VIII. Résumé du cycle biblique
Nous voudrions maintenant résumer en quelques mots cette longue période de la loi écrite, cette époque si pleine de péripéties et de vicissitudes politiques, de chutes sociales et de révolutions morales, si troublée par les luttes et les calamités nationales, mais si grande par les enseignements religieux. Nous voudrions surtout en dégager Yunitè, s'il nous est possible de a découvrir sous le double poids des faits et des idées. Ou est-elle cette unité? Elle est, elle ne peut être que dans cette parole de Dieu qui ne cesse de retentir dans le monde religieux depuis l'origine jusqu'à la fin de ce grand cycle, dans cette parole sacrée qui tantôt marche, tantôt court et bondit sans se lasser jamais, dans cette parole de vie, qui, pour nous servir de l'expression du Psalmiste (2), se manifeste en langues de feu, faisant trembler l'immensité du désert ; dans ce verbe divin, qui, comme dit Isaïe, ne se dessèche comme l'herbe ni ne se flétrit comme la fleur, mais subsiste éternellement (3 ; dans celte voix de Jacob (4), familière avec l'invocation de la Divinité; dans celle voix forle et majestueuse (5) qui, depuis Abraham, père des
1,1) Talmud, BabaBathra,/. e.; Berfochith Rabba, secl. 87.
(2) Ps. XXIX, 7 et 8.
(3) Isaïe, XL, 8.
(4) Genèse, XXVII, 22.
(5) l's.XXIX, 4.
croyants, jusqu'à Malachie, dernier organe de la prophétie, proclame le nom du Seigneur ; dans cette voix indéiinissable qui avec Moïse promulgue le Décalogue et la Loi, avec Josué fixe les bases du monothéisme, avec les juges procède au duel entre le monothéisme et le polythéisme, avec Samuel constitue la suprématie du culte intérieur sur le culte extérieur, repoussant les hommages d'une adoration menteuse et hypocrite ; dans cette voix qui, avec David et Salomon, s'assied sur le trône, chantant avec le premier les louanges du Seigneur, enseignant avec le second la sagesse aux grands et aux petits, en la subordonnant à la sagesse divine et universelle ; dans cette voix sublime qui, non moins fidèle à la loi du progrès qu'à celle de la stabilité, atteint la plénitude de la perfection, s'élève à des hauteurs inaccessibles avec les derniers prophètes, et,par ses communications avec les anges, semble leur dérober ces accents inimitables que nous font entendre les Osée, leslsaïe, lesAmos, les Joël, les Michée, les Habacuc, les Jérémie; dans cette voix qui ne s'est pas bornée à parler à des contemporains, mais dont l'écho se continue, se répercute à travers l'espace et le temps, se faisant entendre d'une façon claire et distincte aux oreilles des dernières générations ; dans cette voix qui , parce qu'elle est divine, n'a rien perdu et ne peut rien perdre de sa fraîcheur, dominant les voix profanes de toute la hauteur du ciel sur la terre (1), nous transportant d'allégresse aux paroles et aux promesses consolantes d'Tsaïe, nous arrachant des larmes aux gémissements de Jérémie, nous faisant frissonner aux sanglants reproches d'Osée et d'Ézéchiel; dans cette voix qui, comme celle du Dieu vivant parlant au milieu des flammes (2), s'adresse à tous, grands et petits, peuples et rois , hommes et femmes, jeunes et vieux , embrasse tout dans ses insondables profondeurs, -religion, culte, morale, doctrine, dogme, précepte de vie, — trouve l'expression juste pour le patriotisme étroit et local des peuples primitifs, comme pour les idées humanitaires de la société moderne, pour les principes d'une
(1) Isaïc, LV, SI.
(•2) Deutér., IV, 3.
moralité vulgaire comme pour les questions transcendantes de la Théodicée, possédant ce secret, qui est le secret de Dieu, de savoir parler aux plus humbles et aux plus élevés , aux plus ignorants et aux plus instruits, comme l'enseigne encore Isaïe : — Ainsi dit le Seigneur : « Je réside dans la région haute et sainte, et je suis avec les contrits et -les humbles (1) ! »
Est-il une unité plus réelle que la constance, la perpétuité de cette parole de Dieu, imprimant à tout le cycle biblique un cachet, non pas d'uniformité, mais d'harmonie et d'identité? C'est cette unité qui nous a suggéré la pensée de considérer et d'étudier comme un seul tout la longue et complexe période de la loi écrite.