LE TAL\ 1) EMIGRATION
Unis l4Juifs de la Bulgarie, delà Serbie et du Monténégro réunis. Les chilFres absolus de rémigration juive de ces pays ainsi que le taux de cette émigration sont, excepté pour la Roumanie, extrêmement réduits en eux-mêmes aussi bien que comparativement à l'émigration de la population environnante.
Résumant ce qui vient d'être dit du taux de l'émigration juive, nous arrivons aux constatations suivantes : 1" Le taux d émigration des Juifs ii atteint une Jiauteur tout à fait anormale quen Russie ; 2" // est encore assez élevé en Autriche, mais, dans ce pays, il est de 45 OfO plus bas quen Russie et ne présente rien de vraiment exceptionnel; 3° En Hongrie et dans les pays Bal' kaniques, la Roumanie exceptée, le taux d'émigration des Juifs est sensiOlenienl inférieur à celui de la population environnante ; 4° A l'heure actuelle le taux d'émigration croit pour les Juifs, même en Russie, moins rapidement que pour la. population environnante.
gers, même s'ils liabiteiit le pays depuis des f,'éiiérations et s'ils n'ont aucune autre nationalité) et la polili(jue franchement antisémite des gouvernements roumains onl provocjué, comme en Russie, une émigration des Juifs relativement énorme (toute la population juive du pays ne compte que 267.000 habitants). Voyez les chiffres absolus de l'émigration transocéanienne des Juifs roumains (tableau I).
CIIAIMTHE IV
LES RETOURS AU PAYS NATAL ET I-i: TAIX D EMIGRATION DÉFINITIVE
Il y a pourtant éuiicçratioii et émigration. Une des premières et principales distinctions à faire entre les ditlérentes migrations consiste à savoir s'il va une émigration définitive du pays natal ou seulement émigration temporaire. Pour le [)ays d'émigration, aussi bien que pour le pays d'immigration, celte distinction a naturellement une importance de tout premier ordre. Les chiiïres (le l émigration juive, ainsi que les comparaisons que nous venons d'établir entre ces chitîres et ceux du mouvement migratoire d'autres peuples, ne nous donneront une idée juste de la réalité que si nous inti'oduisons dans notre analyse un élément nouveau, à savoir : le nombre des émigrants qui, chez les Juifs et chez les autres peuples européens, retournent au pays natal.
Or, dans les Rapports annuels de l'immigration aux Etats-Unis, nous ne trouvons de données exactes et détaillées s,\]iv\' émigration des Etats-Unis qu'à partir de 1908 seulement. L'année 1908, année de crise pour l'Amérique, est marquée par une émigration générale des Etats-Unis tout particulièrement forte ; étant donné que le nombre
LES F'.ETOIHS AL' PAVS .\ATAL b /
d'immigranls avait, alors, considérableiiienl diminué, par suite de la même crise, le rapport du nombre des étrangers qui ont émigré des Etats-Unis à celui qui y ont immigré îni dXovi d'une hauteur tout à fait exceptionnelle (39o.073 étrangers émigrés, pour782. 870 immigrés, soit oO 0/0). En 1909, par suite de la baisse sensible de rémigration des Etals-Unis, ce rapport, ou taux des retours, retombe à 30 0/0 (223.802 étrangers émigrés, sur 731.786 immigrés;. L'année 1910, caractérisée par une reprise des atîaires, présente une énorme hausse de l'immigration et une nouvelle baisse de l'émigiation, ce qui ramène le taux des retours à un ciiillre tout à fait réduit (202.43G étrangers émigrés sur l.Oî 1.370 immigrés, soit 19 0 0). iMais si aucune de ces trois années ne peut m^usdonnt'r une idée du nombre et de la proportion des émigrants qui rentrent liabituellement dans leur pays natal, nous pouvons pourtant admettre, sans nous exposer à de graves erreurs, que la moyenne de la période 1908-1910 correspond bien, du moins dans ses grandes lignes, à la valeur normale du taux des retour>, et cela précisément parce que cette période comprend à la fois une année de grande hausse et une année de grande baisse de ce taux (1). Voyons
(1) Une autre réserve s'impose. Un certain nombre tl'émigrants, ayant fait fortune aux Etats-Unis, quiltent ce pays en voyageurs des deux premières classes et non on i-niiurants [nonemiijraiil aliens) ; le taux des retours est donc, en rt^alit.', ciie/. tous les peu[des, quelque peu supérieur à celui (lu'indiiiue le tal)Iean VJII. J'ai pourtant préféré laisser de côté ces émigrants passi'-s an rang des voyageurs, pour les raisons suivantes : d'abord, ils ne sont pas très nombreux ; ensuite, cela compliquerait le calcul, car du cliiiïre des nonemimant aliens il faudrait déduire celui des noniminitjima alifits et ajouter le reste aux eimijranl aliens ; puis, le cliiiïre obtenu de la sorte ne serait pas non plus d'une exactitude absolue et, enfin et surtout, le but de notre tableau VIII est avant tout eomparalif, el
5B LES DIMENSIONS HE L'ÉMICItATIO.N Jl IVE
donc dans quelle proportion les dmigranls des divers peuples européens ont quitté les lilats-Unis, après y avoir immigré, durant les trois années 1908- lîHO (tahleau pag,- 50).
