délivrer son frère Démétrius II, retenu en captivité. Les Juifs, s'ils demeuraient hostiles, pouvaient lui causer des embarras sur ses derrières, ou devenir des auxiliaires utiles si une fois ils étaient domptés. Il commença par eux et vint mettre le siège devant Jérusalem (135/134 av. J.-C). L'attaque fut si subite que les fuyards de la campagne s'entassèrent dans une ville mal approvisionnée. Hyrcan rejeta d'abord les bouches inutiles. Le roi syrien ne fut pas assez généreux pour laisser passer ces affamés, puisqu'il espérait réduire la ville par Ja famine, mais tint à montrer qu'il n'entendait nullement reprendre les errements d' Antiôchus Ëpiphane. Il laissa les Juifs en paix pendant la fête des Tabernacles, et leur envoya même comme victimes des taureaux aux cornes dorées. Cette modération désarmait le parti religieux, autrefois le plus décidé à la résistance, et faisait espérer des conditions favorables si Hyrcan se décidait à capituler. Elles furent assez douces. Les villes récemment conquises seraient assujetties à un tribut, les Juifs devraient payer une contribution de guerre de cinq cents talents. Antiôchus entra dans la ville et fit démanteler les murs.

Dès lors Hyrcan était entraîné dans l'orbite du roi de Syrie, et il dut l'accompagner dans son expédition contre les Parthes dont le succès fut d'abord éclatant. Le prudent prince juif représenta sans doute que son secours n'était plus nécessaire à un capitaine triomphant, et trouva le moyen de n'être pas englobé dans le désastre qui coûta la vie à Antiôchus VII (129 av. J.-C). Le frère du roi, Démétrius II, que les Parthes avaient délivré dans le dessein de susciter un rival à leur principal adversaire, remonta sur le trône de Syrie. Mais les compétitions furent si actives, les luttes intestines si néfastes, que désormais la Judée, indépendante en fait, put s'agrandir sans trouver trop d'obstacles de la part de» Syriens.

Hyrcan, peut-être à son retour de la campagne contre les Parthes, porta d'abord son offensive au delà du Jourdain. Philadelphie, l'ancienne Ammon, cité grecque florissante, aurait défié ses efforts. Mais en face de Jérusalem se trouvait Mâdaba (1), à quelques heures de Jéricho, sur les

(1) Les ruines de Madaba ont élé occupées par des chrétiens émigrés de Kérak. Elle avait

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plateaux de l'est, dominant la grande plaine très riche qui se mue insensiblement en désert. Il prit la ville après six mois.

D'autres campagnes indiquent plus nettement que dans sa pensée la restauration nationale était une restauration religieuse, et qu'il ne la regardait comme assurée qu'à la condition de réduire des voisins turbulents. A douze heures de Jérusalem au nord, les Samaritains, prétendant adorer le même Dieu que les Juifs, étaient en guerre ouverte avec le sacerdoce de la ville sainte, et lui opposaient un temple rival au sommet du mont Garizim. Toute tentative de développer le Judaïsme parmi les an* ciennes tribus du nord était tenue en échec par cette barrière qui séparait la Judée de la Galilée, La pénétration dans la Samarie du nord ne peut se faire que par la vallée de Sichem. La petite forteresse (1) dominée par les flancs du Mont Ébal ne put résistera Hyrcan, Maître du passage, il escalada facilement les flancs du Garizim, dont il détruisit le Temple. Mais la capitale politique du pays était Samarie. Bâtie sur une colline aux croupes escarpées, Samarie avait longtemps bravé les efforts des Assyriens (2). Les Macédoniens l'avaient flanquée de tours dont les fouilles récentes ont retrouvé les premières assises. Elle ne succomba sous les coups des Juifs que vers l'an 107 av. j.-C., après un siège d'un an. Ils la détruisirent entièrement, et précipitèrent les fortifications dans les ravins. Cette victoire ne leur causa pas moins de joie que jadis la chute de Babylone. Entre temps, Hyrcan avait consolidé sa situation dans le sud eh s' emparant de Dora, qui dominait Hébron, et de Marissa, où les Macédoniens avaient établi une puissante forteresse (3) située sur les derniers contreforts des collines, au sommet d'un triangle dont les lignes descendent dans la plaine vers Gaza, vers Azot et plus au nord vers Jaffa. Plus tard Éleuthéropolis, aujourd'hui Beù-DJiàrin, à environ une demi-heure au nord, attesta l'importance de cette position.

