‹ Le juif errant à la Salpêtrière [electronic resource]Chapitre 7 sur 10 · PL II · texte numérisé non relu

PL II

Phototype négatif A. Londe Photocollocraph ie Chûne et Longuet

SIEGMQND S.

}3attaille et i-C'^ éditeurs

ûl

Observation IY (1).

Signiuud S... hysléi-o-neuraslbéiiique, acckleuts nerveux provoqués par un coup de fondre.

Israélite. 49 ans, né d'un père allemand etd'une mère ^!^^';''^^^^^ .nternel est mort à 106 ans et s'est toujours très bien porte ainsi que a !;;'nd'mère. Ils ont eu 5 enfants : 3 garçons et 2 filles. L'une d'elle est morte en couche, pas de renseignements sur les autres.

L'aîné de ces S enfants, père du malade mourut a 88 ans,

Du oùté maternel, son grand'pcre était musicien, organiste. I na pas connu sa .a-and'mèrc. Ils ont en 3 enfants dontl'ainée, mère du malade, morte jeune, était très douce, calme et jamais malade. Des deux autres enfants, deux garçons, l'un était musicien, l'autre instituteur. ^

S. a eu deux frères et une sœur : L'aîné fut peintre : il n'a jamais ete malade le second est commerçant. La dernière, mourut de la poitrine.

Tous leurs enfants sont bieu portants et aucun n'a eu d'alfection nerveuse.

Si-inund S. est le quatrième enfant: Marié 2 fois, la première fois a une italienne grande musicienne qui est morte à 24 ans à la suite d'une hémoptysie et dont il a eu 4 enfants bien portants, et tous musiciens entres dans des conservatoires.

Sa seconde femme a actuellement 49 ans. Il n'eu a eu qu'un entant, musicien aussi.

Dès son enfance, il montra des dispositions spéciales pour la musique.

A 8 ans il apprit le violon, et à 15 ans, il jouait devant Liszt, Haus Bulow, Verdi qui lui prédirent un brillant avenir musical. Il entra au Conservatoire on il resta jusqu'à 20 ans.

Il apprit là les langues étrangères, le français l'anglais ; par sa mère,, il avait appris l'italien. Dès lors, il commença à voyager, allant donner des concerts en tous les points du monde. Il était très recherché comme premier violon solo.

Eu 1872, il vint à Paris où il parlait très couramment le français.

En 1882 il parcourut l'Amérique : Chicago, New-York etc., il comprenait et s'exprimait très corroctcmcnt en anglais.

Au mois (Vaotït 1882, de retour en Europe, il se trouvait à Bruxelles.

C'est là qu au cours d'une promenade qu'il faisait avec son collègue, Henri W... il fut surpris par un violent orage. Tout à coup en passant près d'un arbre de la rue Royale, il est violemment jeté par terre et perd connaissance pour ne revenir à lui ([ue 16 heures après l'accident dans son appartement où on l'avait lrnns|)()rté.

(1) Uuc partie de cette observation nous a été obligeainiueiit coiniiiuiiii|iiée par notre excellent ami M. le Df Georges Guiaon, ancien chef de diniiiuc à la SaipêtriOrc. La seconde partie (1893) nous est personnelle.

Il n'a conservé aucun souvenir de ce que s'est passé. Il sait, mais seulement l)ar ce que lui ;i raconir W..., (|uc la foudre est tombée sur l'arhrc près duquel il se trouvait, que cet arbre a été brisé, et que lui, est tombé sans connaissance.

Ses vêtements ont été décbirés par les personnes qui sont venues lui porter secours ; mais il n'est pas sûr qu'Usaient été brûlés; par contre ses clieveuxdu côté gaucbe L'ont été. — Quant à sa barbe qu'il portait longue à cette époque, il ne peut rien dire.

Des parcelles de bois qui avaient pénétré sur le dos de sa main gaucbe ont été retirées alors : on voit encore les cicatrices.

Mais, fait plus grave, à son réveil il s'est trouvé paralysé de tout le côté gaucbe. Les membres supérieur et inférieur raidis, contracturés, et couverts d'eccbymoses multiples. La face a dû participer à la paralysie, car il avait, dit-il, beaucoup de difficulté à parler, sa langue étant comme empâtée.

La sensibilité n'a pas été examinée.

24 beures après cet accident, son impressario le fait partir pour Vienne dans un compartiment spécial.

C'est pendant ce voyage qu'apparurent les premières attaques, sur lesquels il ne peut d'ailleurs donner aucun renseignement. — La première eut lieu à Cologne, la seconde à Salzburg, on lui a dit qu'elles duraient de 2 à 3 beures.

