‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa mission (volume 2)Chapitre 23 sur 52 · VII. Période du second temple · texte numérisé non relu

VII. Période du second temple

Celte longue période de quatre siècles se déroule tout entière sous l'empire des principes qui viennent d'être posés. Nous devons l'envisager , avant tout , au point de vue des épreuves qu'elle eut à traverser. Celte épreuve est double : extérieure et intérieure. Parlons d'abord de la première.

Epreuve extérieure.

L'épreuve extérieure, qui ne la connaît pas? Qui est-ce qui ignore les deux effroyables collisions d'Israël avec le monde grec sous les Macchabées, avec le monde romain depuis lesHéf odes jusqu'à la fin du second temple? C'est ici le lieu de signa- ] er une erreur historique qu'on ne saurait trop combattre. °n a beaucoup, on a trop parlé de l'isolement d'Israël au sein de l'humanité ; on croit généralement que, retranché derrière s a religion, son culte et ses croyances, il ne s'est jamais mêlé a u mouvemant social et religieux des autres peuples. Rien de Plus faux, de plus contraire à l'évidence. Il est vrai, nous l'a- Y °ns constaté nous-même, que Moïse prit à lâche d'éloigner s °n peuple, par des barrières solides, de la corruption et de la démoralisation païenne. Mais est-ce à dire qu'il voulut ren- 'et'nier ce peuple qu'il venait de constituer comme dans une l °mbe, sans communication avec le monde? C'est une' hypol °èse d'autant moins soulenable qu'il prédit lui-même la dis- Pension d'Israël, sa dissémination d'une extrémité de la terre à

l'autre (t). Nous avons vu, d'autre part, le livre des Juges proclamer hautement que les guerres d'Israël avec les Chananéens constituaient une épreuve imposée au monothéisme (2). Or, l'état de guerre et d'antagonisme des Israélites avec les autres peuples n'est pas un fait momentané; il est une épreuve 'permanente. Elle se continue, celte épreuve, pendant toute la période des juges avec les Chananéens et les Philistins; elle se reproduit sur un plus vaste théâtre en mettant Israël en lutte pendant plus de deux siècles avec les monarchies de la haute Asie, avec le monde assyrien ; elle se renouvelle, plus violente et plus terrible, pendant la période dont nous nous occupons, en lançant contre les adeptes du culte unitaire toutes les forces des Grecs et des Romains.

Et il ne pouvait pas en être autrement : — Dieu éprouve le juste, — enseignent l'Écriture et la tradition (3). Mais il n'éprouve pas moins les causes justes et les principes justes; il faut qu'ils soient jetés dans ce creuset où l'on vérifie les métaux précieux, et jamais une grande vérité n'a triomphé que par la force de résistance qu'elle a su opposer aux attaques de l'erreur. Cela devait donc arriver au principe du monothéisme et à ses représentants : ils étaient prédestinés à ces luttes héroïques et gigantesques dont l'histoire du second temple offre la scène grandiose. Et ce n'est pas une grande témérité d'interpréter ainsi la prédiction du prophète : — La gloire du second temple l'emportera sur celle du premier, dit le seigneur Zébaoth (4). — Il y a d'abord cette différence entre les deux époques, que sous le premier temple la lutte fut à la fois une épreuve et un châtiment, châtiment de la défection d'Israël, tandis que sous le second temple l'épreuve reste seule , la tradition ne trouvant pas une cause bien nette à cette catastrophe (5). Et puis encore, tandis que sous le premier temple le monothéisme paraît momentanément vaincu, enseveli sous

(1) Dealer., XXX, 3 et i.

(2) Voir I r « partie, III.

(S) Ps.,XI, 8; Berfoehilb Rabba.sect. I.V.

(i) Haggaï, II, 9.

(5) Tairaud, Yôma, fol. 9.

les ruines de Jérusalem et du temple, il triomphe sous le second temple, il triomphe avec les Macchabées; il triomphe même contre les Romains par l'héroïsme de la défense comme par la pensée qui anime les derniers champions de la liberté nationale et religieuse.