^ Ce n'étaient pas seulement les plaines, comme on le croyait naguère, c'est même cette région encore montagneuse, qui avait subi l'influence de l'hellénisme, comme le prouvent les deux tombeaux récemment découverts. Sur les parois soigneusement polies du calcaire tendre des roches sont peints, avec une curiosité éveillée par les conquêtes d'Alexandre, des animaux étrangers comme la girafe, la licorne, l'éléphant, le rhinocéros ou même des êtres chimériques, mêlés à la faune du pays. Des inscriptions grecques émanant d'une colonie de Sidoniens, alternent avec de grossières écritures iduméennes où figure le nom du dieu national d'Édom, Kos. Un

été florissante sous les Byzantins, comme le prouvent ses admirables mosaïques. Voir Jaussen. Les coutumes des Arabes. ^ ^i^oa^a,

(1) Découverte par le fouilles en cours près de Balata, à l'est de Naplouse.

(2) Sur cette situation voir plus haut, p. 10. '

(3) Aujourd'hui Sandahanna le nom de Mar'acli ayant émigré à environ 4 kilom. au sud.

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graffito erotique, dans cette région de la mort, placé au-dessus d'un Cerbère, atteste la légèreté profane du temps (1).

Des femmes grecques, amenées d'Alexandrie ou desiles, s'étaient unies à desiduméens.

Hyrcan obligea tous les iiommes à la circoncision, et dès lors le peuple du pays fut ordinairement regardé comme juif. Quelques-uns cependant préféraient dire demi-juif, se rappelant qu'Édom était lé frère de Jacob (2).

Ces expéditions ne furent pas toutes conduites par Hyrcan en personne. Il lui fallait bien reprendre les fonctions sacerdotales, du moins dans les grandes solennités. Josèphe raconte que tandis qu'il était seul à brûler de l'eiicens dans le sanctuaire, il entendit une voix lui disant que ses fds venaient de vaincre Antiochus Cyzicénus. Cette communication divine mit le sceau à sa gloire : il avait donc reçu de Dieu le pouvoir politique, la charge de grand prêtre et le don de prophétie (3).

Ce triple honneur évoque dans nos esprits une impression de messianisme. Il en fut sans doute de même alors. Cependant Hyrcan ne prit pas le titre de roi, et se contenta de celui de grand prêtre et de chef de la nation des Juifs (4). Ces deux attribulions, l'une sacerdotale et l'autre politique, désignaient la même personne. Elles avaient été facilement conciliables sous une constitution dans laquelle le code civil et le code pénal faisaient partie de la loi religieuse ; le grand prêtre était alors assez naturellement le chef dé la justice. Au temps de Samuel (5), cependant, le peuple avait voulu un roi pour le juger et pour combattre ses guerres; le rdi s'était emparé de l'administration de la justice comme les autres ïois; elle était revenue au grand prêtre quand la dynastie de David

{\) Painled tomhs in the necropoUs of Marissa (Marêshah), by John. P. Peters... and Hermann Tiiiersch., Palestine exploration Fund, 1905, Les dessins et aquarelles du P. Vincent, assisté des Pères Savignac et Lagrange ont été utilisés dans cette publication. — Les auteurs noient que cette tombe spacieuse a dû servir de rendez-vous pour des amants (p. 58). J'avoue que je n'y avais pas pensé, ce qui ne m'a pas permis de saisir le vrai sens de cette inscription {Comptes rendus de l'Académie des Insc. et B. lettres, (1902, p. 498) aussitôt après la découverte; cf. Zeitschr. des Deuts. Palâstina-Vereim, 1931, p. 59 ss.

(2) Ant., XIV, 15, 2 : 'HptpSïi 6wffOU(Ttv t^lv paffiXstav 'iSnArfl te ôvti xal '[Souftaîw, TOùt' êcrtiv

(3) Ant., XIII, X, 7.

(4) Il y eut une progression : « Jean le grand prêtre de la nation des Juifs » met son pouvoir personnel moins en relief que la formule : «^ Jean, le grand prêtre, chef de la nation des Juifs »,

Ce n'est point sans avoir hésité que nous traduisons lin par nation. Scfaurer traduit par Gemeinde, « communauté », et Wellhausen {Is. und Jild. Gescli., V éd., p. 270) par Collegium, par où il entend synedrion, l'assemblée des anciens et des prêtres. 11 est vrai que lin en hébreu, soit biblique, soit rabbin ique, indique une association. D'autre part Hyrcan n'a pu prendre comme titre d'honneur sur ses monnaies de souverain celui de « président du conseil ». Nous pensons que les Juifs de ce temps ont choisi ce mot de l^n pour traduire éGvoç, (I Macch., XI, 30 : 'Iwva8àv...«alÊ9vei'Iou5ai(jjj en accentuant le caractère d'association; s'ils ont voulu être une communauté religieuse exclusive, ils conservaient leur lien de race descendue de Jacob.

(5) I Sam., VIII, 5.

