‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa mission (volume 2)Chapitre 28 sur 52 · ANALYSE DE LA MISCHNA · texte numérisé non relu

ANALYSE DE LA MISCHNA

On sait que la Mischna se compose de six parties dont chacune est divisée en un certain nombre de traités qui à leur tour se subdivisent en chapitres, lesquels sont réduits en articles portant eux-mêmes le nom de Mischna. Mise au jour entre l'an 120 et l'an 150 depuis la destruclion du second temple, la Mischna forme dans son ensemble un code complet embrassant le droit civil, le droit pénal, le droit commercial, la procédure civile et criminelle, et par-dessus tout le droit canonique. La première partie commence par traiter des prières et du rituel, puis des lois qui se rattachent à l'exploitation du sol et qui, pour ce mo-

(1) Ps., CXIX, 126. ibid,, Commentaire de Rachi ; note sur le

(2) Talmud, a. s, Beracholh, fol. 69; Commentaire de la Mischna.

tif, ne sont en grande partie praticables que dans la Palestine. La deuxième partie traite des sabbath, fêtes religieuses, jours fériés, anniversaires nationaux, heureux ou malheureux, et de tout ce qui en concerne le mode d'observation. La troisième partie s'occupe des liaisons matrimoniales, des alliances prohibées, des droits de la femme mariée, veuve ou divorcée. La quatrième partie s'applique plus spécialement aux intérêts civils, fixant la législation en matière de dommages, de trouvailles, de taux de l'intérêt, de possession territoriale, de succession, de contravention, de délit et de crime, de compétence des juridictions, de composition des tribunaux. La cinquième partie se rapporte au service de l'autel, aux différentes catégories de sacrifices, aux conditions qui les rendent propres ou impropres au service divin, aux prohibitions alimentaires, aux offrandes faites pour le sanctuaire, etc. La sixième et dernière partie est exclusivement consacrée aux purifications soit des personnes, soit des choses contaminées, aux rites qui les accompagnent et qui, pour la plupart aussi, ne sont guère applicables en dehors de la terre sainte.

On voit par cette énumération bien incomplète que la Mischna touche à presque tous les intérêts civils et religieux, profanes et sacrés, et que ce n'est pas une exagération que de l'appeler un code universel. Seulement il est à remarquer qu'elle n'offre pas une ligne de démarcation bien tranchée entre le droit canonique et le code civil, que le corps de doctrine semble placé tout entier sous l'inspiration ou du moins sous les auspices de la religion, sans pourtant qu'il y ait confusion dans le classement des matières. Sous ce dernier rapport, la Mischna est la première œuvre théologique, peut-être le premier monument religieux qui se distingue par la justesse des proportions, par la netteté des lignes, comme par la clarté et la précision du langage, en un mot par un plan largement conçu et sagement exécuté, par une intelligente distribution des matériaux, qui fait défaut dans les œuvres antérieures et qui paraît même incompatible avec les allures de l'inspiration pure. La méthode est l'œuvre de la réflexion, de la raison se repliant sur

elle-même, c'est-à-dire le produit d'opérations intellectuelles qui n'ont rien de commun avec l'intuition biblique ; et l'on sait que la méthode ne se rencontre guère dans les livres conçus par le génie religieux, pas plus dans les livres sacrés des Indes, dans le Zend-Avesta, dans les Évangiles, dans le Coran, que dans la Bible. A ce titre, la Mischna est une création originale dans le monde sémitique, et ce n'est pas un de ses moindres mérites que d'avoir introduit dans cette immense compilation de notes, d'opinions, de fragments législatifs accumulés pendant cinq à six siècles, l'ordre et la division logique, et d'avoir créé pour ainsi dire une langue donnant le moins de prise possible au doute et à l'équivoque, la langue que doit parler la loi.

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