‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 56 sur 198 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

Tes fils seront princes et juges et chefs de toute la race des fils de Jacob; ils proféreront la parole du Seigneur en droiture, et ils prononceront tous ses jugements en droiture. Et ils déclareront mes voies à Jacob et mes sentiers à Israël. La bénédiction du Seigneur sera mise sur leur bouche, pour bénir toute la race du bien-aimé.

Le dernier trait marque bien le sacerdoce (1) ; mais on dirait que le principal l'emporte en éclat sur les fonctions sacrées du Pontife. Le prince prêtre est surtout un docteur.

L'auteur est donc un voyant beaucoup plus absorbé par ce qui se passe sur la terre que préoccupé des mystères de l'au-delà. On s'aperçoit cependant que ses conceptions des fins dernières ne sont pas celle» des âges anciens. Le chéol est un lieu de damnation pour les impies et les pécheurs (2). Où allaient les justes? Ils étaient sûrement récompensés, mais on ne nous dit pas où, ni comment. Le grand jugement semble antérieur à la période messianique ou peut-être est-il réparti en une série de jugements qui marquent les développements progressifs de cette ère de bonheur.

De sorte que, en définitive, l'attention de l'auteur se porte surtout sur son temps, époque de guerres heureuses, de prospérité, et qui promettait encore plus pour l'avenir. Il en est des nations comme des hommes : cen'est pas lorsqu'un vent favorable enfle les voiles que la pensée se tourne ^ comme pour un refuge, vers la sphère élèmelle des destinées. Et il n'était pas indiqué de faire traiter le sujet des fins dernières, par Moïse, le législateur du temps présent. Ce rôle lui convenait moins qu'à Hénoch, enlevé de terre pour converser avec Dieu. Le temps, le plus lointain et heureux, censé prévu par Moïse, en réalité celui de la composition du livre, c'est celui des grandes victoires macchabéennes, après la mort d'Antîochus Sidétès, quand Jean Hyrcàn a conquis l'idumée et Sichem^ c'est-à-dire vers l'an 125 (3).

A cette époque Jean n'avait pas encore rompu avec les Pharisiens, et se donnait même comme leur disciple.

Ce n'est pas qu'il soit aisé de ranger l'auteur dans un des trois parti» qu'a décrits Josèphe. Un Sadducéen aurait nié la résurrection j comme l'auteur, mais sans mettre en relief la vie des esprits séparés* Les Pharisiens tenaient fortement pour la résurrection. Il y a d'ailleurs dans l'énoncé de la jurisprudence des Jubilés bien des points qui ne coïncident

(1) Nura., VI, 23 sa.

Page 1