‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa mission (volume 2)Chapitre 42 sur 52 · PARABOLES MORALES · texte numérisé non relu

PARABOLES MORALES

Sur le mérite de la charité.

Un roi, nommé Monobaz, ouvrit ses trésors pendant une famine, et en distribua le contenu à ses peuples. « Que faitesvous là? lui crièrent ensemble ses parents et ses conseillers. Vos pères et vos aïeux n'avaient rien plus à cœur que d'augmenter le trésor royal, et vous allez le vider! — C'est que j'entends la thésaurisation tout autrement que mes prédécesseurs, répondit le roi. Mes aïeux accumulaient un capital stérile, improductif, et moi je veux me créer un trésor fécond et portant des fruits. Mes aïeux amassaient des pièces de monnaie, et moi je veux amasser des âmes, toutes ces vies que je sauve avec mon argent. Mes aïeux formaient péniblement un trésor exposé au vol, à la rapacité, à toutes les déprédations manuelles, et mon trésor à moi sera inattaquable, insaisissable, en dehors de' la portée des hommes. Mes aïeux accumulaient une fortune terrestre, et moi je veux accumuler des richesses célestes et impérissables. Mes aïeux thésaurisaient pour les autres, et moi je thésaurise pour moi-môme (1). » Quel est le sens de celle belle légende? Que la charité réunit toutes les conditions de la stabilité, étant à la fois productive, humanitaire, immatérielle, inattaquable, céleste et immortelle.

Allégorie sur le juste et sur l'impie.

A quoi ressemble le juste? A un arbre planté dans un terrain pur, mais dont un rameau s'incline vers un endroit impur; coupez cette branche rebelle, et l'arbre tout entier n'aspirera plus que des sucs purs. A quoi ressemble l'impie? A un arbre ayant ses racines dans un sol impur, avec une branche

(l) Taimud, Baba Balhra, fol. 11.

qui s'incline vers un terrain pur; si vous coupez celte branche, tout est impur (1). Ce qui veut dire que, pour le juste, le tronc, c'est l'âme, c'est l'intelligence, c'est la vie spirituelle; le rameau qui penche vers l'impureté, c'est le corps avec ses besoins, ses intérêts, ses passions, ses infirmités physiques et morales. Mais, dès que celte branche est coupée, c'est-à-dire dès qu'elle est délivrée des liens et des appétits corporels, elle recouvre aussitôt sa pureté, sa blancheur immaculée. Chez l'impie, tout est à rebours : pour lui, l'essentiel, le radical, c'est le corps; c'est lui qui occupe presque toute la place, qui s'asservit toutes les facultés intelligentes, ne laissant à l'âme que des velléités, des aspirations vagues, incapables de prévaloir contre les exigences de la matière. Si vous coupez cette branche, c'est-à-dire si l'on annihile cette action anodine de l'âme, alors c'en est fait delà vie spirituelle, et l'impie, livré à ses instincts brutaux, deviendra tout matière, tout impureté.

Sur l'obligation de s'acquitter envers son prochain plus encore qu'envers Dieu.

Un individu emprunte une certaine somme, et souscrit à son créancier une obligation à ternie, à laquelle il ajoute, pour surcroît de garantie, la sanction du serment, jurant par la vie du roi qu'il payera. Cependant l'échéance arrive, et il ne paye pas : craignant moins le courroux de son créancier, simple mortel comme lui, que la colère du roi dont il offense la majesté par son parjure, le débiteur n'a rien de plus pressé que de courir chez le roi pour solliciter son pardon. Mais quelle est sa surprise lorsque le roi lui dit : « Quant à mon offense, ne l'en inquiète pas, elle t'est pardonnée ; mais à une condition, c'est que tu t'acquittes de suite envers ton prochain (2). Profonde leçon, qui nous apprend d'une manière saisissante qu'il est plus urgent de réparer le tort que l'on a fait à son prochain que la faute dont on s'est rendu coupable envers Dieu.

(1) Talmud, Kidouichin, fol. 40.

(2) Talmud, Roch Hascliana, fol. f-

Sur le mérite des soins hygiéniques

cl corporels.

Hillel quittait un jour ses disciples en leur disant • « Je vais accomplir un acte de piété. — Et quel est cet acte de piété pour lequel tu nous quittes, ô maître? — Je vais aller prendre un bain. — Et vous appelez cela remplir un devoir sacré ' Et pourquoi pas, chers élèves? Regardez un peu ce qui se passe autour de vous , voyez ces statues et ces monuments érigés en l'honneur et à la mémoire des princes de la terre, voyez les soins que l'on en prend. On leur assigne des serviteurs spécialement chargés de les laver, de les épousseler, de donner le poli et le brillant à leur membrure. Ce ne sont cependant que des corps de bronze et de marbre, et ceux qu'ils représentent ne sont plus que des cadavres. Et nous ne prendrions nul soin de notre corps, et nous négligerions de maintenir dans un élat constant de propreté cette image vivante du Dieu vivant (1) ? »

Ces quelques exemples, choisis à dessein dans les différents ordres d'idées où se meut l'Agada, suffisent pour montrer la variété d'aspects et de points de vue de l'enseignement figuré On voit qu'il s'exerce sur tous les sujets, cherchant à vulgariser le dogme, la morale, l'histoire et le culle.il faut encore y ajouter un genre particulier, conlenant toutes les comparaisons allégoriques ayant leur origine dans l'Écriture. La Bible compare Israël, par exemple, à la vigne, au pommier, à l'olivier, à la poussière, aux étoiles; elle compare le juste au cèdre et au palmier. Eh bien, aucune de ces comparaisons n'échappe aux investigations de l'Agada, et dénoie chez ses auteurs un profond esprit d observation des faits de la nature. Nous en citerons une comme spécimen, c'est l'analogie entre Israël et l'olivier : « Pourquoi Israël est-il comparé à l'olivier? Pour trois motifs : 1° De même que l'huile, extraite de l'olivier, ne se mêle pas aux liquides avec lesquels on la mélange, de'même

(') Vaïkra Rablia, serr. 51.

Israël garde son individualité et ne se confond pas avec les nations au milieu desquelles il est disséminé. 2° De même que l'huile, mêlée avec n'importe quel liquide, surnage à la surface, de même Israël exercera toujours une suprématie morale sur les autres peuples, car il est écrit : « Dieu te mettra audessus de toutes les nations (1). » 3° De même, enlin, que l'olive ne donne son produit qu'après avoir été pressée, foulée, écrasée, broyée à différentes reprises, de même Israël ne donneson fruit qu'après avoir été mainte et mainte fois pilé dans le mortier des épreuves et des malheurs (2). »

Personne assurément ne contestera qu'il y avait là un enseignement éminemment populaire, et qui devait jouer un rôle considérable dans la prédication, dont il nous reste encore à parler.

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