Ce n'est pas le moment de caractériser cette défense, ni d'émettre un jugement historique sur l'insurrection des Ju~ déens contre les Romains, si rigoureusement condamnée par la bouche si peu impartiale de Josèphe, et, ce qui est bien plus surprenant, désavouée même par la tradition (1). Nous serons d'ailleurs ramenés à cette question par l'étude même de cette période. Nous nous bornons donc à constater ici que, si l'on ne peut justifier l'insurrection au point de vue de l'opportunité et des moyens de succès contre le colosse romain, on est forcé de rendre hommage , et Josèphe tout le premier, au principe, au dogme de la souveraineté de Dieu, sous l'empire duquel agissaient les zélateurs insurgés (2). Or, ce principe d'un Dieu unique, maître des maîtres et roi des rois, triompha de tous les efforts des légions de Vespasien et de Titus, puisque l'un de leurs plus célèbres historiens, au milieu d'un tissu de fables ridicules, ne peut s'empêcher de le reconnaître. En effet, c'est Tacite, qu'on ne saurait suspecter de partialité en faveur des Juifs, qui parle de leur religion en ces termes (3) : — « Les « Juifs ne reconnaissent Dieu que par la pensée et n'en recon- « naissent qu'un seul. Ils traitent d'impies ceux qui, avec des « matières périssables, se fabriquent des dieux à la ressem- « blance de l'homme. Le leur est le Dieu suprême, éternel, » qui n'est sujet ni au changement ni à la destruction. Aussi « ne souffrent-ils aucune effigie dans leurs villes, encore moins « dans leurs temples. Point de statues ni pour flatter les rois, « ni pour honorer leurs Césars. »

Quelle différence avec ce qui se passait à la fin du premier temple, lorsque les rois de Juda, après les rois d'Israël, don-

Ci) Talmud, Guillîn, fol. 05; Mi'lrasch Echa.

(2) Josèpbe, Anliquit., Ht. XVIII, ch. i.

(3) Tacite, Histor., livre V.

naient personnellement l'exemple de l'idolâtrie avec toutes ses infamies, quand les Achaz, les Manassé, les Araôn souillaient le sanctuaire par un culte immonde offert aux plus horribles divinités païennes! Mais ce triomphe, cette victoire morale, ce progrès de la constance religieuse, cette invincible résistance du monothéisme, à qui et à quoi sont-ils dus? A la direction imprimée par Ezra, à la forte organisation du culte alliée à la propagation de l'instruction religieuse.

Epreuve intérieure.

Jetons maintenant un coup d'œil sur la seconde épreuve que nous avons mentionnée, c'est-à-dire celle qui se développe au sein même du judaïsme. Il suffit de regarder de ce côté pour être frappé aussitôt de la lutte entre les Zaducéens et les Pharisiens, lutte qui se continue tout le long de celte période, depuis Anligone de Sobo, héritier direct des traditions du grand Synode, jusqu'à Gamaliel (1). hous bien des rapports, l'épreuve intérieure est plus décisive encore que l'épreuve extérieure vis-à-vis l'excellence d'une religion. N'a-t-on pas vu dans tous les temps, anciens et modernes, une religion faire une puissante propagande, tout en portant dans son propre sein le ver rongeur de la division, de l'esprit de secte qui la mine et la menace de dissolution? N'a-t-on pas vu maintes et maintes fois se développer, d'abord lentement, puis rapidement, ce germe de discorde, pour éclater enfin dans ces sanglantes collisions que l'on appelle guerres de religion ? Le monothéisme ne devait ni ne pouvait échapper à cette épreuve essentielle , lui qui est la religion par excellence. Et cette épreuve eut sa réalisation, elle devint un fait, un acte, pendant cette longue lutte des Pharisiens avec les Zaducéens.

Quel est le caractère de cette lutte? On peut la définir d'un

(0 Aboth de Rabbi Nathan, chap. 5; Talmud, IScrachoth, fol. 28; Maïmonidc, Yad lia-hazaka, ire p arl j e ) trail( ! do ia p r iè r e, chap. a, art. 1<*.

mot : c'est le combat entre l'Écriture et la tradition , entre l'interprétation servile et l'interprétation libre, entre la lutte et l'esprit. Nous avons vu que la restauration religieuse œuvre d'Ezra et du grand Synode repose sur le réel rétablissement du culte extérieur, tout en nécessitant certaines modifications et innovations que nous avons fait connaître. Ce n'était donc pas une copie, une pâle imitation du mosaïsme primitif, mais une reconstitution qui, sans dévier de la voie tracée par Moïse, conservait son caractère propre. Cette initiative aussi hardie qu'intelligente, provoquée par les nécessités de la situation morale et religieuse, a pour base la tradition, c'est-à-dire le pouvoir, remontant jusqu'à Moïse et confié par lui à ses successeurs, d'expliquer et d'interpréter le texte sacré. Tel est le sens du préambule du traité d'Àboth (1) : — Moïse reçut la loi du Sinaï, la transmit à Josué; de Josué elle passa aux anciens, des anciens aux prophètes, des prophètes aux hommes du grand Synode. — L'Écriture semble reconnaître cette faculté d'interprétation dans la personne d'Ezra, en caractérisant sa mission en ces termes : — Ezra prit à cœur d'expliquer la loi de Dieu, afin d'accomplir et de propager en Israël loi et justice (2) . Il y a là un fait étymologique qui mérite l'attention : c'est la seule fois peut-être que la racine darasch (vs*h), gé-. nêralement prise dans le sens de rechercher, est employée dans celui d'expliquer, et signifie — interprétation et exégèse, — acception qui lui restera propre durant tout le cycle de la tradition.