I^a proportion des émigrants qui reviennent des Eiats- L'nis est, pour les Juifs, tout à fait niininio. Le taux des retours atteint pour eux à peine le 8 0/0 ; 92 0/0 restent aux Etafs-Vnis.
L'émigration temporaire joue donc un rôle presque négligeable dans le mouvement migratoire des Juifs, qui émigrent presque tous d'une façon défitiitive. A cet égard, le peuple israélite se trouve, après les Irlandais, à la tête des nations. Et encore faul-il tenir compte du fait que les Irlandais peuvent plus facilement que les Juifs s'acclimater dans la grande république transatlantique, parce qu'ils parlent anglais.
Le caractère éminemment délinilif de l'émigration, voilà un premier trait essentiel qui distingue le mouvement migratoire des Juifs de celui des autres peuples de l'Est et du Sud européen (Magyars, Italiens, Slovaques, Croates, Russes, Polonais, Roumains, etc.), dont l'émigration est, en très grande partie, temporaire.
Quant aux peuples au milieu desquels se trouve concentrée la plus grande [lartie de la population Israélite de l'Europe, la différence entre l'émigration juive et la leur est beaucoup moins sensible si l'on envisage les Ruthènes et les Lithuaniens dont l'émigration prend aussi, à l'heure actuelle, un caractère nettement « définitif » (pour des raisons sur lesquelles je ne puis m'arrêter ici). Cette différence paraît, par contre, très accentuée
une petite réduction du taux des retours cliez tous lea peuples de notre tableau ne peut pas modifier sensiblement les résultats de la comparaison de ces peuples entre eux.
LES HETOLUS AU P.AVS .N.AT.AL
Tableau VIII
Immigration et émigration des Etats-Unis
par groupes ethnographiques
{Total des trois années 1908-1910)
Peuples
-Nombre de
s émiaranis
Départs p. 100
Arrivés aux
Kepartis des
arrivées
Etals
Unis
Irlandais
Juils
Ecossais
Hollandais et Flamands ....
Tchèques et Moraves
Anglais et Gallois
Rulhènes
Lithuaniens
Portuguais
Scandinaves
Finlandais. . . , . .
Français
Allemands
fîi-ecs . .
Miilgarea et Serbes i
Roumains
l'olniais
Ivsfiagiiols
Russes
{>roales et Slovènes
Italiens du Sud
Slovariues
Italiens du .Nnrd ......
Magyars
M) 1.0 f,'ioijp(; (les « llulgarcb et S(>i!)os » cninproiul éf^alement U's Moiilf'iif^giins ainsi (jue les Daliiialos, lis Itosniens ot les
(10 i-ES i»iMi;.\si().NS iti; i.'i:.\ii(iUArio\ ji ivi:
(juaiid ou coiin>aie l'éiiiiyraliuii des .Jiiilb a\ec celle des Polonais, l'éléiuenl « lemporaii-e » étant environ quatre fois plus fort parmi les émigrants polonais que parmi les émi^ranis juils (30 0 0 chez les l'olonais et 8 0/0 clie/, les Juifs).
Si nous ne voulons [)as nous contenter d'envisager le mouvement migratoire en général, si nous voulons fixer notre attention spécialement sur l'émigration définitive — de beaucoup la plus importante, sinon la seule importante lorsqu'il s'agit de l'avenir d'un [)euple dans un pays donné, — nous devons apporter une sensible rectilication aux conclusions auxquelles nous sommes arrivé dans les deux chapitres précédents. Cette rectification, superflue peut-être par lapport à l'émigration des lluthènes et des Lithuaniens (resp. 88 et 8(> 0/0 de leurs émigrants étant des émigrants détinitifs), s'impose certainement si l'on compare l'émigration juive avec celle des Polonais qui, comme nous le voyons, ne comprend que 70 0/0 d'émigrants définitifs (contre 92 0/0 chez les Juifs).
Aussi, pour plus de clarté, ne sera-t-il pas inutile d'établir le taux des retours de l'émigTation polonaise et juive pour la Russie, d'une part, et, d'autre part, pour l'Autriche-Hongrie. Le tableau IX ( V. page t)I) nous permet de nous en rendre compte.
Si l'on envisage donc le taux des retours chez les émigrants de ces deux peuples, pour chaque pays séparément, l'écart est un peu moins accentué que si l'on se borne à comparer les taux de retours de ces mômes peuples indépendamment du pays de leur émigration. L'écart reste pourtant énorme : dans l'enipire des Tsars aussi bien que dans la monarchie des llabsboiirgs, le taux des retours est plus de S fois supérieur chez les émigrants polonais à ce qu'il est chez les émigrants juifs.