REP
Dans tout ce qu'il faisait, le juge Mabane avait toujours le sort d'être en hostilité ävec le gouverneur. Nous ne trouvons, dans les mémoires du temps, guère autre chose que la mention des difficultés existantes entre le juge et l'administrateur de la province. Cependant, malgré le voile intéressé qui a couvert ces brouilleries, on a pu en découvrir les causes qui paraissent assez plausibles.
II4 Le juge À. Mabane
Le gouverneur Murray avait cru, dans le principe, éluder les instructions du conseil d'Etat et se dispenser d’avoir des conscillers pris dans la colonie ; mais en présence des raisonnements de M. Mabane et des autres officiels qui ne voulaient pas laisser peser sur leurs épaules la responsabilité des actes de leurs départements, le gouverneur voulut s’exécuter; il émana une liste de conseillers approuvés du ministère britannique. Il regarda néanmoins le juge comme le principal et le plus constant instigateur de cette cré2tion, qui diminuait À ses yeux le prestige de sa dignité. Souvent il arriva, au milieu des conflits que suscitait la création du conseil, que le gouverneur exprima son regret de n'être pas plus qu'était, sous le régime français, l’Intendant à la tête du Conseil Supérieur.
Le juge À. Mabane I15
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Le gouverneur Carleton, en succédant à Jas. Murray, avait hérité des préventions de son prédécesseur à l’égar:l du juge intègre et impartial, qu’on lui représenta comme un opposant perpétuel aux projets du parti anglais. Il parait que le général, pour n'avoir pas à démêler dans le Conseil avec ceux dont il différait d'opinion, avait pris le parti de ne plus avoir de réunions du Conseil, mais de parler d’affaires à table, ou dans ses salons, ou dans les places où il rencontrait ceux de ses conseillers qu’il estimait favorables à ses vus en
toutes circonstances.
L'administrateur de la Province fut blessé des observations qui lui furent adressées à ce
sujet, par le juge Ma‘sane d’abord, puis en-
md
suite par les principaux fonctionnaires. Le gouverneur (Carleton s'irrita au point de reprocher au juge d’exciter contre lui les hommes en charge. Ilalla jusqu’à faire rapport contre lui en Angleterre et solliciter sa déposition comme conseiller ; puis, après sa suspension comme juge, et, dans l'intervalle, entre ses plaintes et la réponse qu’il attendait du ministre colonial, le gouverneur Carleton publia partout que si M. Mabane était continué comme conseiller, il ne convo-
querait plus le Conseil.
Cet étrange procédé fut condamné comme indiscret et inconvenant. On regrettait partout le parti pris par le gouverneur, mais on
se gardait bien d’en parler, parce que le juge
Ze juge À. Mabane 117
n’en conférait avec personne et que l’on craignait de lui déplaire en montrant de l’indélicatesse. Quoique le général Carleton tint ferme et repoussât tout conseil, les esprits se partagèrent et le chef de l'Exécutif vit avec peïne cette scission qu’il imputait, dans tous les cas, au juge, et aux intrigants qui vivaient
dans son intimité.
Le juge se montra parfaitement calme, en ces circonstances, et son grand désintéressement faisait contraste avec l’avidité de plusieurs fonctionnaires qui n’hésitèrent pas, dans l’occasion, à allouer de grandes parts du domaine public ou d’arrondir leurs propriétés en s’en appropriant de grandes étendues. Il
fut un temps où les employés publics, et leur
chefpareillement, se regardaient comme es conquérants du pays, s'adjugeaient ces propriétés, comme indemnités pour services particuliers. Ces adiudications faciles, on les faisait tout simplement agréer par le bureau des colonies et le tour était joué. Cependant ces appropriations personnelles du domaine publie furent tant et si souvent renouvelées qu'elles provoquèrent unexamen. Les registres officiels font foi des dispositions avides de ces inqua-
lifiables vampires.
