D'autre part, chez les immigrants
juifs aux Etats-Unis, les mariés formaient, en 1910, 41 O./O des adultes de sexe masculin (jeunes et âgés réunis) ; mais il va de soi que la proportion des mariés doit être, parmi ceux qui reviennent des Etats-Unis au pays natal, sensiblement plus forte que parmi ceux qui s'en vont aux Etats-Unis; tout porte donc à croire que, chez les Juifs, la proportion des mariés parmi les hommes adultes qui quittent les Etats-Unis n'est pas inférieure à 50 0 0 en chiffres ronds, ce qui fait, pour l'année lUlO, 4.028x0,50, soit 2.014. On ne s'éloignera donc pas trop de la réalité en estimant le cliitlre des familles juives détruites en 1910 par l'émigration aux Etats-Unis au nombre de 2.896 (ditférence entre les chifîres des immigrants mariés des deux sexes, — voir notre tableau) moins 2.014 (chifîre approximatif des hommes mariés revenus en 1910 des Etats-Unis), ce qui fait un pou moins de 900 (882).
Pour une émigration aussi énorme que celle des Juifs, quelques centaines de familles détruites en un an c'est relativement peu. Comparativement au nombre des hommes mariés ayant quitté leurs familles par suite de leur émigration aux Etats-Unis (14.461), le chiffre de 882, c'està-dire le chiffre de ceux qui en demeurent séparés, ne constitue que 6 0/0 : les 040/0 qui restent paraissent restaurer leur ancienne vie familiale, soit en rentrant au pays natal, soit, et c'est ce qui arrive le plus fréquemment, en faisant venir leur famille aux Etats-Unis. Selon nos évaluations approximatives, sur 100 émigranls juifs, 6 sont perdus pour leur famille, li y reviennent (2.014 : 14.464) et 80 en font venir les membres auprès d'eux (11.568: 14.464).
Pour comparer, sous ce rapport, l'émigration juive avec celle des autres peuples européens, il faudrait
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efTecluer, pour chaque peuple en particulier, des calculs approximatifs, comme nous venons de le faire en ce qui concerne les Juifs. Mais comme les résultats ainsi obtenus ne seraient, en somme, que plus ou moins approchants, je renonce à toutes ces opérations mathématiques, basées sur des hypothèses assez difficiles à contrôler. De plus, ces opérations paraissent superflues, car le résultat général de celte comparaison effectuée entre l'émigration juive et celle des autres peuples afin de connaître la place que les Juifs occupent parmi les émigrants européens, ressort assez clairement de notre dernier tableau. Les Français ne pouvant entrer ici en ligne de compte (1), on constate que le pourcentage des émigranis mariés qui sont rejoints par les membres de leur famille n'est, citez aucun peuple, aussi élevé que chez les Juifs. Et sur ce point encore, les émigi'ants juifs se distinguent complètement des émigrants du Sud-Est de l'Europe, chez lesquels la famille paraît le plus souilrir du mouvement migratoire, et pai" contre, ils se trouvent beaucoup plup rapprochés des émigrants du \ord-(Juest.
Mais, même parmi ces derniers, il n'y a que les Anglais qui, à C(îl égard, soient presqu'au même niveau que les Juifs : tous les autres peuples européens restent,
(1) Sur 21.107 « Franrais » immi^Tf's en 1010, il y avait I'i.21'i (soit 07 O/Oi. Canadiens français. Pour les (hnix tiers des ('•migrants fraii(;ais, rininiij^'ration iiux Klats-I iiis n'a donc pas ('t/i une l'initiation transoct-anicnne, mais siinpleinont uno l'niigration continentale. — lin ce qui concerne la transformation de l'immigration française aux Ktats-I'nis (qui, de migration transocéanionne, devient njigration continentale, depuis i',»(i7 — voir le tal)leau XIII do mon travail V Emiiivatioii an jxiint df vue piofrssinnncl dans le « Uullolin trimestriel de rAssocialion internationale pour la lutte cnnlie le ciir.m.igo », Pm-is, iiiillet-sr|itembre 1'.H2, p. :i'i5.
