CHAPITRE VII L'APOCALYPTIQUE "AU TEMPS DES PREMIERS ASMONÉENS
Nous avons essayé plus haut (1) de définir le genre littéraire et l'esprit de l'apocalyptique, cette forme d'apostolat propre au judaïsme, car on ne peut y comparer que de loin les plus anciens poèmes de l'Avesta, les Gâthas ,(2). Nous voudrions maintenant en passer en revue les principales productions en lés plaçant à leur date. Ce n'est point une chose facile. Si quelques apocalypses, comme celle d'Esdras et celle de Baruch, ont une certaine unité, d'autres livres, comme celui d'Hénoch, sont un conglomérat de pièces qui ont eu sans doute une existence distincte, avant d'être versées dans cet ensemble. Elles n'y sont pas entrées sans subir de si profonds remaniements que telle d'entre elles a pu perdre son individualité. C'est ainsi que dans le livre d'Hénoch on croit retrouver des apocalypses où Noé était le révélateur.
Cette analyse n'arrivera peut-être jamais à donner des résultats définitifs. Elle ne peut être conduite que par des commentaires détaillés de chaque recueil. Ici nous devons nous contenter de certains ensembles distincts, sans entrer dans l'examen des petites interpolations sans importance. Même si l'on arrive à déterminer un état caractérisé de la doctrine, surtout relativement aux fins dernières et au messianisme, la date de l'éclosion demeure vague, à moins que l'attention de l'auteur ne se porte sur la suite de l'histoire, car dans ce cas le moment de l'histoire où il s'arrête ne saurait être postérieur au temps où il écrivait. Mais il est de ces voyants dont l'imagination flotte dans le temps et s'applique seulement à la vision du monde ou à quelque événement isolé de son évolution dans le passé.
I or
Hénogh (3), i-xxxvi. Le péché et le jugement.
C'est le cas de la première partie du livre d'Hénoch. Non que l'auteur ait été touché tant soit peu de cette curiosité des Grecs qui aimaient à
fl) Ch. V.
(2) Plus semblables aux anciennes prédications.
(3) Comme le livre d'Hénoch forme un tout, nous indiquerons ici la bibliographie une ibis pouî toutes, quoique nous ayons réparti les différentes pièces selon le temps présumé de leur origine.. — Charles, Th^ ethiopic version of the hook of Enoch, .edited from twenty-three M S S.
étudier l'aspect extérieur des choses pour en. pénétrer la nature. Le monde sensible ne lui apparaît que dans ses rapports avec Dieu, avec les anges, avec les démons, avec les hommes. Il n'essaie pas de l'explorer : il l'imagine selon sa fantaisie, comme le trône de Dieu, ou son palais, ou la prison des mauvais anges, ou le séjour des âmes, ou encore le lieu de la récompense des justes. C'est d'après leur destination qu'il distribue les montagnes de pierres précieuses, les palais de feu, les compartiments où séjournent les diverses catégories d'âmes, les gouifres qui servent de prison aux méchants. Mais si toute cette charpente se règle sur l'ordre moral, la suite historique des actions humaines ne l'intéresse pas. Il recherche seulement l'origine du mal, et ce qu'il adviendra aux justes et aux pécheurs. Les anciens prophètes s'en tenaient au fait scandaleux du culte rendu aux Baals et aux Astartés, puis aux dieux de l'Assyrie ou de Babylone : le crime était flagrant, puisque ces divinités n'étaient pas le Dieu d'Israël, seul assez puissant pour sauver son peuple. A vrai dire elles n'existaient pas au titre de divinités, ce n'étaient que des non-dieux. Maintenant le penseur s'étonne que leur culte ait pu trouver créance. Il les regarde comme des êtres déchus, responsables de tout le malqui existe dans le monde.
Ce n'est pas seulement le péché qui provoque le désordre, ce sont les arts, les instruments de guerre, les attraits de la parure et du luxe, tout pe qui s'éloigne du calme et de la simplicité de. la nature, obéissante à son créateur. L'auteur croit trouver dans la Genèse le point de départ de tout le mal, lorsque les anges, créés pour demeurer toujours, et qui n'avaient donc pas à pourvoir à la perpétuité de leur espèce, ont commis un crime contre la nature en s'unissant à des femmes mortelles. De cette union sont
together with tlie fragmenlary greek and latia versions, Oxford, 1906. — C'est la meilleure édition des traductions anciennes, auxquelles on doit s'en tenir, puisque le texte original, probablemeat en hébreu, n'existe plus. — Le texte grec a été publié séparément par L. Rademacher: Das Buch Henoch, dans l'édition de Berlin des auteurs ecclésiastiques, avec une traduction en allemand du texte éthiopien par Joh. Flemmng, Leipzig, 1901.
Chaules, The book of Enocli, translated from Professer Dillmann's ethiopic text emended^nd revlsed in accordance with hitherto un coUated ethiopic MSS. and with the Gizeh and other greek and latin fragments which are hère published in full, with introduction, notes, appendices and indices, Oxford, 1893. — Béer, Das Buch Henoch, traduit en allemand avec une introduction et des notes, dans l^.ie Pseudepigraphen des aUen Testaments, de Kantzsch, Tûbingen, 1900. — Fr. Martin, Le livre d'Hénoch, traduit sur le texte éthiopien, Paris, 1906. — C'est à cette excellente traduction en français que nous empruntons toutes nos citations.
A propos d'Hénoch notons encore que le livre des secrets d'Hénoch, ouïe livre slave d'Hénoch, existe dans deux recensions, l'une plus longue (A) publiée par Popov en 1880 d'après un ms, écrit dans le dialecte du sud de la Russie en 1G79; l'autre (B) publiée par Novakovic en 1884, d'après un ms. serbe du xvi^ siècle. Les deux recensions sont traduites en allemand par Bonwetsgh,\ Das slavische Henochbuch, Berlin, 1896. Le recueil anglais des Pseudepigrapha contient une traduction et un commentaire par Forbes et Charles, p. 425-469. — Citons enfin 3 Enoch or the Hebrew Book of Enoch, edited and translated for the first time with introduction, commentary and critical notes by Hugo Odeberg, Cambridge, 1928.; cf. RB^, 1930 p. 452 ss..