X. HÉRODE I
L'origine juive était certainement une flatterie de Nicolas, comme Josèphe l'a remarqué (1). Lui-même croit savoir qu'Antipater, fils d'Antipater, était un iduméen de très bonne famille (2), si bien que son fils Hérode n'était qu'un demi-juif (3). Et en effet, si Édom avait été le frère de Jacob, c'était un frère ennemi qui avait légué son inimitié à sa race. Les Édomites qui occupaient autrefois les montagnes à l'est de la vallée qui va de la mer Morte à la mer Rouge, à Bosra et à Pétra, en avaient été délogés, mais s'étaient compensés au détriment des Juifs lors de la ruine de Jérusalem, en occupant le sud de la Judée, à Hébron et à Marissa. Conquis par Hyrcan, et obligés à la circoncision qui comportait l'observation de la Loi, ils étaient devenus juifs par la religion sans l'être par le sang. L'affirmation de Josèphe, corroborée, semble-t-il, par le contemporain d'Hérode, Ptolémée (4), est indéniable en ce sens du moins qu'Antipater avait été élevé dans une famille noble de l'Idumée, où il s'était allié aux Arabes par son mariage avec Cypros, entretenant aussi de bonnes relations avec Gaza et Ascalon (5), fréquentées par les Arabes et les Idnméens pour leur commerce.
Mais ne peut-on faire commencer plus haut l'histoire d'Antipater? Saint Justin dit que les Juifs croyaient Hérode originaire d'Ascalon (6). Jules Africain a précisé davantage. Il exposait comment, d'après les parents du Seigneur selon la chair, Antipater était le fils d'un certain Hérode, attaché au service d'un temple d'Apollon à Ascalon. Ce temple étant près du mur de la ville, il avait été aisé aux Idnméens de le piller et d'enlever aussi Antipater, encore enfant.
Son père étant trop pauvre pour le racheter, il avait été élevé par les Idnméens et était parvenu parmi eux à une haute fortune (7). Ces choses ne sont pas invraisemblables, en Orient moins qu'ailleurs, où la mémoire de Djezzar-pacha est encore vivante à Saint-Jean-d'Acre. Un nom d'Hérode pour le grand père répond à une coutume très répandue, et précisément le nom d'Antipater (8) et celui d'Hérode (9) sont attestés pour Ascalon, chacun par une inscription. Hérode aurait donc été, par son père, rattaché aux cultes grecs, et l'on s'expliquerait ainsi son goût pour l'ornement des villes grecques, entre autres Ascalon (10), où il avait un palais royal (11).
(1) Ant., xiv, I, 3.
(2) Bell., I, VI, 2.
(3) Ant., XIV, XV, 2.
(4) Voir la p. 164.
(5) Aut., XIV, I, 3.
(6) Dial., LU.
(7) Dans Eus., Hist. eccL, i, 7, 11, cf. i, 6, 2.
(8) CIS., I, n. 115 avec une inscription grecque.
(9) CIL.. X, n. 1746.
(10) Bell, 1, XXI, 11; cf. RB. 1922, p. 107.
(11) BelL, II, VI, 3; Ant., XVII, xi, 5.
OI^IGINE D'hÉRODE. 167
Les chrétiens n'ont sûrement pas inventé cette histoire (1): que leur importait que le mauvais roi ait été Iduméen ou Ascalonite d'origine? De toute façon ces sources nous disent qu'Antipater fut formé selon les mœurs de l'Idumée. Un demi-juif, c'est bien ce que fut Hérode toute sa vie, avec un attachement sincère à sa nouvelle patrie, fondement de sa grandeur, sinon au judaïsme religieux que ses ancêtres n'avaient adopté que par force.
Nous suivrons l'usage qui divise la vie d'Hérode en trois périodes : celle de l'affermissement de son pouvoir (37-27), celle de sa prospérité, (28-14), enfin celle de la décadence de sa fortune (14-4). On serait tenté de traiter séparément de sa politique extérieure, de sa politique intérieure et religieuse, de ses affaires de famille. Mais sa politique extérieure se résume en un mot : tout sacrifier à l'amitié de celui qui étant le maître de l'empire romain était aussi le sien. Ses rapports avec Antoine et avec Auguste furent le plus souvent régis par ses difficultés domestiques. Ce qu'il fit à l'intérieur, sauf ses constructions magnifiques, lui fut très souvent aussi imposé par sa situation personnelle.
De sorte que son histoire ressemble à la biographie d'un homme toujours aux prises avec des embarras de famille, engagé dans des intrigues ourdies par les femmes de son entourage, poussé par ses passions à des solutions qu'il eût évitées par politique. Ce caractère romanesque de sa biographie en a rendu quelques traits suspects (2). Même on les réduit pour aboutir à quelques lignes qui ne permettent pas de reconstituer une vie ardente et active, comme fut celle d'Hérode. C'est un fait que si l'on ne s'arrête à ces tragédies du palais, il ne reste presque rien, car tout en dépend dans l'existence de ce parvenu. Il n'y a rien là d'invraisemblable. N'est-il pas assuré, quoi qu'on dise, que la passion d'Henri VUI pour Anne de Boleyn a donné une nouvelle direction à sa vie et aux destinées religieuses de l'Angleterre? Le nœud fatal de la vie d'Hérode fut son mariage avec Mariamme, la fille des Asmonéens. Ses fiançailles furent longues, comme s'il avait hésité. Il se décida enfin, moins peut-être par politique que par un attachement passionné. Quelques historiens louent encore son habileté. Il pouvait ainsi se présenter au peuple juif et à Rome comme le représentant d'une famille longtemps aimée, et si Rome y voyait une garantie dé stabilité dans le pouvoir, la Judée se disait que le mari de Mariamme aurait quelque souci de l'indépendance nationale; par elle des descendants des Asmonéens remonteraient sur le trône. N'était-il pas avisé de diviser ainsi un pauti puissant, et dont il n'aurait jamais triomphé, malgré son énergie, sans les légions de Sossius? Désormais il n'était plus parvenu, étranger par le
(1) Que Justin dit acceptée par les Juifs.
(2) Ainsi raisonne Otto, très sceptique sur beaucoup de points.
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-sang à la nation jaiv^, mais prestjue un héritier légitime, Ântigone ayant
disparu^
Mais en même temps il s'obligeait par conYenance, ei il y fut contraint
par sa passion, à ménager la familb des 'A;smonéens, ce qui encouragea
dès espérances trop impatientes. Son mariage put être nécessaire à son -avènement, mais il fut certainement une fatalité pour son règne, car il eut
lutté plus aisément contre les anciens partis s'ils n'avaient pas été installés -dans la place.