VII. Job
Après avoir ainsi caractérisé l'œuvre de David et de Salomon, il nous reste, pour terminer cette revue des livres saints, à dire un mot du livre de Job, ce sphinx de la Bible, resté si longtemps à l'état d'énigme, et dont les mystères ne sont pas encore tous percés à jour'. La tradition, qui est une mine, mine inépuisable pour tout ce qui concerne la religion, le culte et l'exégèse biblique, est venue jeter, non pas la lumière, mais quelques lueurs sur les avenues sombres de ce monument isolé, semblable à un palais majestueux bâti en plein désert (,i). Nos
(1)1 Kois, IV, v. 51-34.
(2) Talmud, Erubin , fol. 22; Nédarim ,
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(3) Talmud, Balia Battra, fol 16.
théologiens, notamment Maïmonide et Albou (1), ont ensuite élargi la voie et sont entrés assez avant dans le cœur du sujet.
Pour la tradition comme pour la théologie proprement dite , le sujet du livre de Job, c'est le dogme de la providence, envisagé sous ses différents aspects : providence générale, providence spéciale, prospérité du méchant, adversité du juste , solidarité des générations, causes et caractère de l'épreuve, — qui est l'objet de la discussion de Job avec ses interlocuteurs. Ce n'est pas ici le lieu de faire un exposé qui aura sa place dans l'étude particulière des dogmes ; il suffira d'en donner une indication sommaire. Job, troublé par ses malheurs elses cruelles épreuves, nie la providence (2). Les trois amis s'évertuent à combattre son opinion, mais par des raisons différentes, qui, faibles et incomplètes, ne parviennent pas à convainfcre Job. Alors survient un nouveau personnage, Elihu, qui reprend en sous-œuvre la démonstration de l'intervention providentielle, en s 'appuyant sur des arguments tirés soit de certains faits moraux, tels que les avertissements qui nous sont donnés dans des songes; soit de faits physiques, tels que les maladies et les phénomènes météorologiques (3). Enfin, comme le D 'eus ex machina, l'Éternel vient clore lui-même cette mémorable discussion , en faisant toucher du doigt ta Job la réalité de sa providence, tant par l'énumération des merveilles de la création que Par l'indication de la loi mystérieuse qui la gouverne, qui préside à leur conservation, au sein des forces de la nature déchaînées, indomptables pour tout autre que pour cette providence que l'on ose méconnaître (4).
Voilà la substance de ce livre de Job, de ce grand débat sur te gouvernement providentiel, auquel on n'a pas su assigner une date certaine, et que la tradition laisse flottante dans ce teps de temps considérable qui s'étend depuis Abrahamjusqu'à
(il Guide des égarés, III e partie, chap.
-"- el 23. Ikaiïm, IV e partie, chap. 7.
( a ) Talmud, Baba Balhi'a, ubi supra.
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(3) Job, XXXIII, 1S-25; ibid., XXXVII, 2-21.
(4) lbid., chap. 5^-il.
la captivité de Babylone (1). Cette marge immense laissée parla chronologie à la rédaction du livre de Job n'est pas elle-même sans enseignement. On veut probablement nous dire par la qu'ici l'époque, la date, importe peu, le dogme delà providence planant sur tout le cycle de la loi écrite et constituant une de ces questions vitales qui préoccupent toutes les générations, un de ces problèmes qu'un siècle pose à l'autre, fait pour excilei partout, toujours, l'attention et l'intérêt , chacun pouvant et devant se dire : - Tua res agitur. C'est pourquoi, même en dehors de sa valeur littéraire, le livre de Job ne cessera d'occuper une grande place dans l'histoire et l'exposé du dogme.