AVERTISSEMENT
C'est à la Salpêtrière, en suivant les leçons de M. le professeur Charcot, que nous est venue la première idée de cette étude.
Un jour se présenta à la clinique des maladies du Système Nerveux, un homme barbu, vêtu d'une étrange défroque. Sur un ton pitoyable et à grand renfort de gestes, il se mit à conter l'émouvante histoire de ses misères et de ses maladies. A l'entendre et à le voir, on l'aurait pris plutôt pour un mendiant en quête d'une aumône que pour un malade réclamant une consultation.
« Ce pauvre diable, fit remarquer M. Charcot, quand l'homme lut sorti, n'est pas un vulgaire besogneux, comme on pourrait croire ; c'est un malade, un vrai névropathe. Ses longues pérégrinations, toute la liste des maux qu'il nous a contés, relèvent de la neuropathologie.
^ « 11 est Israélite, et il est vagabond. Son extérieur etsou histoire évoquent en nous l'image bien connue du « Juif-Errant . Ce n'est pas le premier dans l'espèce qui ait attiré mon attention. 11
serait inléi-cssanl de recueillir les exemples de ce genre el de les comparer entre eux ».
Encouragé pnr les excellents conseils de notre éminent Matlre, nous avons recherché d'autres cas semblables, et no us avons eu la bonne fortune de voir se présenter à la Salpêtrière plusieurs malades analogues. Nous avons recueilli soigneusement leur histoire, ainsi quelles observations qui s'en rapprochent, et nous espérons avoir pu en faire ressortir les points principaux et les caractères communs.
En même temps que nous faisions cette étude neuropathologique, nous avons eu la curiosité de rechercher les origines delà légende du Juif-Errant et les portraits qu'on en a donnés. Nous avons jugé utile d'ajouter à notre travail une partie historique et iconographique qui n'est pas sans intérêt, croyons-nous, même au point de vue médical.
Les dessins que nous avons faits ne sont donc pas de simples documents artistiques. Depuis longtemps, en effet, M. Charcot a montré tout le parti qu'on peut tirer des recherches iconographiques en pathologie nerveuse. C'est dans cette voie magistralement inaugurée par lui que nous avons cherché à pénétrer à sa suite.
Nous sommes heureux de pouvoir faire parvenir ici à M. le professeur Charcot l'expression de notre profonde reconnaissance et de nos respectueux remerciements pour la bienveillante sympathie qu'il n'a cessé de nous prodiguer ; et c'est pour nous le plus précieux des témoignages que d'avoir obtenu sa haute approbation pour le présent travail (1).
(,) Nous devons aussi adresser nos plus vifs remorc.emonts a M. le D Pau nicher chef de laboratoire à la Salpêtrière, pour les excellen s consed. blveillants encouragements qu'il nous donne chaque jour, depu.s que nous avons entrepris de travailler sous sa direction.