Autant avaient-ils mis d’empressement à s'assurer de grandes étendues de terre du.
domaine, autant montrèrent-ils d’ardeur à en. justifier la possession lorsque la lumière fut
portée sur ces transactions. On voulut
légitimer les accaparements, parce que certains gouverneurs avaient jugé à propos de s’y intéresser eux-mêmes et leurs familles, après en avoir doté leurs favoris, leurs protégés et
autres à leurs yeux également méritants.
Dans les séances du Conseil Exécutif, où ces actes furent examinés, tous les amis du.
pouvoir, intéressés à pallier le véritable état des choses, voulurent atténuer l'effet de ces morcellements du domaine public et justifier les octrois que des fonctionnaires s'étaient faits; mais la grande voix du juge objecta à leurs procédés. Malgré les clameurs du parti, Yhonorable magistrat démontra ce qu'il y avait de grave À tromper le souverain après avoir
voulu tromper ses sujets trop confiants. Ses
observations furent mal accueillies. Les délibérations à ce sujet furent arrêtées ; mais
aussi le système ne fut plus mis en pratique.
M. Mabane fut persécuté pour s'être prononcé avec indépendance sur la conduite de la gente officielle. Le gouverneur déclara finalement qu’il ne siégerait plus au conseil tant qüe M. Mabane en ferait partie. Bien plus, rapporte Du Calvet, cette déclaration fut annoncée publiquément ; une pancarte injurieuse au juge fut luëé et relue par les carrefours et les places publiques, au bruit du tambour. Et le juge, quoique contristé, ne se roidit pas contre les allures de l'autorité” IF se tint à l'écart, laissa passer l'orage, et se
borna à justifier sa conduite lorsque ses amis
Le juge À. Mabane Z21I
lui firent des observations sur les humiliations et les vexations inouies dont sa conduite avait
été l’objet.
Le juge eut encore une autre occasion de signaler son zèle pour la cause du pays. On sait que le gouvernement, à la réquisition de plusieurs possesseurs de terres publiques, — non pas des seigneurs canadiens,—-a proposé d'abandonner entièrement le système de la tenure des terres, de remplacer le système de roture appelé de franc-alleu, par celui de franc
el commun soccage, et qu’alors les seigneurs et
les propriétaires d2 terres firent leurs représentations au gouvernement. On objecta que ce dernier système mettrait le trouble dans l'administration des propriétés et dans les arrangements concertés dans les familles. M.
Mabane ajoutait que les droits de la couronne. . les revenus assurés au gouvernement par l’acte de la 14e année de Georges III, se trouveraient compromis. Cet homme judicieux énuméra d’autres conséquences qui s'opposaient à pareille législation et qui ne pouvaient que déplaire à une population pacifique et honnête, mais nécessairement méfiante. Enfin, ses raisons contre l’adoption du projet de loi prévalurent dans le sens des Canadiens ; et il en résulta que M. Mabane fut de nouveau persé-
cuté, avec plus d'acharnement, et que finale-
ment on attribua les humiliations dont il fut l'ojet à son empressement à servir avec trop de persévérance la cause populaire. Ce qui laisse voir que, dans tous les temps, il y a eu des oppresseurs et des contempteurs des lois, comme aussi des hommes vindicatifs, toujours prêts à abreuver de traitements injustes ceux
qui se rangent du côté des opprimés.
M. Mabane souffrit beaucoup d’être dépossédé de sa charge et d’avoir été ciiminé sans avoir été entendu. Cette circonstance affligea ce brave cœur plus que toutes les épreuves qu’il eut à souffrir dans sa vie. Il se voyait trop âgé pour chercher refuge ailleurs et puiser de nouvelles forces dans des distractions d’une autre
nature. line lui restait que le calme soutien
z26 Le juge À. Mabane
d’une conviction élevée et ferme. Souvent il affirmait qu'il n'avait rien fait dont il eût à se repentir. Après ce triste événement, il devint, malgré lui, accablé sous le poids de ses pensées. Il avait toujours l'air triste et sombre. Sa tête baissée ne se relevait que quand des amis ou des voix connues lui adressaient la parole. Il se promenait distrait et pensif, cherchant dans le grand air de la plaine à la ville, un soula-
gement aux blessures profondes de son cœur.
