‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 60 sur 198 · LES TESTAMENTS DES PATRIARCHES · texte numérisé non relu

LES TESTAMENTS DES PATRIARCHES

double domination qui n'en fait qu'une. Si Je livre était d'origine chrétienne, Juda devrait tenir le premier rang. Quand l'épitre aux Hébreux relève le sacerdoce de Jésus-Christ, elle a en vue un sacerdoce nouveau, qui remplace désormais le sacerdoce^ aaronique. Quelques Pères ont signalé l'origine lévitique de Marie, à cause de sa parenté avec Elisabeth (1), et un fragment de saint Irénée célèbre le Christ issu de Lévi et de Juda comme prêtre et comme roi (2). Mais on peut se demander si ce n'est pas lui qui dépend des Testaments.

Au temps de Jésus-Christ, la prééminence de Juda résultait de ce fait que cette tribu était devenue le tout d'Israël. C'est Juda ou, comme disaient les Grées, la Judée qui le représentait aux yeux des Gentils, qui était l'adorateur de son Dieu, qui avait souffert pour la foi des patriarches.

Or, dans les Testaments, Lévi passe toujours avant, non seulement comme prêtre, mais comme détenteur du pouvoir et chef militaire : Ruben (vi, 7) : « Dieu a donné le pouvoir à Lévi et à Juda avec lui ». Siméon (v, 5) dit à ses fils : « Qu'ils ne pourront prévaloir contre Lévi, parce qu'il combattra les guerres du Seigneur et vaincra toute votre armée ». Il ajoute (vu, 1) : « Obéissez à Lévi et à Juda parce que c'est d'eux que Je salut se lèvera pour vous ». Dan. (v, 4) prévoit que dans l'avenir ses fils seront infidèles au Seigneur, irrités contre Lévi, et engagés dans la lutte contre Juda. Mais ils seront impuissants, car l'ange du Seigneur sera le guide des deux tribus qui seront toute la consistance d'Israël. Dans le testament de Nephtali (v, 4), Lévi n'est pas seulement nommé le premier, il est comparé au soleil et Juda à la lune; douze rayons sont sous leurs pieds. Aussi le patriarche recommande-t-il à ses enfants de s'unir à Lévi et àJuda.Gad (viii, 1) annonce comme les autres patriarches que le salut viendra des deux mêmes tribus, qu'il faut donc leur rendre honneur. Juda est nommé avant, néanmoins on peut se demander si c'est bien l'ordre original, d'autant qu'au Testament de Joseph (xix, 11), et dans le même contexte, Lévi reparaît le premier. Il y a plus. On fait confesser à Juda (xxv, 2) que le Seigneur a béni Lévi, tandis que lui-même a été béni seulement par l'ange de la Face.

Il était impossible d'oublier que Juda formait le bloc de la nation. Il faut donc que le mérite de Lévi ait été de grouper ses forces, de prendre la tête du mouvement, de le conduire à la victoire. Les restes des autres tribus sont invités à entrer dans leur orbite. Nous sommes clairement à l'époque des premiers Asmonéens, lorsque les Assidéens les plus attachés

''1) Le. I, 36.

(2) Slieren, i, 830 Fragni. xvii.

iâ6 V^II. EE&-EREMIÈRES M»OCALÏPSES.

à la Ijoi ^voyaient dans l'efnpire exercé (Jai^Juda par Lévi le saluât de tante la nation dont on espérait voir se grouper les 'éléiaents dispersés..

L^onneur rendu au caractère belliqueux de ce sacerdoce est spéciale-? ment marqué dans le iestament de Lé vi. Tandis que la Genèse le blâmait d'avoir compromis son père par sa brutalité envers les gens de Sichem (1), il est maintenant béni pour avoir tiré vengeance de Bina. C'est en récompense de ce haut fait que le sacerdoce lui a été conféré, comme les Jubilés le disent encore plus expressément (2). La prise de S'ichem, cette cité des sots (3), fut aussi l'un des principaux exploits de Jean Hyrcan. Les Tes^taments sont donc du temps postérieur à cette conquête, du même tenaps que les Jubilés, et dans le même esprit.

>0n peut seulement se demander si leur admiration pour la dynastie asmonéenne ne va pas jusqu'à lui transférer les droits messianiques de la maison de lî)avid. L'auteur n'attendait-il pas que le Messie sortirait de la lignée desMaccbabées? N'a-t-il pas pensé que déijà Jean Hyrcan réalisait lïdéal duMessie (4)?