«ivait disparu. Les nouveaux maîtres d'Israël, Perses et Grecs, s'étaient -chargés des guerres, sauf à recruter un contingent conduit par ses chefs nationaux. Les grands prêtres obéissaient docilement ; ils ne furent que itrop dociles sous les Séleucides. Lors de la réaction, les Macchabées avaient •été des chefs de guerre, et c'est seulement lorsqu'ils apparurent comme les seuls défenseurs de la religion et du sacerdoce lui-même, qu'on leur confia, sans doute sur leur demande, le souverain pontificat.

C'était leur titre à administrer les Juifs, même auprès des rois de Syrie et des princes étrangers. Prêtre du dieu d'Israël eût été une mince recommandation ; d'ailleurs on ne devait pas divulguer le nom sacré de lahvé au risque de l'exposer h être profané par les Gentils. Hyrcan, probablement, eut le courage de prendre le titre de prêtre du Dieu très-Haut, ce qui mettait presque sou Dieu au-dessus de tous les autres, et les Romains acceptèrent ce titre protocolaire (1) . Faut-il en conclure que les Asmonéens se considérèrent dès lors comme prêtres selon l'ordre de Melchisédec? (2) Toujours est-il que leur famille s'élevait bien au-dessus des autres familles sacerdotales, même de celle qui avait possédé le souverain pontificat.

Dans le passé un reste d'attachement aux coutumes anciennes avait obligé les rois d'Israël à prendre dans les grandes circonstances l'avis du conseil des anciens, c'est-à-dire des principaux scheiks représentant les grandes familles. A plus forte raison le grand prêtre, au temps des Perses, dépourvu du prestige royal, avait-il dû s'entourer d'un conseil comprenant les principaux chefs de l'aristocratie des villages et du sacerdoce. Jonathan avait convoqué les anciens du peuple avant de construire des forteresses : il les avait donc appelés de partout. Les chefs des Spartiates écrivirent à Simon, grand prêtre, aux anciens, aux prêtres et au reste du peuple des Juifs (3). Nous avons donc alors comme un premier état du sanhédrin qui jugea Jésus, mais les docteurs de la Loi n'en font pas encore partie officiellement.

On serait tenté de croire qu'une sourde opposition se perpétua parmi les familles qui avaient été dépouillées du pouvoir pontifical. Mais, compromises par leurs complicités avec Antiochus Épiphane, par leurs intrigues persévérantes contre le nationalisme qui dominait, elles étaient impuissantes. Et ce caractère politique revêtu par le sacerdoce n'était pas pour déplaire à la masse des prêtres, étant une source d'honneurs et de profits pour le sacerdoce. La protestation contre les Papes trop épris de la

(1) Dans Jos., Ant., XVI, vi, 2, Auguste le donne à Hyrcan II, mais il était sans doute héréditaire; cf. Jubilés, XXXII, 1, et Roch ha-chanah, l&K

(2) C'est une conclusion qu'on a tirée assez témérairement du Ps. ex.

(3) I Macch., XIV, 20; cf. xii, 6.

lOG VI. l'unité nationale. ftEGONQUISË.

Renaissance ne naquit pas d'abord dans la Curie romaine. Ce ne furent:, pas non plus des descendants de Sadoc ou d'autres fils d'Aaron qui entrèrent, en opposition avec Jean Hyrcan : ce furent les Pharisiens.

Nous les avons rencontrés sous le nom d'Assidéens, le parti des, personnes pieuses, c'est-à-dire attachées au culte de Dieu et à l'obserYancede la Loi. Us avaient été les premiers à seconder les efforts de la famille de Mattathias. Un instant ils avaient faibli, quand le grand prêtre Alcime leur parut garantir suffisamment la vieille- foi. Déçus, ils s'étaient ressaisis, et rien n'indique la moindre discussion de leur part avec Jonathan e;\ Simon. Le grand prêtre était bien obligé alors de diriger la guerre, qui était une guerre sainte. Même sous Jean Hyrcan la guerre tendait eni même temps au développenaent de la religion et de la nation. Les peuples» conquis étaient obligés à la circoncision. Cependant Jean Hyrcan, entraîné dans des guerres lointaines, devait fatalement négliger lesfonctions sacrées. Il n'avait pas pris le titre de roi, mais ses officiers et ses. courtisans avaient sans doute des soucis et une attitude profanes. Dans ce milieu de guerre, d'administration, de représentation, on avait un autre' idéal que celui des Scribes, penchés nuit et jours sur les saints Livres, et. cependant très résolus à jouer un rôle politique, précisément pour faire prévaloir leurs solutions dans la pratique de la justice. Renvoyés à leurs études par une cour naissante qui se formait sur le modèle des cours royales, ils éprouvaient sans doute quelque amertume. Il était visible qu'ils prétendaient imposer leurs opinions, tandis que les magistrats nese croyaient liés que par la lettre des textes, sauf à juger selon l'équité siâ le cas n'était pas expressément prévu.

