EDITEURS
habits étrangement disparates, té ignaient de leur origine cosmopolite : une
longue houppelande tachée dégraisse et frangée au bas, couvrant un gilet attaché avec des ficelles et une chemise russe noire de crasse.
Ses souliers informes accusaient les longues pérégrinations qu'ils avaient dû faire.
Dans une poche, il serrait précieusement une bouteille de verre blanc à moitié pleine d'un liquide trouble d'odeur alcoolique : « C'est un cordial, nous ditil, pour me remonter quand je me sens trop faible ».
Fig. 0. — Goltlieb M.
L'ensemble de la physionomie exprime la souffrance et l'inquiétude. Et quand il parle, sa voix sourde est plaintive, pitoyable. La tête est longue, étroite aux cheveux coupés ras. Le front couvert, anguleux, cerclé de rides très profondes. Les sourcils touffus et rapprochés dans un pli douloureux. Les yeux petits,
tristes et malpropres. Le nez court, aplati. La bouche lai'ge et les lèvres épaisses sous une moustache inculte. Le sillon uaso-labial très accentué se perd en bas dans les joues amaigries d'où part une longue barbe d'un gris sale couvrant le haut de la poitrine.
Tout en lui, on le voit, donne l'impression d'une cruelle misère et d'une longue souffrance. Il ne tarit pas en histoires interminables sur ses douleurs et les traitements qu'il a subis, s'attardant aux plus menus détails, et analysant toutes ses sensations avec une profusion de gestes qui facilite heureusement l'intelligence de son mauvais allemand.
Il soutire de la tète, depuis longtemps, surtout en arrière, dans la nuque et dans le cou.
Il accuse aussi des douleurs dans le dos et se plaint de points de côté très pénibles, sans qu'il ait jamais eu cependant de maladies de poitrine.
Il souffre aussi dans les membres, partout, dans les jointures, dans les masses musculaires ; et ses douleurs qui ne cessent jamais passent du bras à la jambe, de la main au pied, pour reparaître à l'ancienne place et recommencer de nouveau, sans trêve aucune. Il accompagne la description de ces douleurs erratiques d'une mimique des mains très mouvementée et sa ligure prend une expression lamentable de désespoir.
Pas de paralysies, pas d'anesthésies. Il voit assez bien, dit-il ; mais sa vue se fatigue vite.
Il mange mal, n'a pas d'appétit et se plaint de ses digestions. Il dort mal également.
Quand on l'interroge sur les traitements qu'il a suivis, il semble qu'il énumère en répondant tous les chapitres de la thérapeutique. Il paraît avoir expérimenté la médication révulsive sous toutes ses formes : sinapismes, vésicatoires, pointes de feu, etc. Les douches ne lui font aucun bien. L'électricité l'a soulagé quelque temps : et c'est à elle qu'il attribue l'amélioration éprouvée en Angleterre.
Gomme on lui a vanté les méthodes de traitement de la Salpètrière, il désire en essayer. Mais quand on lui énumère les moyens thérapeutiques employés, il hoche la tête d'un air sceptique, et esquisse un sourire : « J'ai fait tout cela, dit-il ; ce n'est pas ce qu'il me faut ».
Il s'est laissé examiner et photographier avec une docilité parfaite, se lançant aussitôt qu'on le lui permettait dans la description de ses maux. Puis il est parti promettant de revenir. On ne l'a jamais revu.
Phototype négatif A. Londe
Photocollographie Chêne et Longuet