ÉPILOGUE
— Quelle horreur I ajouta la baronne en mordant dans une pêche.
Elle se tourna vers Tilda ; elle lui demanda si elle retournait h Gènes.
— Oui I mais pas ce soir I
— Quant h nous, il faut nous dépêcher. Nous allons au théâtre.
On se leva de table. Le baron offrit des cigares h Jacob et h Henri Segel ; mais il avait hâte de quitter leur société. L'un lui paraissait compromettant, Tautre lui était odieux.
Gromof et le Tsigane causaient ensemble.
La baronne entraîna Tilda dans un coin sombre de la grotte pour lui poser cette question :
— Es-tu heureuse ?
— Au delà de toute expression. Je n*ai plus qu'une peine, c'est de voir notre pays dans une aussi malheureuse condition.
— Et Jacob ?
— C'est le meilleur des hommes, c'est mon idéal.
— Que dis-tu de cet affreux Henri. J'ai beau être courageuse, quand il me fixe, une sueur froide me coule sur le front. Il est capable de nous tuer toutes les deux.
— Non I II n'est pas susceptible d'un emportement si violent. Il faut beaucoup lui pardonner car il souffre beaucoup.
— Oh cela I non I Je le connais mieux que toi. Il se console aisément.
Le baron était impatient de partir et toussait pour faire revenir sa femme du fond de la grotte. Enfin les deux amies se séparèrent en se disant adieu. Labaronne salua Henri de loin avec une gravité digne.
La brillante étoile disparut dans les nuages de poussière de la grand'route. Jacob reconduisit Tilda dans une chambre de l'hôtel et redescendit dans la grotte.
Gromof et le Tsigane vinrent causer avec lui. Le russe
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voyait Tavenir sombre et lugubre. Jaoob était plutôt optimiste.
— L'homme, dit-il, ne doit jamais ^'abandonner au désespoir. S'ils*agit de son sort individuel c'est étroiteese d'esprit, faiblesse d'âme ; s'il s'agit dtt sort de l'humanité, c'est aveuglement ou erreur. Dans les annWes du monde, les événements sont soumis à un développement normal, intelligent, fatal qui n'^st pas arrêté par la bêtise et la malveillance des hommes. La loi de la destinée, quoique nous fassions, prévaudra, Patience I Et l'orage se dissipera.
— Nous autres, nous m vivrons pas asse* pour voir se lever le soleil.
— Nos enfants le verront en tout cas. Dans l'ei^îstence
collective de Fhumanité il y aune cohésion do fMts qui
n'eiiiste pas au même degré dans les e^ïistanaes indiYîduelles, Les individus ne sont que les pierres d'un vaste
édifice.
— Yous êtes un homme heureux à tous les points de vue, déclara Henri. Yous avez foi dans le but de )a vie, vous possédez la sérénité de l'Ame*., rien ne voua manque.
»- Et vous ? Ne pouvezrvpuB pas aequérir la inême
bonheur ?
— Non I J'ai pressé la vie comme un eitron.ïlne m'en reste que l'écorce. J'existe sans but; je ne crois h rien ; tout me semble insensé ou ridicule. La maladie du fsi^cle ! Vos rêves valent mieuit que la réalité,
— Ce ne sont pas des rêves ; pour moi c'est là- H réalité vivante, Votre réalisme n'est que eadavrei et pour riture. Vous retournez au pays, U y a beaucoup h faire, Sachez vouloir, désirer, oser, et votre pi^istenoe prpndra^ une nouvelle face,
— Eu attendant j'ai une autre ceuvre en perspective, Je m'attache aux pas de Muse, Partout je la pousuivrai Sans cesse elle aura sous les yeux maQgure n^oqueuse Je jouirai de cette vengeanoe h satiété, Chaque hommi