Le juge était vicilll Les épreuves de la vie en passant sur son -front y avaient laissé des rides et des ombres. Il est cruel, en effet, de se vor accusé, méconnu, de ne pouvoir se justifier d’accusations portées dans le secret et
frappé d’un jugement qui vous condamne sans
Le juge À. Mabane 127 vous entendre. Cet homme d’honneur estimait que ce déni de justice était une tache à son nom et qu'il ne pourrait guère le supporter.
Le chagrin mina sa santé.
En effet, avoir été heureux, tomber dans la disgrâce et dans l’infortune, c’est tomber dans un abime insondable. Et ceux-là seuls qui éprouvent ces terribles revers savent quel est le prix du bonheur. La fortune jusques-là semblait l'avoir pris par la main ; mais elle l’abandonnait au faîte des honneurs et le délaissait froidement. Il lui semblait n'avoir plus que le dédain pour partage. Il comprenait que les préjugés devenaient d’autant plus vifs contre lui qu’il
avait été élevé opinément, caressé par les
128 Le juge A. Madane
honneurs, et favorisé comme s’il n’eut jamais
dû se préoccuper de l’avenir.
L'âge, les infirmités, l’adversité, le délaissement, tout lui arrivait donc à la fois. Santé, bonheur, protection lui faisaient défaut en même temps. Lui qui avait joui des avantages d’une bonne constitution et des postes les plus honorables, chargé d’infirmités, se voyait relégué à l'arrière-plan, éloigné des affaires, de la société, ostracisé, méconnu sans cause apparente. Quel revirement, quel changement d'opinion l'avait donc perdu si rapidement et d’une manière si cruelle et si étourdissante ? C’est quand la vieillesse approchait qu’il éprouvait une violence inouïe, douloureusse et mys-
térieuse. C'était angoisse sur angoisse, C'était
lorage continue. C'est être livré à l'ennemi, à l’égoisme, aux passions des autres. C’est l'explosion de toutes les misères à la fois.
I1 semble qu’une position si fatigante doit répandre le dégout sur toutes choses, sur les
affections, sur les jouissances, sur la vie même.
Il est étonnant, disait-on, dans le temps, en l’entendant parler des ennuis poignantes qu’il ressentait, des fatigues qui le minaïent et des peines qui brisaient son âme, qu’un homme
ainsi placé se pût survivre.
Cependant son appréciation logique des faits, ses mouvements, ses transports, tout dénotait un homme - convaincu de la complète
injustice des procédés qui l’atteignaient et
Z30 Le juge À. Mabane
dont il était victime, mais désireux de ne pas éclater, de ne faire aucun bruit, de tout dis-
simuler, de tout endurer dans le silence.
Des anciens, intimement liés avec lui, racontaient que, dans ses moments expansifs, M. Mabane se montrait fort disposé à pardonner au gouverneur, à oublier les torts de ses subalternes, à fermer les yeux sur les intrigues des envieux et des rivaux qui avaient comploté sa déchéance; mais que, dans le moment qui suivait, il déplorait sa position, et ne se pardonnait pas d’avoir été joué, trahi, abaissé, et même perdu. On voyait que son cœur n'était pas d'accord avec sa raison. Il était soucieux parce que les souvenirs qu'il
voulait écarter lui revenaient obstinément.
Le juge À. Mabane Z3I
Le chagrin mina sa santé, et il exprimait souvent à ses amis qu'il se sentait sur son déclin.
Avec quelques-uns de ses visiteurs, il paraissait froid et mal à l’aise d’abord, cependant il ne tardait pas à se remettre et à faire bonne contenance. D’autres le trouvaient sombre et pensif. Prenant un air de méfiance, il leur demandait de quoi il s'agissait, mais sitôt qu'il avait découvert, qu’il n’était nullement question de personnes ou de choses dont il s'était préoccupé, alors il revenait à ses manières, à son affabilité, à sa politesse ordinaire. Il causait, il avisait, il conseillait, il se
montrait amical, bienveillant et paternel.