A Vienne, il est resté coucbé près de deux ans ; il était soigné par le D"" Lœricb (doucbes, frictions, électricité) sans qu'il en retirât un grand bénéfice.

Pendant ce séjour, les attaques se renouvelaient fréquemment, mais d'une façon irrégulière : parfois plusieurs dans une journée ; d'autres fois quelques jours se passaient sans attaques.

Elles survenaient sans que le malade puisse affirmer si elles étaient précédées ou non d'aura. Leur caractère rappelle celui de l'attaque d'bystéro-épilepsie type : arc de cercle, grands mouvements, attitudes passionnelles, etc. — C'est ainsi du moins qu'on les a décrites.

Pendant cette période l'appétit reste normal. Urines normales. — Insomnies sans caucbemars.

Le caractère de S. cbangea complètement dès ce moment. Il devint colère, emporté, ne supportant pas la contradiction. — Il fut même brutal avec sa femme et ses enfants employant dans ses emportements des mots grossiers qui ne lui étaient pas babituels. A la suite de ces colères, il tombait en attaque, et celle-ci terminée, il pleurait abondamment.

Sa mémoire fut aussi considérablement touchée, surtout pour les faits rapprocbés. Il gardait encore nettement le souvenir de principaux événements de son enfance et de toute sa vie jusqu'à son voyage à Bruxelles. Il se rappelle bien la promenade dans le jardin public ; mais non l'orage et son accident, dont il a connu les détails par son impressario.

Il perdit aussi la mémoire des langues étrangères qu'il avait apprises. Un de ses amis d'Améri(iue étant venu le voir six mois après son accident fut tout surpris de voir ([ue S... ne comprenait plus un mot d'anglais, alors qu'auparavant il l'entendait et le parlait fort couramment. Il en fut de même pour le français, et aussi pour l'Italien qu'il avait cependant appris de sa mère, laquelle parlait habituellement cette langue aussi souvent que l'allemand.

La mémoire musicale était presque entièrement abolie. Lui qui composait autrefois des airs et qui jouait de mémoire avec une grande facilité, il devint incapable de se rappeler un seul motif entendu. Mais il continuait là lire la musi({ue couramment.

Eu 1883, il alla consulter le professeur Bmedicld ({ui l'examina soigneusement et fit même une leçon sur lui, portant le diagnostic de paralysie par fulguration. Pendant 8 mois, il suivit un traitement par les douches, la galvanisation et la gymnastique suédoise. Ses atta([ues en furent diminuées. C'est depuis cette époque qu'il commença à ressentir l'aura classique : douleur au niveau du vertex, vertiges, bourdonnements d'oreilles, battements dans les tempes, constriction h la gorge. Mais l'amélioration des symptômes paralytiques fut très lente. Il pouvait cependant marcher avec des béquilles.

Il se rendit alors à Tœplilz oi\\\ fut pris ào coliques /iép«%«t'.y pour lesquelles on lui conseilla d'aller prendre les eaux à Carlsbad. Là le D'' Schnee porta le diagnostic d'epiYcjJsie et lui fit des applications de pointes de feu sur l'épaule et le côté gauche du dos : on voit encore les cicatrices.

A la deuxième séance, le malade fut subitement guéri de sa paralysie : il put se lever et marcher. La sensibilité, très obtuse auparavant, était revenue. L'ouïe très affaiblie depuis 1882, redevint bonne. Les attaques cesseront tout à fait.

Seuls, les maux de tèle, la plaque sacrée, le gonflement de l'estomac, les bouifées de chaleur après les repas, dont il se plaignait depuis longtemps, persistèrent sans amélioration notable.

Presque complètement rétabli, il reprit peu à peu son métier de violoniste; mais la mémoire ne lui revint guère, pas plus pour les faits (|ue pour les langues et pour la nuisique. Il ue pouvait jouer (|u'avec la musique sous les yeux. Aussi dut-il renoncer aux concerts et donner des leçons de violon.

Cela dura jusqu'en 1889.

Le i'i août 1889, on crie « au feu » dans sa maison. S... voit l'incendie, pousse un cri, et tombe en attaque.

Au bout d'un quart d'heure il se réveille : il était de nouveau paralysé du cote gauche, mais moins fortement que la première fois. Le membre supérieur était surtout atteint. Il y avait une raideur assez prononcée.

Les attaques se reproduisent alors, mais moins fréquentes et moins longues ^'" '^"ScE^'^' ^"^^ surviennent généralement à la suite d'une émotion, d'une

conlrarit-Ué, etdureut de 6 à 12 ininutos. Elles soiil, Loiijours précédées d'aura.

