Gomme mon âme somnolait loin du Seigneur
j'ai presque glissé dans rassonpissement du sommeil (2) loin de Dieu. 2« Pour un peu mon âme; se serait dissoute dans la mort,
près des portes de l'Hadès a"¥ec le pécheur.,.
Réveillé par un coup de fouet, le dormeur remercie Dieu de son secours,, il compte sur lui pour éviter le péché. Il finit par une sérénité joyeuse qu'où ne qualifierait pas volontiers de pharisienne : que sa langue et ses lèvres ne profèrent que la vérité, que Dieu écarte de lui la colère et une irritation injustifiée ; dans l'affliction, ni murmure^ ni découragement :
^^ Mais plutôt affermir mon âme dans l'entrain et dans la joie, il suffit que par tes dons tu fortifies mon âme.
(1) De ce psaume dirigé contre les médisants, on pourrait dire qu'il attaque un des vices des- Pàarisiens : mais il est nettement dirigé contre les ennemis des saints. Il ne manquait pas de médisants parmi les Sadducéens pour accuser les Pharisiens à la cour, témoin ce Jonathan qui les perdit dans l'esprit d'Hyrcan (Ant,, XIIl, x, G) et les partisans d'Aristobule au teraps^ d'Alexandra {Ant., XIU, xvi, 2).
(2) Gf. sur ce sommeil de l'âme le livre de Jean des STandéens {UdzharsU, II, 225) et lepoème de Zoroastre (?) [RB., 1928, p. 155).
LE JUDAÏSMK AVANT JÉSUS-CIIRIST. 11
162 IX. LE MESStANISME DAVIDIQUE.
Incidemment nous avons déjà relevé quelques traits de la doctrine des auteurs. Sauf ce soin de constituer un groupe de saints, dont la sainteté est due à eux-mêmes plus qu'à Dieu dans, les psaumes spécialement pharisiens, la foi des psalmistes est en général celle qui est contenue dans les écritures canoniques. On insiste beaucoup sur la justice de Dieu, qui punit les pécheurs et récompense les justes, avec une affirmation très nette du libre arbitre, en relevant la prescience de Dieu, mais il n'est pas question de la prédestination (1).
Les peines de cette vie atteignent les pécheurs beaucoup plus que les saints, par suite de la justice de Dieu; 4'ailleurs il était naturel aussi que les saints, s'étant écartés de la lutte des partis entre eux et de la nation contre l'étranger, devaient avoir moins à souffrir des événements tragiques du temps.
, La justice de Dieu s'exerce surtout après la mort. Les justes ressusciteront pour vivre auprès de Dieu. La vie auprès de Dieu n'est pas définie autrement que comme une vie indéficiente dans la lumière de Dieu (2). Elle n'est jamais nommée le règne de Dieu. Le règne de Dieu, ce grand souci des psaumes, existe de droit sur la terre et sera réalisé en fait par le Messie. Les deux termes de l'action divine, l'avènement du Messie et les fins dernières, sont nettement distingués ; on doit supposer que le gouvernement du Messie conduira tous les fils d'Israël à la vie éternelle qui est réservée aux saints. Rien ne permet d'entrevoir quelle sera la situation des Gentils outre-tombe. Leur soumission à Israël, l'hommage qu'ils rendront à son culte leur assureront peut-être un sort meilleur que la perdition qui est leur lot actuel, comme il est celui des grands pécheurs en Israël. Mais que signifie cette perdition? Ge n'est pas l'annihilation complète du pécheur. Il est certain qu'il commence par aller après sa mort dans THadès et dans les ténèbres. Cela est bien la perdition (3). Si l'auteur avait pensé qu'au moment où le juste ressuscite, au jour du jugement,
(1) Ce point dépend du texte et de l'interprétation de ix, 7. Ryle et James lisent dans leur texte rà Ipya if)[jiwv èv êxXoy^ xai ilo^aiif ty)î ^v/ir\t; yi[ji.wv, ce qui signifie nécessairement : « nos œuvres dépendent du choix et de la pleine liberté de notre âme ». C'est aussi le texte de Gebhardt et de Viteau. Mais dans une note très étudiée (p. 95 s.) les éditeurs anglais plaident pour un texte qui dirait è^oudfa au nominatif avec ce sens : « nos œuvres dépendent du choix (divin), et (cependant) nous avons une pleine liberté ». Ce serait expressément (p. l) la doctrine pharisienne qui combinait le destin et la liberté {Bell., II, viii, 14 etc. Voir plus bas). Or tout le contexte exclut cette distinction qu'il faudrait deviner, ou plutôt y insérer.
(2) m 12 : ol ôÈ q5o6ol5[i,evot tov y.ûpiov àvadTi^ffOVTai elç Ça)i?iv alwvtov, xal fi Çw/j aOrwv èv cpwil xvipt'oy xai oûx iy,ld-\>si In; cf. xiii, 11 ; xiv, 10; xv, 13.
(3) Avec M. Viteau, p. 62; cf. xv, 10 : « Et l'héritage des pécheurs c'est la perdition et les ténèbres, et leurs iniquités les poursuivront en bas jusque dans l'Hadès »; cf. iir, lo : «le pécheur ne se relèvera pas (oOx àvacrTrjffsirai). 11. La perdition du pécheur est à jamais, on ne se souviendra pas de lui lorsque le juste sera visité; 12. telle est la part des pécheurs à jamais »; cf. XV, 12 s.