Les projets de vengeance ne prenaient pas
grande place dans ses discours. Les révélations qu'’ii aurait pu faire, les retours Cont il eût pu user, traversaient bien rapidement son esprit ; mais ne faisaient guères diversion à son chagrin. A ces idées qui envahissaient naturellement l'esprit du vieillard durant les événements dont il avait été témoin, il s’en trouvait qui étaient de nature à l’assombrir encore. Toutes ces impressions qui, dans d’autres temps, n'auraient été que fugitives, jui devinrent des douleurs réelles lorsque la maladie l'atteignit. Il en parlait pour se distraire, pour se dédommager d’un silence.
prolongé.
Le site si beau, si romantique, qu'il occu-
pait, et qu’il contemplait autrefois avec délices
était déjà, depuis longtemps, sans prestige pour lui. Le silence, le repos, la solitude faisaient retomber sur son cœur les souvenirs de son enfance, de son pays natal ; et ces réminiscences à certains âges, et en certaines conditions, sont un tourment pour la pensée, M. Mabane avait perdu des espérances qu’il avait longtemps caressées et demeurait accablé des chagrins qui sont le lot de tant de
destinées.
Cependant, dans les derniers temps, on attribua généralement sa mort au froid qu'il prit durant une tempête de neige, en se rendant de sa demeure à la ville. C'était au commencement de décembre, 1791. L’in-
fortuné s'était aventuré seul, à pied, sur la
vaste plaine ; puis, ayant perdu son chemin, il marcha machinalement pendant longtemps, dans l'agitation, et exposé à la rigueur du froid qui était intense ce jour-là. Il fut
ramené chez lui, pâle, éperdu, épuisé et transi.
Bientô: on apprit que M. Mabane était
attaqu# d’une inflamation de poumons.
Les douleurs physiques venant se joindre
auxfsouffrances morales, la marche ascendante de ja malsdie ne laissa bientôt plus d’espoir de guérison. Lc malade le comprenait, malgré tous les ménagements possibles
qu’employait le médecin, et montra, dès les |
premiers jours, un fort pressentiment de la mort. Bien des souvenirs attristaient sa mémoire, au point qu'on eût dit que son sens | moral s’'abaissait. Il paraissait inconstant, brusque, et parfois irascible. Il avait des moments où, rêveur, il laissait voir qu'il subissait des ravages secrets. Sa figure avait, en quelques jours pérdu toute sa fraicheur ; son regard révélait une profonde tristesse qu'il semblait vouloir dissimuler. Son front devint bientôt couvert de rides profondes. Sa voix était faible et tremblante ; et son esprit cependant devint, quelque temps après, calme et paisible. Cette prostration de forces n’était qu’une agonie anticipée. Le patient disait que le mal lui était échu par la volonté de Dieu.
Le médecin qui l’assistait déclara, vers la fin
Ze juge À. Mabane 137
du mois, qu’ii se voyait sans ressources, et qu’il serait heureux, néanmoins, de pouvoir prolonger encore quelque temps cette précieuse existence. Les deux ou trois derniers jours, le malade parut n'avoir aucunement connaissance de sa situation ; mais dans la soirée du 2 janvier, il reprit l'usage de ses sens, eut l’air à considérer avec intérêt ceux qui étaient autour de lui, quoiqu'il ne pût parler à aucun. Un peu après minuit, il balbutia quelques paroles incohérentes et
s’éteignit.
M. Mabane mourut donc le 3 janvier 1792.
Le chagrin, les soucis avaient usé avant le temps sa complexion forte et vigoureuse. Il
avait alors environ cinquante-huit ans. Ses
traits étaient fiers et accentués. Il était droit et ferme sur ses bases. Ses yeux étaient calmes ; mais tout annonçait chez lui l’amertume et le découragement. Son front était largement découvert et ses cheveux encore abondants, avaient considérablement blanchis. La poudre dont il usait iargement, suivant la coutume du temps, se répandait sur ses épaules, et couvrait une notable partie de ses vêtements. C'était un homme grave, ayant naturellement Pair impassible ; mais, sur la fin de sa carrière, comme il a été dit plus haut, il paraissait morne et abattu. Il passait une heure ou deux seul, dans le silence le plus complet, sans que les allées et venues de ses commensaux le pussent distraire en au-
cune façon, tant il était absorbé par ses penées et par ses cruels souvenirs.