Quand nous aborderons l'étude des dogmes proprement dits, nous aurons l'occasion de discuter les origines de la tradition. Mais il reste acquis dès à présent qu'avec Ezra commence le règne de la tradition, de la liberté d'interprétation renfermée dans certaines limites. C'est celte liberté d'interprétation, cette tradition orale faisant pendant à la loi écrite, qui devint !e champ de bataille entre les Zaducéens et les Pharisiens,

(1) Abolh, I, 1.

(2) Ezra, VII, 10; Talmud, Sanhédrin, fol. 11.

ceux-ci combattant pour ses prérogatives et ses droits, ceux-là la sacrifiant à l'interprétation littérale, à l'immobilisation du texte biblique.

C'est là une vérité qui résulte de tous les documents que nous possédons sur ce grave sujet, du témoignage de Josèphe, si jaloux de bien dessiner la ligne de séparation entre les Pharisiens et les Zaducéens, comme d'un ensemble de faits relatés dans la Mischna et les deux Talmud. Josèphe revient à plusieurs reprises sur les divergences dogmatiques des sectes (1). Citons notamment ce passage où il est dit que « les Pharisiens trans- « mettaient beaucoup de coutumes prises de la tradition des « pères, et qui ne sont pas inscrites dans les lois de Moïse; et « c'est justement pourquoi la secte des Zaducéens les rejeta, « disant qu'il ne faut observer que les coutumes écrites, mais « pas celles des traditions des pères. » Des nombreux faits cités par le Talmud , nous ne voulons en mentionner que quelques-uns, mettant les adversaires en présence. Le premier, rapporté par la Mischna (2), est relatif à la manière de faire les libations lors des réjouissances de la fête de Sukkoth ; il constate que les Zaducéens, à la grande indignation publique, rejetaient les libations parce qu'il n'y en a pas trace dans l'Écriture. Le second a trait à la manière d'offrir l'encens clans le saint des saints le jour du grand pardon (3), les Zaducéens se tenant à la lettre, les Pharisiens la soumettant à leur système dlinterprélation. Enfin le troisième a pour objet les lois de succession, diversement interprétées par les deux partis, notamment au sujet de la faculté d'hoirie des tilles (4). A ce propos, le triomphe des Pharisiens sur les Zaducéens fut consacré par une fête commémorative (5). Ces faits suffisent, et au delà, pour nous fixer sur le véritable point de divergence entre les Zaducéens et les Pharisiens. On peut remarquer ici, comme toujours , combien les principes influent sur la con-

(1) Anliquit. , livre X, ciiap. 22 et 24; Md„ livre XV11I. chap. 1 et 2; de JSello, livre.ll, chap. 12.

(2) Sttkka, chap. 4; Mischna, IX.

(3) Talmud, Yôma, fol. 19.

(4) Talmud, Baba Balhra, fol. 115; Me guillah Taanith.

(5) Talmud, ibid.

duite et les qualités morales, par la conduite publique et privée des hommes de ces deux partis. Les Zaducéens, taillés sur le patron de leur principe, étaient hautains, inflexibles, tout d'une pièce pour ainsi dire, durs pour eux-mêmes comme pour les autres. Cette raideur les rendit souverainement impopulaires (1), tandis que les Pharisiens, grâce à la souplesse et à la flexibilité de leur point de vue religieux , beaucoup plus large et moins immuable, répondaient seuls aux besoins et aux instincts religieux des masses.

A qui devait rester la victoire? à la lettre ou à l'esprit? à ceux qui faisaient de l'Écriture une borne, une espèce d'oracle fatal, inexorable comme le destin, ou à ceux qui la considéraient comme un de ces phares mobiles qui se tournent et se retournent dans tous les sens pour éclairer les quatre points cardinaux? Poser la question en ces termes, c'est la résoudre. La victoire devait rester, en définitive, à ceux qui marchent, et non à ceux qui voulaient paralyser la raison et l'intelligence.

