‹ Le Juif errant d'aujourd'huiChapitre 21 sur 76 · L ETAT DE FAMILLE DES KM1GRA>TS JLIFS · texte numérisé non relu

L ETAT DE FAMILLE DES KM1GRA>TS JLIFS

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80 LIîS lÎMlGKA.MS JllhS

leurs juifs se distingue fort peu de la moyenne des inintigrants aua- Etats-Unis.

Si nous comparons l'état de famille des adultes jeunes, chez les émigrunts juifs, non pas avec lu moyenne de l'immigration aux Etats-Unis, mais, comme nous l'avons fait jusqu'ici, avec l'état de famille de ce m^me groupe chez les autres peuples européens, nous constatons, en considérant surtout les émigrants masculins, que les Juifs occupent une place intermédiaire entre les émigrants des peuples du iVord-Ouest (qui ont un pourcentage de célibataires supérieur à la moyenne et un pourcentage de mariés sensiblement inférieur à celle-ci) et les émigrants du Sud-Est (qui ont généralement un pourcentage de célibataires relativement réduit et un pourcentage de mariés très élevé). Cependant, sous ce rapport aussi, les émigrants juifs se rapprochent plutôt des premiers que des seconds, bien que, par leur lieu de résidence, ils appartiennent à l'Est de l'Europe. C'est ainsi que, parmi les adultes jeunes de sexe masculin, la proportion des célibataires est égale à G7 0/0 chez les Hollandais, à (io 0/0 chez les Français, à 64 0/0 chez les Tchèques, à 153 0/0 chez les Anglais et à 62 0/0 chez 4es Allemands (contre 61 0 0 chez les Juifs), tandis que, chez les Polonais, elle n'est que de 53 0/0 et, chez les immigrants des autres peuples qui arrivent aux Etats- Unis des mêmes pays que les émigrants juifs, le pourcentage des célibataires ne comprend même pas la majorité des adultes jeunes de sexe masculin (à l'exception pourtant des Lithuaniens, qui occupent à cet égard une place à part) ; ainsi les célibataires ne représentent que 43 0/0 de ce groupe d'émigrants chez les Russes, 42 0/0 chez les Ruthènes, 28 0/0 chez les Magyars et, enfin, le 25 0/0 seulement chez les Roumains (1). (IJ La proportion des célibataires parmi les adultes jeunes est

l'état de famille des émkjrants juifs 8f

L'état de famille des émigrants dgés n'a, pour nous, que peu d'importance puisqu'ils ne forment que le 5 0/0 des immigrants. Il est toutefois curieux de noter que cette catégorie d'émiprrants juifs ressemble beaucoup, par son état de famille, à la même catégorie d'émigrants de l'Est de l'Europe. En elïet, chez les Juifs, le pourcentage des célibataires dans ce groupe d'émigrants est égal à 2 0 0 pour les hommes. Un tel pourcentage n'est pas seulement inférieur à celui observé chez les émigrants âgés des peuples du Nord-Ouest, tels que les Allemands (7 0 0^, les Français (8 0/0), les Anglais (9,0 0/0), les Ecossais (11,5 0/0), les Hollandais (12 0/0), ou les Scandinaves (liO 0), sans parler des Irlandais qui occupent, en général, une place toute particulière en ce qui concerne la proportion des célibataires parmi leurs émigrants, mais il est encore de beaucoup inférieur au pourcentage moyen (o 0 0) ; à cet égard, les émigrants juifs se rapprochent des Lithuaniens (î- 0/0), des Russes (3 0/0), des Polonais (2 0/0), des Magyars, des Houmaius et de?. Kutliènes(l 0/0). — Le pourcentage des célibataires parmi les femmes âgées est, eu l'.IIO, chez les éuiigrauts juifs, plus bas que chez les émigrants d'un quelconque des autres peu[)les européens (0 ,G 0/0), sauf chez les émigrants

plus élevée pour \a. population Israélite de l'I'-st de l'Kurope que pour l;i population clirétieuue, car les Israélites ne se inarioiit {jériéraleiiient pas aussi jeunes (pie les chrétiens. Ainsi, daprès le dernier l{a|)port du Comité Central de statistique de Saint- Pétersbourg (pour l'an l'.lOiJ), un tiers {'ô'i O/O) des hommes et la firande majorité des fenuues (r^yo/o) qui se sont mariés en Uussie d'IOurope (l.a î<1nlande et la Poloj^ne exceptées) en l'JOIi, n'avaiiMit pas atteint \'i\'^r «le 21 ans; che/, les Israélites, ce na fut le cas que pour un viiif^lièiue (5,7 ()/(») des hommes et pour un quart à peine (24 0/0) des femmes qui se marièrent en llussie celle m/ime année.