Ce sont là en partie des conjectures, mais que vient appuyer une petite histoire rapportée par Josèphe et dans le Talmud. Hyrcan avait montré un zèle si ardent pour la prospérité du judaïsme, s'était montré si docile envers ceux qui en soutenaient les principes religieux, qu'il les crut longtemps tout à fait acquis à sa politique. Un doute cependant lui survint, et il jugea le moment venu de raffermir leurs bonnes dispositions et de les attacher à son gouvernement et à sa personne par une déclaration officielle du parti. Voici le récit de Josèphe (1) : « Un jour il les invita à un banquet et les festoya magnifiquement; quand il les vit dans de bonnes dispositions, il se mit à leur parler, disant qu'ils connaissaient sa volonté d'être juste et ses efforts pour être agréable à Dieu et à eux-mêmes : les Pharisiens, en effet, se piquent de philosophie. Il les priait donc, s'ils voyaient quelque chose à reprendre dans sa conduite et qu'il fût hors de la bonne voie, de l'y ramener et de le redresser. L'assemblée le proclama

(I) Ant.,xm,\, 5.

JEAN BYRCAN. 107

vertueux en tout point, et il se réjouit de leurs louanges; mais l'un des convives, nommé Éléazar, homme d'un naturel méchant et séditieux, prit la parole en ces termes : « Puisque tu désires connaître la vérité, renonce, si tu veux être juste, à la grande-prêtrise et contente-toi de gouverner le peuple )). Hyrcan lui demanda pourquoi il devait déposer la grandeprêtrise. « Parce que, dit l'autre, nous avons appris de nos anciens que ta mère fut esclave sous le règne d'Antiochus Épiphane. » C'était un mensonge. Hyrcan fut vivement irrité contre lui, et tous les Pharisiens fort indignés. »

Cette indignation ne parut pas très sincère au prince qui, poussé par un Sadducéen, mit les sentiments des Pharisiens à l'épreuve en leur demandant quel châtiment avait mérité Éléazar. « Des coups et des chaînes » leur parurent une peine suffisante pour ce que le dynaste juif regardait comme un crime de lèse-majesté. Hyrcan crut tous les Pharisiens complices et se déclara leur ennemi. Il les atteignit au vif en abrogeant les pratiques qu'ils avaient imposées au peuple. Mais le peuple se plaisait à ces règles qu'on lui donnait comme issues de la Loi par tradition; il était sous l'empire des Pharisiens et leur demeura fidèle (1).

Le caractère anecdotique de cette petite histoire l'a rendue suspecte. Schiirer n'y voit qu'une légende. Mais le fait de la rupture, à la pharisienne, lui paraît certain, et c'est bien, selon nous, les Pharisiens qui l'ont provoquée. Leurs chefs estimèrent qu'ils seraient plus complètement maîtres dans le domaine religieux si le souverain n'éfait pas en même temps grand prêtre. L'un d'eux a la hardiesse de le dire et il invoque naturellement un motif religieux, qui d'ailleurs n'est pas inscrit dans la Loi, mais déjà sans doute déduit dans les écoles. Et il se fonde vraisemblablement pour établir le fait sur l'exégèse d'un mot. Pourquoi Jean s'appelait-il Hyrcan? Suivant les usages romains, Eusèbe, suivi par saint Jérôme, a pensé que c'était à cause de sa campagne en Hyrcanie (2). Aujourd'hui encore ces désinences indiquent l'origine. Un Antébi est venu d'Ain-tab, un Orfali d'Orfa. Le Pharisien ne pouvait nier l'origine juive et lévitique de Jean, fils de Simon, fils de Mattathias : le surnom d'Hyrcan a dû lui venir de sa mère, amenée d'Hyrcanie ! Le raisonnement était plausible, et d'autant plus offensant. En abrogeant la jurisprudence des Pharisiens, Hyrcan se légitimait, à supposer même que le grief ne fût pas aussi faux que l'affirme Josèphe.

J!} ZZ'.nJT,^'''-^ ^""v^^^^' ^* tradilioa du T&lmud (KiddouscMn, m v\àce l'événement r^lf^Ttnll^^^^^^^^^^^ ^- Pharisiens, probablement au jugé, et au .al

*08 VI. l'unité nationale reconquise.

De toutefaçon, les hostilités étaient engagées entre les Asmonéens et les Pharisiens. Josèphe semble dire dans la Guerre qu'elles aboutirent à une véritable sédition. Hyrcan pouvait, sans recourir à l'esprit prophétique, prévoir que ses deux fils seraient moins heureux que lui (1).

(1) Bell, I, n, 8.

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