‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 61 sur 198 · LES TESTAMENTS DES PATRIARCHES · texte numérisé non relu

LES TESTAMENTS DES PATRIARCHES

allusion (v. 6) à la révélation qu'il reçut dans le temple, pendant que ses fils combattaient A ntiochusCyzicenus (1). Mais nous y voyons plus simplement l'investiture surnaturelle donnée dans le Temple au grand prêtre fondateur de la dynastie. Il la transmet ensuite à ses fils par une sorte de fiction poétique, puisque la succession n'était ouverte que par la mort du grand prêtre en charge. Jean Hyrcan ne fut pas le premier pontife après l'éclipsé du sacerdoce. C'est le nouveau sacerdoce, celui de Jonathan, de Simon, de Jean Hyrcan qui est personnifié dans un prêtre, type du nouvel ordre.

Il y a là assurément un sentiment messianique, celui que nous avons reconnu au temps des Macchabées, une tendance à dériver les anciennes prophéties en faveur de la dynastie régnante. Gela pouvait passer pour légitime, car toutes les splendeurs de l'avenir n'étaient pas expressément rattachées par les prophètes à la maison de David. Mais on ne pouvait, sans rompre avec la tradition, transporter positivement le Messie promis par Isaïe d'une tribu à une autre, et c'est ce que nous ne voyons pas dans les Testaments, pas plus que dans les Jubilés.

Le Messie apparaît-il du moins à propos de Juda? Il faudrait l'admeltre d'après les textes actuels soit en grec, soit en arménien. Mais les deux textes sont si dissemblables, et si évidemment interpolés, chacun à sa manière, qu'il est difficile de se prononcer entre eux et plus chanceux encore de composer librement un texte éclectique. On propose à tout hasard de s'en tenir à ce texte : .

XXIX, 1. Et après cela se lèvera l'astre de paix (2),... '* Alors brillera le sceptre de mon royaume, et de votre racine s'élèvera un rejeton (Sj.^Et il bourgeonnera une verge de justice pour les Gentils, pour juger et sauverions ceux qui invoquent le Seigneur (4).

Il semble que la verge de justice sera surtout un juge pour les Gentils, et un salut pour Israël.

Quant au passage messianique sur JuHa qui se trouve dans Joseph (xix), il est si fortement interpolé dans le sens chrétien que nous renonçons à en rien tirer.

Ainsi les Testaments des Douze Patriarches, comme les Jubilés, ne font qu'une très petite place — s'ils en font une, — au Messie personnel. Ils n'ont pas transporté cette espérance dans la maison des Asmonéens, parce qu'ils se contentaient d'un messianisme collectif de progrès continu sous

(1) Anl., Xin, X, 3.

(2) D'après l'arménien, mais les éléments sont conservés dans le grec.

(3) D'après le grec. Arménien de Charles la môme chose ; de Schnapp : « Alors sortira de moi le germe et le sceptre du royaume poussera et le fondement sera posé (sortant) de votre racine;

cf. IS. XI, 1.

(4) Arménien de même : « et il s'élèvera » etc.

LE JUDAÏSME AVANT JÉSUS-CimiST. 9

l'égide de la dynastie. Leurs espérances individuelles se portaient sur l'audelà, mais ce n'est pas le thème qu'ils ont choisi, non plus que les autres voyants de cette époque. Dans un temps où l'on avait goûté les fruits amers de l'assimilation, on tendait à se séparer des Gentils, à se retremper dans le sentiment de l'unité nationale, comme les Juifs le font précisément aujourd'hui. Le moment n'était pas venu de faire appel aux Gentils. C'est l'origine du Pharisaïsme, au sens de séparatisme: l'époque est déjà sous ce signé, mais jusqu'alors en plein accord avec les princes grands prêtres. Comme pour les Jubilés, ce goût pour la littérature ancienne librement complétée nous parait caractériser les Pharisiens ultras que nous nommons lesEsséniens plutôt que les docteurs du gros de la secte, dont les efforts se concentraient davantage sur la lettre de la Loi.

Page 1