Ilersch G

82 LKS KMKMUNTS JUIFS

Bulgares et les Serbes (parmi lesquels on n'a pas enregistré, en 1910, de femme âgée célibataire) 'I).

Notons encore, enlin, en ce qui concerne l'état de famille des migrateurs, un trait caractéristique du mouvement migratoire juif. J'ai déjà signalé ailleurs (2) que

(1; Je ne m'arrête pas ti l'étude d'autres points que le lecteur pourra facilement dégager du dernier tableau. Ainsi, chez les Juifs, la proportion des veufs parmi les émigrants âgés de sexe masculin est relativement très élevée (13 0, Oj ; iesJuifs occupent à cet égard la première place après les Irlandais, qui sont en tête des émigrants du Nord-Ouest (ce pourcentage varie dans la même catégorie d'émigrants Hollandais, Français, Tchèques, Anglais, Ecossais, Scandinaves et Allemands, entre 13 et 8,5 0/0), et ils se distinguent fortement des émigrants du Sud-Est (Magyars, Lithuaniens, Russes, Polonais, Roumains, Ruthènes, etc.), chez qui le pourcentage des veufs parmi les émigrants âgés de sexe masculin varie de 5 à 1 0/0. On constatera aussi que, chez les Juifs, la proportion des veufs est de 3 à 4 fois plus élevée pour le sexe féminin que pour le sexe masculin, ce qui saute aux yeux surtout quand on considère les émigrants âgés (les veufs étant, en général, assez rares parmi les adultes jeunes). La grande proportion de l'élément veuf parmi les émigrants de sexe féminin est un phénomène universel, qui ne présente rien de spécialement caractéristique pour l'émigration juive; ainsi, dans l'immigration totale des Etats-Unis, la proportion des veuves parmi les femmes âgées est de 40,5 O/o contre 8 0/0 seulement chez les hommes, c'est-à-dire qu'elle est 5 fois plus forte chez les femmes que chez les hommes du même groupe d'âge. (Les raisons de ce phénomène sont exposées dans mon travail déjà mentionné, L'vnmigration féminine aux Etats-Unis, p. 28). On peut pourtantremarquer que cette prédominance est moins accentuée chez les émigrants du Nord-Ouest que chez ceux du Sud-Est et que les Juifs se trouvent, à cet égard encore, parmi lespremiers, entre les Hollandais, les Irlandais, les Français, les Anglais et les Ecossais d'une part, et les Tchèques, les Scandinaves et les Allemands de l'autre, loin des Russes, des Magyars, des Lithuaniens, des Roumains, des Polonais, des Ruthènes, etc., chez lesquels le pourcentage des veufs parmi les émigrants âgés de sexe féminin est de 9 à 58 fois plus fort que dans le même groupe d'émigrants de sexe masculin.

(2) Op. cit., pp. 26, 27.

l'état de FAMILLF-, des ÉMIGHANTS JLIFS 83

l'énorme émigration qui a lieu de nos jours est une des forces destructives de la famille contemporaine, car, en admettant même que toutes les femmes mariées qui émigrent accompagnent leurs maris ou aillent les rejoindre (ce qui parait elîectivement vrai pour la presque totalité des cas), une foule de femmes restent pourtant séparées de leurs époux puisque le nombre des éniigrants mariés de sexe masculin est de beaucoup supérieur à celui des émigrants de sexe féminin. J'ai montré ensuite que, même en tenant compte des rentrées au pays natal, il fallait évaluer à environ ioO.OOÛ le nombre des familles détruites en lUlO par suite de l'émigration aux Etats-L'nis. Dans quelle mesure l'émigration aux Etals- Unis est-elle désastreuse pour la famille juive? Et quelle place les Juifs occupent-ils, à cet égard, parmi les peuples €uro|)cons ? — IXaluiellement, avec les données très insuflisantes que nous possédons, nous ne pouvons même songer à donner une réponse exacte à ces questions. Il est tout au plus possible de se faire là-dessus une idée plus ou moins ap;)roximative, encalculunl la différence entre le nombre des bommes mariés et celui des femmes mariées parmi les immii^rants (les Etats-Unis, ainsi que le rapp(jrt du nombre des secondes à celui des premiers. Nous obtenons ainsi le tableau suivant ['. /;. 8i).

