‹ Le Judaïsme, ses dogmes et sa missionChapitre 28 sur 93 · ANALYSE DE LA MISCHNA · texte numérisé non relu

ANALYSE DE LA MISCHNA

On sait que la Mischna se compose de six parties dont chacune est divisée en un certain nombre de traités qui à leur tour se subdivisent en chapitres, lesquels sont réduits en articles portant eux-mêmes le nom de Mischna. Mise au jour entre Tan 120 et l'an 150 depuis la destruction du second temple, la Mischna forme dans son ensemble un code complet embrassant le droit civil, le droit pénal, le droit commercial, la procédure civile et criminelle, et par-dessus tout le droit canonique. La première partie commence par traiter des prières et du rituel, puis des lois qui se rattachent à l'exploitation du sol et qui, pour ce mo-

(I) Pi., CXIX, ite. md,, Conn«iitaire de RtoU ; oot» lor le

(S) Talmtd, s. t , BtfMhotik, fol. 69; CommenUira de UiMiioluia.

tif, ne sont en grande partie praticables qne dans la Palestine. La deoxième partie traite des sabbatb, fêtes religieuses, jonrs fériés, anniversaires nationaux, heureux ou malheureux, et de toat ce qui en concerne le mode d'obserration. La troisième partie s'occupe des liaisons matrimoniales, des alliances prohibées, des droits de la femme mariée, yeuTC ou divorcée. La quatrième partie s'applique plus spécialement aux intérêts civils, fixant la légisUtion en matière de dommages, de trouvailles, de taux ile Tintérêt, de possession territoriale, de succession, de contravention, de délit et de crime, de compétence des juridictions, de composition des tribunaux. La cinquième partie se rapporte au service de Tautel, aux différentes catégories de sacrifices, aux conditions qui les rendent propres ou impropres au service divin, aux prohibitions alimentaires, aux offrandes faites pour le sanctuaire, etc. La sixième et dernière partie est exclusivement consacrée aux purifications soit des personnes, soit des choses contaminées, aux rites qui les accompagnent et qui, pour la plupart aussi, ne sont guère applicables en dehors de la terre sainte.

On voit par cette énumération bien incomplète que la Mischna touche à presque tous les intérêts civils et religieux, profanes et sacrés, et que ce n'est pas une exagération que de l'appeler un code universel. Seulement il est à remarquer qa'elle n'offre pas une ligne de démarcation bien tranchée entre le droit canonique et le code civil, que le corps de doctrine semble placé tout entier sous l'inspiration ou du moins sous les auspices de la religion, sans pourtant qu'il y ait confusion dans le classement des matières. Sous ce dernier rapport, la Hischna est la première œuvre théologique, peut-être le premier monument religieux qui se distingue par la justesse des proportions, par la netteté des lignes, comme par la clarté et la précision du langage, en un mot par un plan largement conçu et sagement exécuté, par une intelligente distribution des matériaux, qai fait défaut dans les œuvres antérieures et qui parait même incompatible avec les allures de Tinspiration pure. La méthode est l'œuvre de la réflexion, de la raison se repliant sur

elle-même, c^est-à-dire le produit d'opérations intellectuelles qui n'ont rien de comman avec Tintaition biblique ; et l'on sait que la méthode ne se rencontre guère dans les livres conçus par le génie religieux, pas plus dans les livres sacrés des Indes, dans le Zend-Avesta, dans les Évangiles, dans le Coran, que dans la Bible. A ce titre, la Mischna est une création originale dans le monde sémitique, et ce n'est pas un de ses moindres mérites que d'avoir introduit dans cette immense compilation de notes, d'opinions, de fragments législatifs accumulés pendant cinq à six siècles, l'ordre et la division logique, et d'avoir créé pour ainsi dire une langue donnant le moins de prise possible au doute et à l'équivoque, la langue que doit parler la loi.

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