‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 69 sur 198 · LA RENAISSANCE DU MESSIANISME PERSONNEL DAVIDIQUE · texte numérisé non relu

LA RENAISSANCE DU MESSIANISME PERSONNEL DAVIDIQUE

Ainsi donc les espérances que les Juifs pieux avaient fondées sur les Asmonéens avaient été amèrement déçues. Nul ne le ressentit plus douloureusement que leurs, chefs spirituels, zélés pour la Loi, mais qui se croyaient le droit de la compléter par leurs traditions, ceux qu'on, nommait déjà les Pharisiens depuis qu'ils formaient un parti séparé. Le sacerdoce suprême avait brisé avec eux aux derniers jours d'Hyrcan.

Alexandre Jannée, usurpateur du trône de David, leur avait fait une guerre acharnée. Quelques conquêtes, chèrement achetées par le sang d'Israël, ne compensaient pas le mépris où était tombé le pontificat, représenté par un soudard débauché, traité par le peuple indigné comme un acteur qui joue mal son rôle, alors que ce rôle était sacré. Revenus au pouvoir par la faveur d'une femme, les Pharisiens n'avaient pu s'y maintenir. Ils avaient vu bientôt la maison des Asmonéens divisée en deux factions qui se disputaient l'appui d'étrangers idolâtres, livrant ainsi le pays à un joug détesté, se meurtrissant dans la guerre civile, perpétuée malgré la nécessité de faire front à l'ennemi. Les deux partis avaient été le jouet d'un Romain sacrilège profanateur du temple de Jérusalem, jusqu'au jour où le grand général avait succombé en Egypte d'une mort ignoble.

Cette suite déconcertante de châtiments, tantôt sur Israël, tantôt sur ses oppresseurs, faisait pressentir la restauration que les prophètes avaient toujours promise après les grands jugements de Dieu, la hutte de David relevée, ses brèches réparées dans le même éclat qu'aux jours d'autrefois (1). Qui se ferait l'interprète de cette grande leçon et de ces espérances?

Par une rare fortune, nous possédons un recueil de dix-huit pièces, écrites sur le modèle des psaumes, qui sont en grande partie une explication des voies de Dieu à la lumière des doctrines religieuses de ce parti pieux devenu le parti des Pharisiens. Nous croyons cependant y discerner plusieurs auteurs et même plusieurs tendances.

Le recueil a été attribué à Salomon, par ce goût du temps de chercher

(1) Amos, IX, 11.

loO IX. LE MESSIANISME DAVIDIQUE.

aux ouvrages récents un patronage illustre ancien. Néanmoins aucun de •ces psalmistes ne recourt aux artifices de l'Apocalypse : chacun parle des événements récents comme s'il en était le contemporain, sans autre voile que celui de l'anonyme pour les personnes. Ces psaumes, dits de Salomon, nous sont parvenus dnns un grec qui trahit un original hébreu (1).

Plusieursde ces pièces ont un caradtêre Mstorique : elles sont d'une telle •importance que nous devons les passer en revue.

Là 'pflus aneiemie nous paraît être le ps. vit. Le psalmiste a craint un moment que les ennemis ne s'emparent de ]a ville où Dieu demeure. Mais ;âls ont été re^po^ussés :

^Puisque tu les as repousses, ô Dieu,

que leur pied ne foule pas l'héritag'e de ta sanctification ! •^Ghâtie-snous, toi, à ton^gré,

et ne nous elîvre pas aux aations 1

Tant que Dieu habitera paririi son peuple, aucune nation ne prévaudra ^^ontre Israël; il fera plutôt miséricorde à laco^D au jour qu'il a promis. C'est bien le Temple qui était menacé, ,et qui a été sauvé. Il est donc impossible de dater ce petit cantique du temps, relativement calme, qui a suivi la prise de Jérusalem par Pompée (2). Il s'agit plutôt du siège du Tempile mené par Hyrcan et les Nabatëens, et levé par eux sur les ordres •de Scaurus, lieutenant de Pompée. Si la critique ne l'entend pas ainsi, c'est qu'on ne veut pasimaginer les Pharisiens heureux de la délivrance d'Aristobule réfugié dans le Temple, Mais aussi le psaume ne respire-t-il aucune haine de parti. Il est uniquement inspire par l'amour d'Israël. Il eût été hien placé dans la bouche d^Onias (3), si ce bon Israélite n'avait péri victime de son dessein arrêté de ne pas tenir pour ennemis les défenseurs du Temple, non plus que les Israélites qui rassiégeaient. Cependant le péril devinit plus grave quand Pompée en personne .marcha contre Jérusalem. La ville se rendit, mais le Komain dut forcer les murailles du Temple et il y entra par la brèche.