G'*est bien une royauté éternelle qni est prédite à Lévi par Ruben (vi, 8- 121), mais sans qu'aucun prince se .détaebede la lignée qu'on soitiinvité à saluer comme le Messie. Ge texte ne fait donc que confirmer «e qae nous avons dit «déjà :

^ Je vous recommaade d'écouter Lévi, car il aura la connaissance de la loi de Dieu, et ilprononcera les jugements et offrira l'encens pour Israël jusqu'à la consommation des temps, étant le grand prêtre dirit qu'a désigné le Seigneur... ^^Et approchez-vous de Lévi dans l'humilité du cœur, afin de recevoir la hénédiction de sa bouche. ''^Car c'est lui qui bénira Israël et Juda,;car c'est lui (5) que le Seigneur a choisi pour régner en face de tout 'Son ■peuple..

Il faut probablement ajouter ici, après une phrase étrange (6) : « et il sera roi à jamais,, » ce qui s'entend de Lévi et par conséquent d'une dynastie. Ces termes ne paraîtront pas trop iorts, si l'on songe que les Juifs avaient proclamé Simon grand prêtre pour toujours (7). On y mettait cependant une restriction : •

« Jusqu'à ce que paraisse un prophète fidèle ». Et cette restriction a

(1) Gen., XXIV, 30 et xux, 5 s.

(2) Mbilés XXX, 18.

(3 j Lévi, VJi, 2; cf. Eccli. i, 26.

(4) "Dans cette discussion sur le Messie nous ne parlons pas des interpolations chrétiennes ou des ïsorijectures tendancieuses ; -voir Le Messiaimme.../^. 72, note 3. ,(.5).iv a.ÙTôiSsXI|aTo, iébraïsme pour traduire p 1113 (C/iarZes).

(6) Le V. 12 : « et prosternez-vous (var. et vous vous prosternerez ») devant son lignage, parce qu'il mourra pour vous dans des guerres visibles et invisibles » peut s'entendre des Maccbabées ou est une énigme qui pourrait bien avoir été posée par un chrétien. « Et il sera roi à jamais » (ou arra. et ils seront rois à jamais ») se soude très bien au v. 11.

(7) I Maccb., XIV, 41.

USS T<Ï5S.T:A11EN3;S ;DES EATjRMRCHES. fâ?

disparu. Mais si les Testaments ïh© réseirveiït pas ici d'autres droits, ils ne. mettent non 'plus en vedette aucune personnalité.

ïl n'en est pas de même d'une sorte de psaume, dans Levi (xviii, 1 ss.), véritable hymne en Thoniieur du sacerdoce nouveau, personnifié dans un grand prêtre, ©'après M. Charles, il s'agit de Jean Hyrcan, représentant le Messie lévitique de l'avenir ; d'après M. Bousset (1), le poème n'est pas proprement messianique, et cependant il décrit un griind prêtre messianique investi d'une puissance siirnaturelle. Voici ce morceau que nous reproduisons intégralement d'après le gTec (2), -mais en indiquant par des crochets les passages que nousjugeonsîniierpolës par un chrétien.

Après une description des vices effroyables du sacerdoce, ce qui peut s'entendre des temps où il subissait 1 influence païenne des Syriens, l'auteur prévoit que le Seigneur en fera justice et que le sacerdoce sera interrompu, probablement après la mort d'Alcime ; puis :

2 Alors le Seigneur suscitera un prêtre nouveau, ■

auquel seront révélées toutes les pensées du 'Seigneur,

et c'est lui qui .fera le j ugement ■ de vérité sur lu terre ^pendant longtemps. -

3 Et son astre se lèvera au ciel comme celui d'un roi,

éclairant la lumière de la connaissance, comme le jour quand il fait soleil, et il sera glorifié dans la terre entière.

■'' Il brillera, comme le soleil sur la terre, et fera disparaître les ténèbres de dessous les cieux, et toute la terre sera ;en paix.

^ Les cieux tressailleront de son temps,

etla terre sera dans la.| oie,

et les mères dans lîallégpesse.

[Et la connaissance du Seigneur se répandra sur la terre comme l'eau des mers,] (3)

Et les anges de la face du Seigneur tro.uverontJeur allégresse en lui.

^ [Les cieux seront ouverts,] (.4) et du temple de lia gloire viendra sur lui la sanctification, [avec la voix paternelle], comme vers Abraham et Isaac et Jacob (5).

^i:).Z:eiiscJmftjfur die neuL Wissenschaft, .1900, ;p.. 172 «s.

(2) Il -manque à l'aMnéniea le plus ancien.

(3) Is., XI, 9 supprimé par Charles et en effet rompt le contexte. (i4) .Gamme au.bap:têrae du 'SBigneur, Mt. m, 16, etc.