La dernière attaque, il y a 12 jours, a duré 6 niiuulos.

Mais la mémoire s'alVaiblil do plus eu plus. Les insointiies sont rré([ueiites.

S... se remit alors eu quête d'uu traitement pour s;i mal;idi(î.

A la fin (l'août 1889, il consulta à Vienne le .1)'' Bec/c t[u\ lui donua un certificat constatant ([u'il (Uuit atteint d'nttaques d'épilepsie, et lui permettant de suivre un ti'aitenient d'électrotliérapie gratuit.

En novembre 1889, il alla à Bruxelles consulter le; \y'Viemo))t qui lui délivra un nouveau certilicat: paralysie et attaques d'épilepsie survenues i'i la suite d'un coup de foudre.

Il se présenta à la Salpêtrière en février 1890.

Examiné le 4 mars, ou constatait les symptômes suivants :

Le bras gauche tombe verticalement le long du corps, la main est aplatie, les doigts demi-llécliis, le pouce fléchi dans l'intérieur de la main.

L'épaule du même côté élevée, conservant continuellement une attitude de défense, à cause de la douleur. Cette douleur excitait déjà lors de la première paralysie.

Les membres paralysés sont contracturés, surtout le supérieur qui présente une sorte de raideur élastique.

Les mouvements passifs sont difficiles à cause de la douleur et de la raideur. Les mouvements actifs ne dépassent [las l'angle droit dans la flexion et l'horizontale dans l'élévation.

La résistance aux raouvcnieuts est presque nulle, et douloureuse pour le coude, l'épaule, le poignet.

La jambe gauche est traînante. Les mouvements du genou douloureux et limités.

A droite la résistance et les mouvements sont bien conservés. Pas d'atrophie musculaire appréciable.

Examen dynamométrique : Le 5 mars, main gauche : 6 ; le 7 mai : 14 ; main droite : 23, 43.

Examen électrique (par M. le D'' Yigonroux). Réactions électriques normales. Les mouvements sont seulement limités par la raideur des muscles antagonistes.

Réflexes un peu exagérés à droite.

Points hystérogènes ; 1° Au-dessous du sein gauche ; 2° Les deux testicules très douloureux, le gauche surtout, la peau aussi bien que le testicule lui-même. 30 Point pseudo-ovarieu à gauche.

Semihilité. — Profonde, aiïaihlie dans tout le côté gauche à la douJeur, abolie au membre supérieur. Anesthésie en manche de veste. (Fig. 10).

Au loucher, abolie sur le bras gauche, — im froid, presque abolie sur le bras gauche, diniinuée dans tout le côté gauche.

Odorat, — pres(iue normal. Goût, — aboli à gauche, très faiJ)le à droite. Ouïe, — abolie à gauche, très faible à droite.

L'examen a été lait par M. le D'' Gellé ([ui a fonmilé les conclusions suivantes : L'oreille gauche, totalement sourde, olVre une caisse du tympau normale, et un appareil d'accommodation normal — donc surdité nerveuse.

Le 7 mai 90, l'examen delà sensibilité permet de constater la dissociation syriugomyélique sur le bras gauche. — Le tact est bien conservé (pinceau), — la douleur n'est pas perçue, — le froid et le chaud sentis comme un contact.

Fig. 10.

Examen des ijeiix. — Pas de lésions du fond de l'œil ; les pupilles réagissent, quoique faiblement. — Un peu d'achromatopsie pour le bleu et le vert. — Micromégalopsie, à gauche — pas de diplopie monoculaire. Le champ visuel examiné le 26 février 1890 montre un rétrécissement concentrique à lO» des 2 côtés le 5 mars à 40°, le 7 mai à 70^ (Fig. 11 et Fig. 12).

Au commencement du mois de mai 1893, S. a reparu à la Salpètrièrc, où nous avons pu continuer son observation.

En (fuitlant l'hôpital vers la fin de l'année 1890, porteur d'une reconuuandation de M. Charcot, il s'est rendu cà Vienne, dans le service de M. le P'' Benedickt où il est resté tout l'été suivant régulièrement un traitement par les douches et l'électricité.

Son état, déjà notablement amélioré après son séjour à Paris, continua à devenir meilleur. — Les attaques s'espaçaient, devenaient de plus en plus frustes, durant doux à trois minutes à peine. Les mouvements des membres paralysés,

Fig. 11.

quoique pénibles et difficiles encore, se faisaient sensiblement mieux. Les douleurs de tête et la rachialgie persistèrent seules sans amélioration. Il resta tout

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