On nous permettra, à ce sujet, de détruire encore une de ces opinions préconçues auxquelles l'ignorance et la routine seules donnent quelque créance. N'est-il pas vrai que c'est une assertion généralement répandue que les Pharisiens et leurs successeurs les rabbins constituent le parti de l'immobilité, et que les hommes de la liberté et du progrès sont ceux qui, comme les Zaducéens et les Karaïtes, rejettent la tradition? Profonde aberration ! Étrange renversement de la vérité! Que serait devenue la religion si ce dernier système avait prévalu, si l'enseignement et le culte avaient été cloués à la lettre biblique, si aucune interprétation et, par suite, la plus petite modification n'eussent jamais été permises? Elle eût fatalement subi le sort de toutes les institutions privées du souille vital; elle serait devenue quelque chose d'inerte comme un cadavre, une momie, une pétrification. Non, le mouvement et la vie ne sont pas dans cette adoration muette, idolâtre, du

(l) Josèphe el Talmuil, u, s.

texte sacré; ils sont dans la puissante organisation de la tradition, dans une conception supérieure de la parole de Dieu, dans la conviction que la Bible n'est pas un fétiche, et que ceux-là seuls savent la comprendre qui la traitent comme l'expression intelligente, animée, lumineuse et transparente de la volonté divine ; ils sont, en dernière analyse, dans la liberté d'interprétation.

Mais il n'importe pas moins de caractériser cette liberté d'interprétation. Il est bon que l'on sache qu'elle n'est ni absolue ni illimitée ; car elle autoriserait dans ce cas tous les excès de la raison individuelle , et la religion , cessant d'être un lien de solidarité pour les hommes, cette étincelle électrique qui, avec une rapidité instantanée, se communique à d'immenses espaces, se verrait réduite aux chétives proportions de chaque individu. La liberté d'interprétation devait donc nécessairement être renfermée dans des limites, et soumise à des conditions dont nous indiquerons seulement les deux essentielles. C'est d'abord l'autorité traditionnelle remise à un corps d'interprètes savants, formant non pas une caste, mais un tribunal religieux recruté dans tous les rangs, faisant passer les textes au crible d'une discussion consciencieuse et approfondie (1), et adoptant finalement l'opinion de la majorité (2). C'est ensuite un ensemble de règles grammaticales et surtout logiques, que l'on fait également remonter jusqu'à Moïse, et au moyen desquelles on procède à l'élucidation des textes et aux conséquences pratiques à en tirer (3). Et sait-on bien ce que c'est que la liberté d'interprétation ainsi circonscrite? Elle n'est pas moins que l'alliance, non moins difficile en matière de direction religieuse que de gouvernement poli tique, de l'autorité et de la liberté, la réunion de deux principes qui ne sont réellement forts qu'en se prêtant un mutuel concours, et dont l'antagonisme se fait encore sentir aujourd'hui dans les deux courants opposés du christianisme.

(1) Talmud, Croubin, fol. 10.

(2) Ibitl., Baba Mezia, fol. 89.

(5) Thoralk Califnim ; Ischmaël.

Boraïlba de Rabbi

Nous ne voulons pas dire que la tradition fut ainsi construite a priori : comme toutes les institutions vivaces et tirant leurs ressources de leur propre fonds, elle se développa progressivement avec le temps, les circonstances et les besoins religieux. Elle n'arriva à sa constitution définitive, si jamais elle en eut une, que vers la fin du second temple, sous les disciples de Hillel et de Chamaï, dont les discussions, devenues interminables (1), nécessitaient la fixation des règles à observer en matière de décision doctrinale.

On peut donc soutenir à bon droit que la religion, dans la constitution qui lui fut appliquée par Ezra et par le grand Synode, sortit victorieusement de la double épreuve qui lui fut imposée, extérieure et intérieure; qu'elle en sortit forte retrempée, préparée à de nouvelles luttes plus difficiles et plus complexes à la fois que toutes celles dont elle avait triomphé déjà.

Siméon le Juste et Hillel.

Nous pensons ne pouvoir mieux terminer l'étude de cette période du second temple, si féconde en enseignements, qu'en la personnifiant dans deux individualités ou deux figures que nous voyons poindre aux deux extrémités de cet horizon religieux. La première, c'est celle de Siméon le Juste, dont la personne et la vie nous sont peu connues, mais dont la tradition célèbre la piété et le souvenir de vénération (2). Tout le monde connaît de lui l'aphorisme que lui attribue le traité d'Aboth: — Le monde repose sur trois colonnes : la doctrine, le culte et la charité (3). Arrêtons-nous un instant à celte sentence remarquable, qui a une valeur doctrinale et historique en ce qu'elle jette une nouvelle lumière sur les tendances du grand Synode, dont Siméon le Juste est considéré comme le dernier

(0 Talmud, Sanhédrin, fol 58. fol. 9.

