H et 13. (6) Ibid,, XXH
(3) Ibid., X, 40; 11, U et 16 ; Dentër., (7) Talrnnd , Baba Bathra . fol. 75 ,
XX, 16-18. nanbs 5«im «^îd rmro moa •t».
(4) Ibid., XIV, 1-8; Nombree, 34.
cette manifestation^ excitèrent an grand émoi dans toat Israël, an point de provoquer TenToi d'une députation conduite par le grand pontife Pinehas et chargée de leur demander compte de cet acte illégal. Ce ne fut qu'à la suite des explications fournies sur les motifs qui avaient présidé à la construction de Tautel, et de la déclaration faite sous serment qu'il n'était pas destiné aux sacrifices, que ce n'était qu'un simple monument élevé en l'honneur de Dieu, et devant servir aux générations futures de constant témoignage de l'unité d'Israël et de l'accession des trois tribus à la sainte communion du peuple de Dieu, que la députation, venue avec des sentiments hostiles, se retira satisfaite (4).
Yoilà certes un événement qui, par l'initiative comme par le résultat, s'élève à la hauteur d'un grand fait religieux. Il nous apprend avec quelle sollicitude Josué et ses représentants veillaient à la pureté et à l'intégrité du culte unitaire dont l'unité d'Israël devait offrir l'inaltérable image, et qui, semblable à la fenune de César, ne devait donner prise au moindre soupçon.
Voici maintenant le second fait, puisé dans la dernière allocution adressée par Josué à tout Israël réuni à Sichem. Il exhorte de nouveau le peuple à rester fidèle à l'Éternel, en lui retraçant à grands traits toute son histoire depuis Abraham (2). Mais ce qu'il y a d'étrange dans'cette exhortation, c'est la faculté qu'il semble laisser à l'assemblée de choisir entre le culte de Dieu et l'adoration des idoles chananéennes (3) ; c'est l'insistance qu'il met à renouveler sa proposition , allant jusqu'à détourner Israël du service du vrai Dieu, en le lui présentant comme un Dieu jaloux, vengeur de la moindre infraction commise dans son cuKe (4). Le peuple insistant à son tour, et protestant de son invariable fidélité à Dieu, Josué le prend à témoin de ce choix volontaire, tfois fois répété, et va sceller cette déclaration solennelle par un nouveau pacte d'alliance (5).
(1) Jofaé, SS. (4) Ihid.f 1. 19 et iO.
(9) Ihid., 14. (5) IM,, t. 95.
(3) Ikid., 9. 16.
Rien de plus étrange, de prime abord, qne ce dialogue entre le successeur de Moïse et les enfants d'Israël sur le choix d'une Divinité, sur la parfaite liberté de déserter le culte du vrai Dieu pour adorer les ignobles déités du pays. Cette scène curieuse était faite pour exercer la sagacité des commentateurs et exégëtes. L'un des plus remarquables d'entre eux (i) comprit qu'il s'agit ici d'un point dogmatique d'une haute importance. A Dieu ne plaise que Josué encourage les hésitations du peuple au sujet du choix de la Divinité! Non, ce qu'il veut dire au peuple, c'est qiïé l'adoration de l'Éternel est absolue, exclusive ; c'est que le i^onothéisme ne comporte aucune association; c'est qu'il repousse toute promiscuité, qu'il faut lui donner tout ou rien, c'est-à-dire, en d'autres termes, qu'on ne lui donne rien si on. ne lui accorde pas tout. Josué ne fait ainsi que reproduire, mais d'une manière saisissante, propre à frapper l'imagination populaire, une prescription formelle de Moïse, mais confondue et, par conséquent, un peu inaperçue dans la foule des lois religieuses (2). Interprétée ainsi, l'allocution de Josué prend des proportions fort élevées ; elle dénote de sa part une profonde intelligence de la pensée et de la doctrine du maître. Il enseigne que le mosaïsme repose avant tout et pardessus tout sur le monothéisme pur, intégral, sans partage, exclusif de tout hommage religieux offert à ce qui n'est pas lui, et il croit ne pouvoir mieux honorer cette chère et respectée mémoire qu'en léguant à Israël ce principe fondamental comme son dernier mot et sa volonté suprême.
Il est permis d'y voir autre chose encore. Il est à remarquer que cette forme employée par Josué, et qui consiste à laisser aux ûdèles la faculté de choisir l'objet de leur adoration, ne lui est pas particulière. Il y a un précédent : Moïse s'en sert luimême la veille de la révélation. En rapportant au peuple ce beau discours que nous aurions le droit d'appeler notre discours de la montagne (3), il lui laisse le choix d'accepter ou
(1) Akéda, dUterUUioo, 89. (S) Exod«, XIX, 5 at 6.
(i) Exode, XXII, 19.
de refuser. C'est le peuple qui veut bien aqçlamer le culte du Seigneur par ce cri unanime : a Tout ce que Dieu a dit nous racceptons (1). » Plus tard, à Texemple de Moïse et de Josué, Ëlie, sur le mont Carmel, s'écrie, lui aussi : <r Si TËtemel est Diea, suivez-le; si Baal est Dieu, suivez-le (2). » Enfin, diaprés la tradition, un nouvel et dernier engagement de cette nature fut pris par les israëlites sous le règne d'Assuérus , après la chute de Haman (3). Ce langage tenu par les plus grandes autorités religieuses, cette alliance trois et quatre fois renouvelée entre Dieu et son peuple, contiennent un enseignement d'une immense portée. Il en ressort avec évidence que le culte adressé à Dieu doit être libre et spontané ; que Dieu s'adresse à notre raison plus encore qu'à notre cœur, et que rien ne lui répugne plus que des hommages forcés, contraints, produits de l'habitude et de la routine, ne jaillissant d'aucune des sources vives de la personnalité humaine. Sans doute, une fois librement accepté, le pacte d'alliance devient sacré; mais il ne résulte pas moins de ces remarquables exemples que chacun de nous doit s'efforcer d'adorer Dieu dans l'indépendance de sa raison, que la spontanéité et le libre arbitre donnent seuls à notre adoration un mérite, une valeur que ne possédera jamais ce culte mécanique qui ne procède ni du cœur ni de l'esprit. Ainsi se trouve confirmée d'une manière éclatante notre thèse émise à l'endroit de la foi (4).
Ces remarques , puisées dans l'étude consciencieuse des textes, prouvent que le livre et l'histoire de Josué sont loin d'être dépourvus de tout enseignement théologique , et qu'ils apportent leur pierre au monument que nous voudrions élever à 1 histoire du dogme.