‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa mission (volume 2)Chapitre 5 sur 52 · HU., XVIII, 1S · texte numérisé non relu

HU., XVIII, 1S

(3) Ibid., XXXIV, 10-12.

(4) IHi , IV, 2; XIII, 1.

puie sur l'institution historique des Cohénim, des lévites et des juges, à qui Moïse confie le pouvoir discrétionnaire d'interpréter la loi (1). Le dixième dogme, celui de la Providence générale et spéciale, est comme l'âme de l'Écriture , le souffle divin qui vivifie toutes les pages de la Bible ; il ressort avec éclat de toutes les prédictions faites par Moïse sur l'avenir d'Israël, sur ses fautes, ses crimes, ses défections, ses épreuves, sa pénitence, son retour vers Dieu, prédictions qui occupent une portion notable du Deutêronome, notamment le chapitre XXX, et ce chant du cygne qui le termine (2), que l'on pourrait appeler le testament de Moïse, embrassant toute la destinée d'Israël (3). Quant à la Providence spéciale, elle est dans les nombreuses lois où Dieu recommande la sollicitude et la commisération pour la veuve, l'orphelin, le pauvre, l'étranger, disant qu'il écoutera leurs cris et prendra leur cause en main (4) • elle est aussi dans cette sublime invocation où le Seigneur est appelé « le Dieu des dieux, le Maître des maîtres, le Dieu « grand, fort, redoutable, ne ménageant personne, ne se lais- « sant pas corrompre, défenseur de l'orphelin et de la veuve « ami de l'étranger, à qui il accorde la nourriture et le vête- « ment (S). » Le onzième dogme, celui de la rémunération qui contient dans ses flancs le principe du libre arbitre est 1 objet du double pacte d'alliance conclu entre Dieu et Israël d'abord dans le désert du Sinaï, ensuite dans les plaines de Moab ; il jouit de la plus large exposition dans les deux discours qui lui sont consacrés, où le tableau des récompenses, et surtout des peines terrestres , est peint sous les plus vives couteurs (6). Le principe du libre arbitre a sa consécration toute particulière dans l'ordonnance faite par Moïse et exécutée par josue, au sujet de la proclamation solennelle, en présence de tout Israël, des bénédictions et des malédictions entre le monl

(l)Deutér, XVII, 8-12; Siphri, iiid.; lalmud, Rosch Haschana, fol «s

( 2 ) »«., XXXII, toi.

(3) »M., Siphri, cité par Na'limoniilo.

loi

(4) Exode, XXII, -2-1 et 27.

(5) Deutér., X, n et 18.

(6) Lévit., XXVI, toi.; Deutér., XXV1U

Garisim et le mont Ebal (1). Nous ne voulons pas toucher, pour le moment, aux deux derniers dogmes, ceux de la venue du Messie et de la résurrection, parce que, étant moins explicitement indiqués, il faudrait, pour les mettre en évidence, aborder le fond du sujet et sortir du cadre d'une introduction.

Nous venons ainsi de trouver presque tous les dogmes fondamentaux posés par Maïmonide, onze sur treize, non-seulement mentionnés par Moïse, mais encore, ce qui leur donne la force et la vie, tous liés à des faits qui frappent la vue, la mémoire, le sentiment populaire, la fibre nationale, tous appuyés sur des événements remarquables, tels que la sortie d'Egypte, la révélation, l'institution du sabbath, les monuments principaux de la vie du législateur.

Ce n'est donc pas à tort que nous avons soutenu, contrairement à la supposition d'Abravanel, que les dogmes ont leur place dans la doctrine de Moïse , la place qui leur convient le mieux, celle qui leur vaut la stabilité, sans nuire cependant au développement que leur assurera le progrès de l'instruction religieuse. Oui, il est évident que, de la façon dont ils sont conçus dans le Pentateuque, les dogmes vivent et vivront éternellement dans les classes les plus humbles, les moins instruites, fondus en quelque sorte avec la célébration périodique de nos fêtes commèmoratives, avec la lecture fréquente du livre de la Loi, ce qui n'empêche pas les esprits spéculatifs de les dégager de l'a lettre biblique et de leur faire prendre l'essor dans les régions de l'abstraction pure. Ceci est d'ailleurs, nous aurons plus d'une fois l'occasion de le constater, la grandeur aussi bien que le secret du génie de l'Écriture sainte, de savoir parler à la fois, et dans le même langage, aux esprits les plus simples et aux intelligences les plus élevées.

Au moyen de la double discussion à laquelle nous venons de nous livrer, et qui nous a conduit, d'un côté, à refuser aux dogmes le titre ^articles de foi et de croyances obligatoires, ce qui serait contraire à la lettre comme à l'esprit de la religion;

(1) Demér., XXVII, là; Josuc, VIII , 3-2 el 53.

de l'autre, à les reconnaître, à les retrouver dans tous les grands faits de la loi et de l'histoire nationale, nous sommes arrivé peut-être à en prendre la juste mesure , sans en exagérer ni diminuer l'importance. Envisagés sous ce point de vue , les dogmes n'en méritent pas moins les qualifications de bases (rvniei), de racines (trHpv) et de colonnes (n-mas), que leur ont décernées les principaux organes de l'école théologique.

Après avoir fixé les deux extrémités du tableau qui se déroule devant nous, c'est-à-dire déterminé le point de départ des dogmes sous Moïse et leur point d'arrivée sous Maïmonide et son école , il importe de les suivre dans leur marche et leur développement entre ces deux limites extrêmes, de les voir en action sur la scène de l'histoire, d'apprécier l'influence qu'ils ont exercée sur nos évolutions religieuses. C'est ce que nous nous proposons de faire dans une étude rapide et sommaire de nos principaux monuments. Ces monuments sont pour nous la Bible, les livres de la tradition et les traités de théologie. De là la division naturelle et rationnelle de l'histoire' de la religion en trois grandes périodes ou cycles : 1° le cycle biblique, 2° le cycle delà tradition, : J .° le cycle théologique. Nous aurons l'occasion, dans le cours de ce travail, de tracer le caractère individuel de chacune de ces trois périodes, et d'indiquer le lien qui en forme le trait d'union.

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