(2) Talmud, Ydma, fol. 59; Nédarim , 18) AboLli. I, J.

représentant. Elle confirme, en y ajoutant la précision et la concision de la formule, ce que nous avons dit de la vraie nature de la réaction d'Ezra. Il est avéré par cette formule, qui est le dernier mot de l'institution du grand Synode, que le culte extérieur et pratique, malgré ses semblants de suprématie, n'était en réalité que le subordonné de l'instruction ou de la doctrine, et que la réaction en faveur du culte était beaucoup plus apparente que réelle. Nous disons bien la subordination, les termes de cette sentence étant formellement commentés dans le sens de la priorité de l'instruction sur le culte, et considérés comme le pendant du texte biblique : — C'est la vertu que je désire, et non des victimes immolées sur l'autel; la connaissance de Dieu vaut mieux que les holocaustes (1). — Nul doute désormais sur la réalité de cette direction spirituelle, sur la part considérable faite à l'enseignement religieux, puisque tel est le dernier mot du dernier organe du grand Synode, de ce Siméon le Juste dont la tradition a fait un personnage presque légendaire (2;.

Le second personnage dont nous devons dire un mot, c'est Hillel , moins célèbre encore par son immense savoir que par ses grandes vertus. Comme Siméon le Juste, il clôt une époque. C'est lui, en effet, qui termine cette série du Duumvir (nuit), princes et présidents du Sanhédrin qui avaient tenu le sceptre du gouvernement des âmes pendant la mémorable phase du drame macchabéen et de la lutte avec les Zaducéens. Il n'entre pas dans notre intention de faire ici la biographie de cet illustre docteur, l'un des plus grands noms de la tradition ; nous ne voulons envisager en lui que le continuateur d'Ezra, ou plutôt son disciple, car c'est bien le nom que lui donne la tradition (3), et qu'elle explique par le motif que, à l'exemple d'Ezra, Hillel sut reconquérir pour l'instruction religieuse sa place, son rang, tant par un long professorat que par les nombreux et remarquables élèves qu il forma (4). Dans sa jeunesse,

(i) Aboth de Rabbi Nathan, cbap. 4J (2) Tallinn!, Ycîma, /. e.

(5) Talmud, Sanhédrin, fol. 1 1 .

(4) Talmud, Sukka, fol. 21 et 2«.

il endura les plus cruelles privations, jusque exposer sa vie, pour s'instruire dans la religion (1) ; dans sa vieillesse, élevé à la plus haute dignité, il mit ses efforts et sa gloire à propager le haut enseignement, à opérer la plus large diffusion de la vérité religieuse. Il se pénétra du principe fondamental d'Ezra et du grand Synode, à savoir que le culte extérieur, dans sa nouvelle organisation, devait être assis sur l'instruction, sur la doctrine, à moins de devenir un corps sans âme. Il ne fut pas moins pénétré du principe qui devait présider à son enseignement, nous voulons dire cette liberté d'interprétation dont nous avons esquissé déjà le caractère et les conditions. Il est à remarquer que sa promotion même à la dignité de Nassi est due à cette même liberté d'interprétation, grâce à laquelle il sut tirer d'affaire les chefs de la synagogue en leur démontrant par l'argumentation logique a pari que l'immolation de l'agneau pascal n'est pas une violation du sabbath (2; ; et cette interprétation, il la donna moins en son nom qu'au nom de ses maîtres Chemaïa et Àbtalion (3), ayant à cœur de prévenir les dangers de la licence exégétique et de renfermer le système d'interprétation dans les limites tracées par ses fondateurs. C'est lui aussi qui, le premier, pose les règles de la nouvelle exégèse , qui les formule au nombre de sept, devenues plus tard les treize arguments de Rabbi Ischmaël (4). Et voilà comment Hillel est le disciple d'Ezra; voilà comment il imprime à l'école du grand Synode le cachet de son nom et de son immense autorité.

Nous croyons en avoir assez dit pour donner une idée générale de cette période du second temple et de la place qu'il convient de lui assigner dans l'histoire de la religion.

(1) Talmud, Ydma, XXXVIII.

(4) Pessahim, fol. 66.

(s) Ibid.

(i) Abotli de Rabbi Nalhan, Sanhédrin, Tosephllia, cbap. 7.

chap. 57

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