Ce sont les événements qu'envisage le ps. viii.

(1) ,Die Psalmen Salomois... éditioa critkfue de von Gebhardt, daas TU, Xlil, 2, 1895. C'est l'édition que nous suivons pour le texte et la numérotation des versets. — Psalms of the rP.harisees, ooraraonly called tbe Psatos of Sotomon, 'avec une introduction et une traduction en anglais, par H. E.. Eyle £t M. ;R. James, ,1891.. — Les Psaumes de Salomon, introduction texte grec et traduction par J.Viteau, Paris 1911, qui donne une abondante bibliographie. — •Une traduction sjrriaqu'e, d'après île grec, et qui ne peut donc repré^senter qu'une tradition manuscrite du grec a été découverte et çpubliée par Rendel Harris -. The <odes and Psalms of Solomon, now flrst published from tlie syriac version, Cambridge, 1909, avec une traduction anglaise. Les principales variables de cette version ont été insérées par François Martin dans rédition de Viteau.

(2) Opinion de M. Viteau.

(3) Voir plus haut, p. 138.

DES PSAUMES DE SAlOîION. 151

L'atiteur était à Jéi^tisalem. Il entèïid de loin le bmit dé latfompette annonçant le carnage : la tempête ^fie^lt du désert. C'est Pompée montant de Jéricho. Il seraittemps pour Dieu d'intervenir.

3 Et j'ai dit à mon cœur : où donc Dieu le jugera-t-il?

Puis l'ennemi approche. Le psalmiste se sent défaillir. Il est sur pourtant ^jue Dieu a raison. 11 faut donc qne les chefs des Juifs aient été bien «oupables! Et en effet ils commettaient en secret la luxure. Mais voici quelque chose de plus spécial (1) :

*' Ils ont fait leur proie des choses .saintes de Dieu, Comme s'il n'y avait pas d'iiéritier pour les revendiquer.

Les Asmonéens, même Hyrcan, n'étaient donc pas les grands prêtres légitimes. De plus les prêtres fréquentaient l'autel du Seigneur au sortir •de toutes les souillures, plus coupables que les païens, puisqu'ils profanaient consciemment des choses saintes, dont les païens ne connaissaient pas le caractère sacré. Aussi ont-ils été pris d'un esprit de vertige. Lorsque rhomme puissant, appelé par Dieu des extrémités de la terre, eut décidé de s emparer de Jérusalem, les princes du pays allèrent à sa ren^ contre, lui firent bon accueil, lui ouvrirent les portes de la vilie, dont les mnrs étaient couronnés de fleurs. L'auteur n'épargne donc pas les partisans d'Hyrcan ni ceux d'Aristobule qui reçurent Pompée dans Jérusalem. Il lui répugne de parler de la prise du Temple. Aussitôt entré, l'ennemi fait périr les chefs et déporte leurs fils et leurs filles.

Us avaient souillé Jérusalem et les choses consacrées à DieU : Dieu est juste. Heureusement, dans cette malice générale, les saints de Dieu figuraient sous le symbole des agneaux. C'est vers eux que le Seigneur pourra tourner sa miséricorde, en rassemblant les dispersés d'Israël. La confiance du psalmiste n'est pas ébranlée, mais il ne dit paS encore sur quoi elle repose^

Le psaume i"' n'est qu'une méditation sur ces graves événements, à la vérité interrompue. Il révèle une des principales fautes des chefs responsables : l'arrogance, fondée sur une opinion pervertie de ce qu'est la justice. L'État juif s'est cru juste parce qu'il était prospère :

3. « j'ai conclu dans mon cœur que j'étais rempli de justice, parce que je réussissais et que j'avais beaucoup d'enfants ».

4. Leur riciiesse s'est développée dans toute la terre, et leur gloire jusqu'aux extrémités de la terre.

5. Us se sont élevés jusqu'aux astres ; ils ont dit qu'ils ne tomberaient pas.

(1) ta à'yta Toù 0SOU StyjpTrâCdà'av, wiç [^.yj ôvto? xXYipovôfi.'iu ).\;TjioO[X£voij,

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