‹ Le judaisme avant Jésus-Christ [microform]Chapitre 80 sur 198 · IX. LE MESSIANISME DAVIDIQUE · texte numérisé non relu

IX. LE MESSIANISME DAVIDIQUE

visent les psaumes, c'est le parti profane, le parti de la cour, de l'aristocratie, de la résistance nationale à l'ctrangeL', et aussi du sacerdoce, mais seulement dans le temps qui a précédé la prise du Temple par Pompée. Si l'auteur se déchaîne contre les fautes des prêtres, c'est qu'il voulait prouver que Dieu est un juste juge, et qu'il n'aurait pas abandonné sa demeure si elle n'avait pas été souillée. On ne voit pas qu'il soit l'ennemi d'un groupe sacerdotal ayant des idées hostiles à celles des Pharisiens, par exemple sur la valeur des traditions. MM. Ryle et James ont même pensé que ce. Pharisien était un prêtre. Il en veut aux pécheurs, c'est-àdire à une catégorie traditionnelle qui a toujours attiré la foudce par ses transgressions. En faisant bon accueil à Pompée les partisans d'Hyrcan n'étaient pas moins' aveugles que ceux d'Aristobule. Son esprit de secte est très accusé, mais il n'a pas dressé en face de la sienne une secte qu'on doive identifier avec les seuls Sadducéens, si l'on ne se laisse pas entraîner vers un terme que Josèphe emploie trop tôt.

Il nous parait même que la critique a fait fausse voie sur l'exégèse du ps. IV, qui contiendrait plus qu'aucun autre lé portrait — peu flatté — ■ du Sadducéen.

Nous croyons au contraire que c'est précisément le portrait du Pharisien de la plus dangereuse espèce, de celui qui apparaît dans l'évangile (1), le portrait, disons-nous, d'un Pharisien hypocrite tracé par un Pharisien sincère. C'est un hypocrite, car il affecte de vivre parmi les saints (2), c'est-à-dire dans le groupe de l'auteur, et, selon l'habitude de sa secte, il allègue la loi, mais pour tromper (3), Ses vices ne sont pas ceux du sadducéen qu'était Alexandre Jannée, banquetant avec ses concubines, quand il faisait crucifier les Pharisiens. Les grands dignitaires ne devaient pas dissimuler non plus leur vie dissolue. Mais notre homme cache avec soin sa luxure : après, des nuits de débauche, il se présente avec l'aspect riant de l'innocence. Il n'est pas dit du tout qu'il appartienne au sacerdoce. Il appartient au conseil sacré, c'est-à-dire au Sanhédrin de Jérusalem où les docteurs de la Loi avaient leur place depuis Alexandra. Là il fait du zèle, il se montre austère, il est des premiers à condamner (4) des fautes qu'il est le premier à commettre.

Il va dans les maisons, comme un serpent il cherche à perdre des gens tranquilles par ses paroles captieuses ; cette maison ruinée il passe à une autre et poursuit ses sourdes menées, insatiable comme l'Hadès. Vraiment

(1) M. Viteau, qui tient pour un sadducéen, remarque sur son v. 7 que la malédiction ressemble à celle de Mt. xxiii, 14-15. 23, proférée — contre les Pharisiens!

(2) « Que Dieu détruise ceux qui vivent hypocritement parmi les saints » (iv, 6).

(3) 8 : «vÔpwTcàpedKov XaXoûvta vofiov [Aetà SôXou.

(4) Les critiques se sont jetés sur ce trait (iv, 3) et ont rappelé la sévérité des Sadducéens dans la répression ; mais ce qu'on signale ici est moins sa sévérité que son faux zèle.

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eette hypocrisie,, cette rccbetebe de la fa^^enr en affectant de citer la Loi, ce dénigrement,, cet abos du sophisme, peuït-on les attribuer à ce parti brillant, audacieux, bruial, mais point trop lettré qui entourait Alexandre Jannée et Aristobuie? Nous ne prétendons pas en conclure quel'auteur a esquissé le portrait de toute la secte :: Pharisien lui-même il avait une haute idée de son parti., G'est un tableau poussé très au noir,, plus; même que dans les passages les plus sévères de révangîle, comme aussi les malédictions qui accablent le coupable sont plus dures et pMs^ farouches. Mais, enfin nous avons là un type qui se perpétuera, qui se retrouvera au temps de Jésus et qu'il ne faut pas? refuser de reconnaître.

Ce. caractère est peut-être celui d'un, particulier, et sa figure s'enlève si bien qu'on cherclie la clef. Elle ne se trouve pas dans l'histoire. Mais la lutte des partis n'y apparaît pas moins vive que dans lesps. ni, xii (t),, xin et XV.

J'avoue que si les autres psaumes y, vi, ix, x, xiv, xvi ne se trouvaient: pas dans ce recueil, je n'y verrais rieu de pharisaîque. Gomme dans le psaume historique vu, ils envisagent les destinées d'Israël dans^ son ensemble et non point celles d'un parti. C'est Israël qui a péché et qui sera pardonné : Dieu a choisi Abraham et n'abandonnera pas son peuple. Et pourquoi ne pas admettre que l'auteur du recueil a ramassé quelques pièces qui respiraient seulement la piété et qui venaient peut-être d'un milieu plus détaché des querelles religieuses et politiques? Le ps. xvi nousparait une petite merveille avec, au début, quelque mélancolie qu'on dirait volontiers mandéenne :

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