‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa missionChapitre 27 sur 93 · ORIGINE DE LA MISCHNA · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA MISCHNA

Voici en quels termes Maïmonide rend compte delà rédaction de la Mischna : — a Depuis Moïse jusqu'à Tavénement de « Rabbi Yehouda hanassi on n'avait jamais fait de livre sur la a loi orale, propre à renseignement public et officiel. C'étaient (X seulement les prophètes ou chefs d'école qui , à chaque « époque, prenaient des notes de ce qu'ils avaient appris de « leurs prédécesseurs, notes qu'ils consignaient par écrit; mais « leur enseignement était exclusivement oral. Gela se pratiquait « ainsi d'une génération à l'autre, pour tout ce qui concerne a l'exégèse biblique, la discussion des lois (halacha), tous les « faits acquis au moyen de l'argumentation logique connue sous « le nom des treize arguments, et adoptés par la plus haute auc torité religieuse (le grand Beth Din), jusqu'à l'avènement da a saint Rabbi. C'est lui qui recueillit, compila, classa et coor- « donna toutes les traditions religieuses, législatives et autres

c qui s'étaient accamnlées pendant ce grand laps de temps. Il t en fit ce recaeil de laMischna aaqnel il donna la plus grande « publicité, le propageant partout et en faisant la base de Ten- « saignement religieux. Que si Ton demande ce qui autorisa c ce chef d'Académie à opérer une pareille innovation, à réforc mer un état de choses qui remontait jusqu'à Moïse, nous ré- « pondrons que telle était la nécessité de la situation. A la vue « des malheurs inouïs qui frappaient Israël coup sur coup, de « la décadence des écoles religieuses, de la progression conti- < nue d'une domination hostile à Israël, de la dispersion du « peuple de Dieu errant d'exil en exil, Rabbi reconnut l'urc gence de mettre la loi orale par écrit, afin d'en assurer la t perpétuité aussi bien que la diffusion dans tout Israël (1). i»

Hais ce qu'il y a de plus remarquable dans l'entreprise même de la Mischna, c'est qu'elle était une véritable infraction au texte biblique. C'est, en effet, une tradition de la plus haute antiquité que la Loi reçue par Moïse sur le Sinaï se divise en deux parties générales : la Loi écrite et la Loi orale. Or, d'après cette même tradition, il n'est pas plus permis d'enseigner ora* lementla Loi écrite que de mettre par écrit la Loi orale, et cette double défense fut rattachée, comme toutes les traditions de ce genre, à un texte biblique; ce texte, le voici : — L'Éternel dit à Moise : Ecris-toi ces paroles ; car c*est par la bouche de ces paroles que je contracte mon alliance avec toi et avec Israël (2). — a Voilà, dit la tradition, d'un cdté, des paroles écrites ;de « l'autre, des paroles de bouche^ c'est-à-dire orales. Qu'estrce à « dire? Que la Loi écrite et la Loi orale doivent garder chacune « leur individualité (3). »

Mais alors ne peut-on s'empécheir de demander conmient s'y prenaient Rabbi et son école pour violer une défense consacrée par le temps et solidement ancrée à un texte biblique ? Ils trou- Tërent à leur tour un point d'appui dans l'Écriture ; ils interprétèrent dans le sens de leur sainte entreprise le texte suivant :

(i) lu kft-hiMka, fHhot; CoBBeo- (3) Biode, XXXVIf, 17. t«ire fw U MlfehBâ, ^lébce. (s) Tafand, GoHhte, fol. 60.

— C'est le moment d'agir poar le Seigneur, car ils ont violé la Loi (i) , — texte qui fut commenté ainsi : — Quand il s'agit de travailler pour Dieu, il est permis d'aller jusqu'à violer sa Loi (3). — Voilà certes une exégèse qui confirme d'une manière éclatante ce que nous disions de la liberté d'interprétation; voilà une explication des plus larges, des plus libérales, à une immense distance de cette atmosphère étouffante où Zaducéens et consorts voulaient enfermer la religion ; voilà un principe dont les conséquences doivent être incalculables en matière de direction spirituelle. Cette grande mesure de la rédaction de la Mischna, qui constitue une véritable œuvre de réforme, prouve avec évidence que le rabbinisme n'est, de son essence, ni arriéré, ni immobile ; qu'il sait parfaitement s'inspirer des vrais besoins du moment, et prendre toute l'initiative propre à y donner une large satisfaction. Il serait bon que le rabbinisme moderne, fidèle à son principe, sachant qu'il est le continuateur de Rabbi, n'oubliât jamais cette conduite de son illustre chef et fondateur, et comme lui sût marcher à la tète de ses fidèles au lieu de se traîner péniblement à la suite du troupeau.

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