DAVID ET LES PSAUMES
Les livres de David et de Salomon étant rangés parmi les Hagiographes, nous devons en parler après les livres prophétiques. Nous n*avons pas à nous occuper du rôle politique de ces rois, dont Thistoire n*entre pas dans le cadre de notre travail, mais nous devons faire connaître leur mission religieuse, mettre en relief Fauteur des psaumes et Tauteur des proverbes. Nous vendrions, s'il était possible, tirer la quintessence de leurs livres, mettre en lumière le principe dominant de leurs écrits. A cet égard, David est avant tout l'immortel auteur des hymnes sacrées, le chantre du culte d'amour et d'enthousiasme. Jamais la lyre n'a trouvé des accents semblables pour célébrer les louanges du Seigneur. Pour lui, ce n'est pas seulement le ciel, les astres et l'homme, qui chantent et exaltent Dieu, mais la nature tout entière. C'est lui qui sait faire retentir à nos oreilles le concert des fleuves, la grande voix des brisants de la mer, proclamant la toute-puissance du Seigneur (4) ; c'est lui qui vous montre les champs tressaillant d'allégresse, les arbres de la forêt accueillant avec des cris de joie l'arrivée de l'Ëternel (5) ; c'est lui qui vous fait assister aux applaudissements des eaux et aux acclamations des montagnes, célébrant l'arrivée du souverain juge de la terre (6) ; c'est lui qui convie à un
(i) IwTe, XLI, Si, tS et t6 ; XLVIlf, (3) Isale, XI, 9-lt ; LVI, T et 8.
3, 5 et IS ; XLV, 11; XLVI, «0. {*) PMumei, XGIU, 3 et 4.
(t) UaTfl, II. 1-5; XI, 1«; XXXU, 16 (5) Pb., XCVI, Il et 13.
et 17. (6) Ps., XGVUI, 8 et 9.
immense allélaiah les anges, les corps célestes, les immenses laminaires qui roulent dans Tespace, les cieax et les cienx des cieux, en même temps que les abîmes, les monstres marins, les corps inorganiques, montagnes et collines, végétaux et animaux, rois et peuples, adolescents et vierges, jeunes et vieux. « Que tous, s'écriet-il, célèbrent le nom du Seigneur, ce nom qui domine toute la création, et dont la majesté s'étend sur le ciel et sur la terre (1) ! » N'est-ce pas lui encore qui dit : — « Mon vœu, mon plus ardent souhait, c'est de passer ma vie entière dans la maison du Seigneur, pour me délecter des perfections divines et fréquenter son sanctuaire (2) ? )> Nest-ce pas lui encore qui dit : a Mon âme aspire et voudrait s'élancer vers le parvis sacré : cœur et chair, tout chez moi chante le Dieu vivant (3) ! »
Assurément nous ne voulons pas dire que les psaumes ne contiennent que cela; nous savons qu'il est d'autres points fondamentaux qui trouvent également leur expression dans ces cantiques, que les temples et les églises se sont empressés d'emprunter à l'humble synagogue. On y voit touchées de main de maître les graves questions de la Providence générale et spéciale, de la justice divine dans ses rapports avec le bonheur des méchants et le malheur du juste (4) ; on y découvre des allusions nombreuses à l'immortalité de l'&me et à la vie future (5). Nous avons déjà vu (6) que, fidèle à la tradition prophétique, David met au-dessus des pratiques du culte, notamment des sacrifices, la pureté du cœur, la contrition de l'âme, la prière sincère et recueillie. Que si nous désignons plus particulièrement l'adoration de Dieu, ce que nous appelons le culte d'amour et d'enthousiasme, c'est qu'il constitue l'idée saillante des psaumes, c'est qu'il a donné son nom à l'œuvre sainte, ce nom de Tehillim (oiirm) qui signifie louanges^ et qu'il a valu
(1) Ps , CXLVJIl, 1-15. (6) Ps. XXXI, SO; LXXIII, t4; XLIX,
(S) Pb., XXVII, 4. tt)-tl; CXVI, 9 et 19; XXI, 5.
(3) Pg., LXXXIV, 9. (6) Voir plos haot les Prophèlei, IV,
(4) Pg., XXXVll, 35-S6; LXXlll, 3-91. Samuel. Pb., L, 9-16; U, 1«, 18 et 19.
à son immortel autear le beaa surnom de mélodieux composi-leur des chants d'Israël (i ) .
H est encore à remarquer que cet amour de Dieu, cet enthousiasme élevé à sa plus haute puissance et poussé parfois jusqu'à Textase dans une poésie lyrique sans pareille, se reflètent dans la vie tout entière de David telle qu'elle nous est retracée par rhistoîre. Encore tout jeune et simple berger, il est signalé à Saul, tombé dans une noire mélancolie, comme un habile musicien protégé de Dieu (2). Devenu roi, il célèbre avec une
pompe extraordinaire la rentrée de Tarche sainte dans la résidence royale, et, à cette occasion, il se livre à de telles démonstrations de joie et d'allégresse, qu'il blesse les instincts aristocratiques de la fille de Saûl, sa femme (3). Vainqueur de tous ses ennemis d'alentour, il dit au prophète Nathan ces belles paroles : ft J'habite, moi, un palais de cèdres, tandis que l'arche du Seigneur repose sous une tente (4). t> Empêché par une volonté supérieure d'accomplir son projet de construire un temple digne de la majesté divine (5), il veut du moins y contribuer par la préparation des voies et moyens qu'exigera l'éditication de la maison de Dieu. Toute sa vie, il s'efforce d'amasser des trésors, d'entasser les métaux précieux et autres, d'accumuler tous les matériaux propres à cette sainte destination (6,. Jaloux d'entourer les solennités religieuses du plus d'éclat et de pompe possible, il organise sur de larges bases le service des lévites, institue cette école de musique et de chant sacré devenue si célèbre par les hommes qu'elle a produits, — les llëman, les Assoph, les Ethan, les Yedouthoun et les Korahites (7). Enfin, c'est sa joie suprême d'avoir pu remettre avec ses dernières instructions à son fils Salomon, en présence de tout Israël électrisé par son exemple, les immenses trésors des-