Le Jugement d'Existence
Docteur en théologie Agrégé de la Faculté de théologie catholique de Paris Maître de conférences aux Facultés catholiques de Lille
ALIEN TUNER
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INTRODUCTION é
Le jugement d’existence : « Cela est », «les maçons que je vois par ma fenêtre construisent réellement une maison», « je pense, donc je suis » : pour le sens commun, c’est la question la plus simple, la plus claire, parce que ce n’est pas une question du tout. C’est l’évidence même, ce qui exclut toute question. Cependant cette question est de la philosophie : et à vrai dire, c’est presque toute la philosophie, la philosophie la plus technique, la plus subtile, avec ses théories les plus savantes. On est toujours porté à s'étonner et même à rire quand on constate que les certitudes de la pensée vulgaire les plus illuminées sont pour les philosophes les obscurités les plus ténébreuses. Peut-être en effet les philosophes inventent-ils souvent des systèmes bizarres pour la beauté de la chose. Mais n’oublions pas que la philosophie consiste précisément à prendre conscience par la réflexion des certitudes spontanées pour en découvrir les conditions, les exigences, les conséquences : les blocs de la pensée commune ne sont pas simples, ce sont des complexes, dont l’analyse doit découvrir et éprouver les éléments. Du moment que l’on pense, la pensée s'attaque au fait primordial de l'affirmation et de l’existence. Aucune philosophie ne se soustrait à ce problème premier. Les Métaphysiques du réaliste Aristote en sont pleines autant que les spéculations de l’hégélien Mac Taggart.
Sans remonter dans le passé au delà d’une centaine d’années, un coup d’œil sur l’histoire de la philosophie aperçoit partout le problème de l'affirmation des existences. Dans la Philosophie critique : se demander comment la science est possible revient à se demander comment les lois de la pensée font corps avec les phénomènes de manière à justifier les affirmations portant sur le réel. La logique hégélienne est l'essai d’une dialectique qui irait des formes pures de la pensée à l’affirmation pleine du concret. Un mouvement philosophique puissant, un peu trop négligé par la spéculation française contemporaine, l’Ontologisme, porte tout entier sur l'affirmation première qui serait à la fois objective et