(<5) Tout ce passage a été ;retoucIié pour siuggérer le baptême de Jésus commedans Juda, xxiv, 2 s. %es cieux sont .ouverts comme dans Mt., m, .16, ce qui adonne au temple de gloire le sens du ciel, ;tandis:qu'il. est plus naturel de l'entendre du Temple de Jérusalem. La voix du Père se fait entendce, -et l'Esprit est donné, toujours comme dans les évangé listes etdans Juda xxiv, 2 s. Grb traits doivent donc être éliminés. Il reste une consécxation. du grand prêtre dans le Temple, consécration surnaturelle qxii sera transmise par le grand prêtre à ses enfants, v. 8. .îLa difficulté est que le vers fn-stà f (ovîjç îôjï; àTtb 'Aêpaàvi. irpbç 'Icraàx semble d'une seule venue, et qu'un chrétien n'aurait paslntroduit là. Abraham. On:peut donc le tenir pour authentique/ la voix du Père étant la voix de Dieu. Mais il parait plus probable de Tegarder comme seulement authen-

^"^ ^ Et la gloire du Très-Haut sera prononcée sur lui

[Et l'esprit d'intelligence et de sanctification reposera sur lui dans l'eau] (1). - 8 Car lui-même donnera la grandeur du Seigneur à ses fils en vérité et à jamais (2),

et il n'aura pas dé successeur de génération en génération jusqu'à la fin (3).

^ ^[Et sous son sacerdoce (4), les Gentils en grand nombre auront la connaissance sur la terre ;

et ils. seront éclairés par la grâce du Seigneur, tandis qu'Israël diminuera dans l'ignorance, et sera dans les ténèbres et le deuil] (B).

Sous son sacerdoce, le péché disparaîtra et les pécheurs cesseront de mal faire, et les justes se reposeront en lui (6), .

""^ [Et il ouvrira les portes du paradis,

et écartera l'épée dirigée contre Adam, ^

^^ et il donnera aux saints à manger de l'arbre de vie, et l'esprit de sainteté sera sur eux.

^^ Et Béliar sera emprisonné par lui,

et il donnera à ses enfants de marcher sur les esprits mauvais] (7).

^3 Et le Seigneur sera dans l'allégresse à cause de ses fils, et il se complaira en ses bien-aimésjuqu'à la fin.

^* Alors Abraham tressaillera et Isaac et Jacob, et je serai dans la joie, et tous les saints revêtiront la justice.

Faut-il admettre, avec M. Charles, quelehéros du poème soit Jean Hyrcan, salué comme prêtre, comme rçi, et comme prophète? Le poète ferait même

tique le texle du ms e. qui lit irpb; 'AêpaàiA xat 'Icaà/. x«i 'laxc&ê. (Cf. v. 14). Le Chrétien qui a inséré tiexà çwvîiç naTptx^ç aura fait la correclion d); àno 'Aêpaàj* npô; 'Icraax. D'autres textes ont « père d'Isaac ». Le slavonomet cb;... 'Icaàx.

(1) i)esçente de l'Esprit sur Jésus au baptême.

(2) Ayant reçu l'investiture par un oracle du Très-Haut, il la transmet à ses fils.

(3) G'est-à-dire par suite de l'accession d'une autre famille.

(4) Doublet clirétien caractérisé d'avance par « sous son sacerdoce» que nous allons retrouver.

(5) Charles reconnaît que la réprobation d'Israël est une interpolation; or elle fait corps par contraste avec l'appel des Gentils.

(6) Les deux derniers vers sont dans une opposition voulue : xal ol âvo|jio( xaraTrauffoua'tv etç xaxàjOÎ SsSixaiQi xxtixTîaua-ovxTiv iv aOtw, que l'auteur a dû croire élégante; le premier xataTraûffoucriv est étrange et n'a été introduit que pour l'antithèse : le dernier vers est donc authentique. D'après Charles il ue manque que dans un ms. grec et le groupe arménien qui omet tout le chapitre.

(7) Tout ce passage, à p^artir du v. 10 appartient à une eschatologie mondiale grandiose et symbolique, ressortissant à une autre sphère que le sacerdoce Israélite. Ouvrir les portes du Paradis est l'œuvre propre de Jésus-Christ; cf. Le. , xiin, 43. ~ L'arbre de vie est dans Hénoch (xxv, 5), mais non point sous la forme précise de l'Apoc.,!!, 7 : « je lui donnerai à manger de

. l'arbre de vie, qui est dans le paradis de Dieu ». •— Béliar est dans Juda, xxv, 3, jeté dans le feu, comme le diable dans l'Apocalypse, xx, 2. 3. Son opposition avec le Christ déjà dans II Cor. VI, 15. — Le pouvoir sur les esprits mauvais est donné aux disciples de Jésus, Le, x, 19. — Nous n'hésitons donc pas à regarder tout ce passage comme interpolé. Bousseta compris qu'il sortait de l'horizon et a pris « Dieu » comme sujet. Mais cela n'est pas possible grammaticalement, et tous ces prédicats sont bien ceux du Messie, mais de J.-C.

Page 1