PREMIERS PROPHÈTES
Il importe maintenant de constater que le prophétisme présente deux phases distinctes, deux périodes successives, généralement connues sous la qualification de premiers et derniers prophètes. Dans son premier développement avec Samuel et ses successeurs immédiats, —Nathan, Gad, A'hia le Chilonien, Élie et Elisée, — le prophétisme s'occupe bien moins de théories que de la revendication pratique des lois morales, et du maintien de l'intégrité et de la pureté du culte public. Il est certain qu'un enseignement spécial eut lieu dès cette époque, une école prophétique ayant été fondée par Samuel, école dont il est si souvent fait mention pendant toute la durée de la première phase (1) ; mais, faute de données précises sur la nature de cet enseignement, nous ne pouvons en tirer des résultats historiques. Nous ne pouvons juger de cette première action prophétique que par ce que l'histoire nous apprend de la vie et de la conduite publique de ses chefs. Elles sont dignes, celte conduite et cette action, d'être éternellement méditées. On ne saurait mieux qualifier les prophètes qu'en les appelant les tribuns de la religion, attaquant en face l'iniquité et la corruption, ne ménageant pas plus les rois que les hommes de la dernière classe, leur reprochant leurs vices et leurs crimes directement, publiquement, sans ambages, dans les termes les plus durs (2), avec une indignation vive et contenue, flétrissant la démoralisation dans ses manifestations les pi us diverses, prononçant avec Samuel la déchéance de Saiil, avec Nathan la censure de David enlevant Bath Cheba, avec Àhia la déshérence de Réhabêam et le déchirement de la royauté de David, avec le même Ahia la condamnation de Jéroboam, avec Élie l'extermination d'Achab et de sa race impie. Ainsi, pendant cette première période, les prophètes enseignent plus par l'exemple que par le précepte, ce
(«) I Samuel, X, Set 6; Ibid., X, 15; XIX, 20-24; 1 Rois, XVIII, 4 et 13; II Rois,
11, 3, S, " et 1 ri; /Jirf., IV,f; VI, 1; IX,». (2) I Rois, VIII, 18; 11 Rois, 111, 14.
qui ne doit pas nous empêcher de reconnaître tout ce que l'on doit à leurs efforts pour la conservation pure et sans mélange de la doctrine de Moïse.