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SOUS ce rapport, bien \u'\n derrière eux, de sorte qu'aucun calcul de détail ne peut modifier le caractère général de ce phénomène qui parait certain, à savoir que la famille juive est celle ([ui sou/fre le moins du moiiveuient migratoire (1).
(1) Mais, dira-t-on, le dernier tableau est fort peu probant, surtout eu ce qui concerne les peuples du Sud-tlst de l'Europe ; car si la proportion des femoies mariées allant en Amérique est, chez eux, réellement très restreinte, il ne faut pas oublier que réini;4ration de ces peuples est, dans une très forte mesure, une éinif,'ration temporaire (voyez plus haut, tableau VIll), c'est-àdire que la proportion de leurs émigrants qui retiennent diXi pays natal est très grande et que, parmi ces derniers, la part des hommes mariés doit être tout particulièrement élevée. Nous avons vu en elfet (tableau XIV) que, chez ces peuples duSud-Est, le pourcentage des hommes mariés est extrêmement fort, même parmi ceux qui vont aux Etats-Unis. Il serait donc erroné de juger des effets destructifs de l'émigration sur la famille, surtout chez les peuples du Sud-Est, simplement d'après le petit nombre des femmes qui rejoignent leur mari, puisque, chez ces peuples, c'est le plus souvent l'homme qui revient à sa femme. — Cette objection serait tout à fait'fondée si notre dernier tableau avait pour but d'indiquer le nombre des familles détruites en 1910 par suite de l'émigration pour chaque peuple en particulier, et si nous avions purement et simplement voulu identifier avec le nombre des familles détruites la différence qui existe entre le nombre des hommes mariés immigrés et celui des femmes mariées immigrées. Mais nous n'avons pas de telles prétentions; il s'agit pour nous uniquement d'une comparaison ayant pour but de dégager le caractère général du phénomène. Ce caractère général, tel qu'il se dégage de notre tableau, à savoir la constatation des effets relativement peu désastreux de l'émigration sur la famille juive surtout comparativement à ses effets chez les peuples du Sud- Est, reste vrai malgré cette objection. La différence entre l'émigration des Juifs et celle des peuples du Sud-Est de l'Europe est si grande à cet égard que, même en poussant l'optimisme, par rapport à ces peuples, jusqu'à l'absurde, on en viendra toujours à cette conclusion que l'émigration est beaucoup plus destructive pour la famille chez ces peuples que chez les Juifs. Supposons en effet que, chez ces peuples, tous les émigrants de sexe masculin (donc aussi les enfants au-dessous de 14 ans !) qui
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quittent les Etats-Unis soient des maris qui reviennent à leurs épouses, et réduisons d'autant le nombre des familles brisées; quels chiffres obtiendrons-nous alors ? Pour les Russes, nous constatons que 4.675 émigrants de sexe masculin ont quitté les Etats- Unis en 1910; en déduisant ce chiffre global du nombre de 6.807 indiqué dans notre dernier tableau, nous obtenons encore un excédent de 2.132 hommes mariés restés en Amérique et qui ne furent pas rejoints par leurs femmes, ce qui fait (2.132: 7.903) 27 individus perdus pour la famille sur tOO hommes mariés émigrés. Pour les Italiens du Sud, nous obtenons de cette façon 30 perdus pour la famille sur 100 hommes mariés émigrés. Pour les Lithuaniens (1.361 émigrants de sexe masculin ayant quitté les Etats-Unis), le taux devient ainsi de 330/0. Pour les Polonais (12.133 émigrants de sexe masculin ayant quitté les Etats-Unis en 1910J, nous arrivons à une proportion de 48 0/0. Pour les Roumains (1.625 émigrants de sexe masculin partis des Etats-Unis), cette proportion monte à 72 0/0; enfin, pour les Ruthénes {\.S15 émigrants de sexe masculin partis des Etats- Unis), la proportion des hommes mariés perdus pour leur famille atteint le chiffre de 76 0/0 émigrés, l/optiniisme le plus extrême à l'égard de ces peuples doit donc admettre le principal résultat de notre tableau, à savoir que l'émigration a, pour la famille, des effets beaucoup moins destructifs chez les Juifs que chez les peuples au milieu desquels ils habitent.
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