Le jize À. Mabane 139
Le juge Mabane a toujours soutenu les
droits de la <ouronne.
Il donnait au roi son appui, comme ses ancêtres avaient donné, autrefois, leur concours à la famille des Stuart:. Il servait généreusement la cause de son roi et croyait aussi devoir servir en cela celle de son pays ; aussi eût-il généralement les sympathies de ses nationaux, quoique le pays fut divise d'intérêts. Il eut des adversaires, mais, par sa courtoisie et ses manières affables et plus encore par sa droiture, il sut se maintenir au-dessus des
partis.
M. Mabane, comme la plupart des hoximes
de son temps, pensait qu'il valait mieux
I40 Le juge A. Mabanre
n'obéir qu’à un roi plutôt que de donner dans la république, en créant un gouvernement composé de plusieurs ministres. —“ Trop de chefs vous nuiraient, disait-il, avec le vieux Homère : qu'un seul ait la direction des
affaires ”.
Les fautes de l’administration de son temps ne lui furent peut-être pas toujours étrangères ; mais s’il en fut le complice, ce qui est incertain, il n’en fut pas l’instigateur. Nous le pouvons croire, puisque cet homme ardent, à passions fortes, était naturellement porté à
se déhier de lui-même et à s’observer partout.
Disons, en terminant cet essai, . que . M.
de juge Mabane se montra toujours exempt
Le juge À. Mabane I4I
d’ambition et nullement cupide. Malgré les situations qu’il a remplies, et il en a rempli de fort lucratives, il a toujours vécu pauvrement, se contentant toujours d’une honnête subsistance et ne donnant j: mais dans l’ostentation. Il n’a laissé, à sa mort, que ce qu’il
fallait pour payer ses dettes.
Pour avoir été en opposition de vues avec le gouverneur Carleton, M. Mabane ne fut pas pour cela méconnu par ses successeurs. Le général Haldimand l’employa souvent et le chargea de diverses missions officielles. Il se plaisait dans son intimité. Le général allemand, Geo. Riedesel, qui avait le commandement des troupes du Brunswick,
envoyées en Amérique au soutien du drapeau:
I42 Le juge À. Mabane
britannique dans la guerre de l'indépendance des Etats-Unis, était le commensal du docteur Mabane, lors qu’il pouvait venir prend’e quelque repos à Québec (1) ....
Le général Haldimand ailait, dans la soirée, faire la partie de cartes chez le juge Mabane, lorsque les affaires lui en laissaient le loisir et
que les douleurs qu’il ressentait habituelle-
ment lui faisaient trève.
Les discours de l’honorable Mabane repré-
(x) ‘‘ The english surgeon of staff, Mr. Mabane, has just finished a tour to the forts for the purpose of examining the health of the troops. He was great friend of both generals (Haldimand and Riedesel). Riedesel generally stayed at the doctor’'s house when in Quebec with his family ”, (Major Riedesel in the American Revolution.—Vol. II, p. 165).
sentaient partout, nous disait un ancien, l'autorité d’un homme de bon lieu, et élevé aux affaires. Il a été, en cette colonie, un bon citoyen, et l’on pourrait lui appliquer ces paroles que Montesquieu disait d’un autre grand citoyen : il a été bon, ami de la patrie en ce pays ; il l’eût été partout, parce qu’en tout autre pays où il eût vécu, 1l se fût conforme aux lois et aux prescriptions du gouvernement. Il faudra encore des années pour que justice soit rendue à sa mémoire. On ne lui allouera pas de suite les vertus qui font l’auréole et le prestige du grand homme, parce que ses dissentiments avec le gouverneur Carleton lui attirèrent des injures foit humiliantes, et ces châtiments partaient d’une main trop
élevée pour que l’on veuille décider entière-
ment en faveur de M. Mabane. Après que les passions ont exalté les jugements, dit Laurentie, il reste une timidité qui empêche
la justice.