Naturiîllemcnl, la dillérence entre le nombre des hommes maiiés et celui îles femmes mariées (jui ont immigré aux l"Uals-l!nis n'indique pas encore le tbillri' des f.unillcs di'-triiilcs par siiili- <lc l'i-Mii^riiliiin, car, s.ins parler daulres réserves très im[)ort;inles, il faudrait au moins en déduin; b; nombre des bommes m.ii iés (jui ont quille celte même année les l^tiits-lnis pour rcifinr i\. leurs fo\('rs famili.iiix. I,a dillV'rcnce eiihc le noiiihredes immi^r,iiiU niarii'-s il'nu s(^\e et celui dclaulre M'xe montre doiir pluU'il la liuiitr Mi/irrimn- au-dessous de

l.r.S ICMICUANTS jriis

Tahlkau XV

Hommes et femmes mariés parmi les vnmijranls au,r Klats-Unis de diverb groupes ethnoijraphiques i 1910)

Peuples

Français ....

Juifs

Anglais et Gallois . ,

Irlandais

Hollandais et Flam.

Ecossais . . . . .

Allemands . . . .

Tchèques

Scandinaves . . . .

Portugais

liilhuaniens . . . .

Finlandais

Italiens du Nord . .

Magyars

Espagnols

Polonais

Italiens du Sud . . .

Slovaques

Busses

Croates et Slovènes .

Ruthènes

Roumains

Grecs

Bulirares et Serbes

Immigration totale

Mi»rnleui's mariés

l.cSS

Dill'erence

Femmes

sur 100 Homme?

laquelle doit être cherché le véritable nombre des familles anéanties par l'émigration. Il est impossible de connaître le nombre des hommes mariés qui sont repartis des Elats-Unis pour leur pays natal, car les Rap-^ ports annuels sur l'immigration aux Etals-Unis sont, malheureusement, encore muets en ce qui concerne.

LlîrAT UE lAMILLIi llES KMRir.V.MS JLll-S }{5

l'état de famille des partants ; de plus, pour ces émi^rants, les Rapports annuels ne contiennent même pas de classement combiné suivant le sexe et l'âge, de sorte que nous ne pouvons pas même dire exactement combien d'adultes de sexe masculin ont quitté les Etats-Unis. Mais, si du cliilîre reconnu comme limite supérieure {chiffre donné par la différence entre ie nombre des hommes mariés et celui des femmes mariées immigrés aux Etats-Unis) on déduisait le iofaldcs hommes repartis des Etats-Unis, comme étant tous des émigranls mariés qui reviennent au foyer familial, on serait évidemment beaucoup au-d(ssoiis delà réalité (1). Nous avons ainsi deux limites entre lesquelles doit être cherché, pour un peuple donné, le chilïre réel des familles détruites par l'émigration. Le nombre des familles juives anéanties par l'émigration aux Etats-Unis peut être approximativement évalué de la façon suivante :

Le nombre très approximatif des émigrants adultes àe sexe masculin qui ont quitté les Etats-Unis en l'.liO j)eut être établi en diminuant le nombre des hommes émigrés des Etats-Unis (i.222 de la moitié du nombre des « enfants » émigrés pendant la même année (387), car îes « enfants » qui émigrent se répartissent d'une façon sensiblement égale entre les deux sexes ; cela fait

(1) Lue telle déduclioii, sans autre rectilicalion, serait justifiée aux conditions suivantes : 1" si tous les lionunes partis des Etats-Lnis (donc nK>nie les enfants ?) iHaient niarii's ; 2* si les fenunes parties des l'^tals-lJnis étaient loulcs ct'libataire» ou veuves ; 3° si les tiommes mariés partis des Ktats-lJnis revenaient réellement tous à leur foyer; 'i" si toutes les femmes 'mariées immi;;rées allaient réellement rejoindre nu accompagner leurs maris. Or, les doux dernières siipposilions ne sont pas des certitudes, la seconde est tnut à l'ait invraisemlilalde, cl la premiéro est l'impossiliililé même. Le chiffre à déduire est donc, en réalité, [)lus pf'tit (pic celui des Immmi's |).u lis des Mtats-liiis.

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