LE GROUPK DES PROFESSIONS DIVERSES
Des deux grandes catégories qui in)us restent à examiner, c'est évidemment le groupe des professions^ « qualitiées » qui est de beaucoup le plus important dans l'émigration juive, tant par son nombre (voire notr& tableau XX) que par sa valeur économique et sociale. Mais, précisément parce que les émigrants de cette catégorie forment l'élément fondamental de l'émigration juive, nous le laisserons de c(Mé pour le moment, atin de lui consacrer ensuite toute l'attention qu'il mérite, et nous passerons au troisième groupe d'émigrants actifs, ou groupe des professions « diverses » {M de notre tableau XX).
Mais c'est ici que nous nous heurtons à ce qu'il y a de plus défectueux dans la classification américaine. L& groupe des professions « diverses » comprend (voyez tableau XX) les quatre cinquièmes du total de l'immigration active des Etats-Unis. Cependant, lorsqu'on poursuit un but scientifique, lorsqu'on veut établir des comparaisons entre les émigrants de différents peuples ou entre l'émigration d'un même peuple-à des dates différentes, ce groupe ne peut être utilisé. Ce n'est pas, en effet, un groupe plus ou moins homogène au point de
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vue professionnel ; c'est plutôt un pèle-mèle. Comme nous l'avons vu, il réunit des professionsyse rapportant au commerce et à l'agriculture, sans que l'on puisse savoir ce quilyade commun entre elles. De plus, une partie des immigrants ayant des professions commerciales (employés de commerce et comptables' est détachée de ce groupe et jointe au groupe des professions qualifiées. Des domestiques, de simples manœuvres et d'autres se trouvent aussi rangés dans ce groupe de professions « diverses ». Puisque des comparaisons détaillées et systématiques ne peuvent être faites en ce qui concerne ce groupe d'émigrants'V nous nous bornerons à quelques remarques générales.
a) Les é migrants du groupe des « diverses » professions non qualifiées forment, chez les Juifs, un pourcentage beaucoup plus réduit que chez tous les autres peuples. Même parmi les Anglais et les Ecossais, les seuls peuples chez qui les « diverses » professions non qualifiées ne comprennent pas la majorité absolue des émigrants actifs, le pourcentage des émigrants pratiquant ces professions n'est pas si bas que chez les émigrants juifs (tableau "XX et diagramme 4).
I^a dilîérence est surtout énorme, sous ce rapport. entre les émigrants juifs et les émigrants des peuples au milieu desquels est concentrée la masse de la population isra<''lite ; ui\ voit, on cHct, (jue les .Juifs, dunti part, les Iloumains et b's |{ulhrnes de l'autre, occiipcnl exaetemenl h.'s deux extrémités de notre tableau XX et de nuire diagramme n" i. Chez les Polonais elles I^ilhuaniens, les émigrants class/'s dans la catégories dt;s c< diverses » profession-; non(|ii;ililii'es constituent \V.\ ou '.(i 0 0 des émigrants iiclifs: rhc/, les Houmaiiis et chez les Uulhènes, ils eti forment les ÎI7-Î(S (I (I, c'est-à-dire la pres(|U(! totalité ; chez h's Juifs^ 1rs n/ugi (iiils //u graupr drs « (hrrrses »
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professions iion-qiuilifièes )te comprennent que près d'un tiers (•J2 0/0) des éniifjronfs actifs.
b) Les principaux éléments dont se compose le groupe des professions « diverses » sont, chez les éniigrants juils, très différents de ceux observés chez d'autres peuples. C'est ce que montre aussi, dans une certaine mesure, la statistique américaine elle-même. En effet, quand on envisage de plus près le groupe des professions « diverses », on peut y discerner 3 espèces de professions : le commerce (surtout les rnerchanis and dealers et un petit nombre de fabricants, agents, banquiers et hôteliers), Tagriculture ifarm laborers et farmers) et les professions que nous appellerons indéterminées (simples manœuvres — laborers — et domestiques). Les deux premières subdivisions occupent, chez les émigrants juifs, une toute autre place que dans l'ensemble de l'immigration des Etats-Unis. On peut s'en rendre compte d'après les chiffres suivants :
Le nombre total des personnes des « diverses » professions non-qualifiées qui ont immigré aux Etats-Unis pendant les 12 années 1899-1010 est de 5.525.091 ; parmi ces émigrants, se sont occupés de commerce (sans compter les clerks a7id accou7itants , rangés parmi les migrateurs de professions « qualifiées ») — 156.511 personnes, soit à peine trois (2,8) 0/ 0; d'agriculture — 1.r>25.040 personnes, c'est-à-dire 32 0/0. Pour cette même période, le nombre des Jtiifsàes « diverses» professions non qualifiées qui ont immigré aux Etats-Unis a été de 180.989 ; ceux qui se sont occupés de commerce (excepté les clerks and accountants) ont été au nombre de 32.608, c'est-à-dire plus de dix-sept (l",-!) 0/0 ; ceux qui pratiquaient l'agriculture faisaient un total de 12.468 individus, soit un peu moins de sept (6.7) 0/0. Le pourcentage des marchands parmi les immigrants non qua~
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lifiés est ainsi, pour les Juifs, G fois plus élevé que pour le total de Cimmigration aux Etats-Unis^ tandis que le pourcentage de leurs agriculteurs est 5 fois plus bas que la moyenne.
Mais ce n'est pas tout. Dans le total de l'immigration des Etats-Unis, les occupations que nous avons appelées indéterminées, et notamment l'occupation des simples manœuvres (laborers), comprennent les deux tiers environ (plus de 65 0 0} des émigrants du groupe des professions « diverses » ou la majorité absolue (51 0 0) de tous les immigrants actifs des Etats-Unis. Chez les Juifs, les occupations incJéterminées comprennent un pourcentage plus élevé encore du groupe des professions « diverses » : plus dos trois quarts (7() 0,0) du groupe des professions « diverses » so composent, chez les Juifs, d'émigranlssans profession productive déterminée (c'està-dire surtout de manœuvres et aussi de domestiques) l).
En piésence de ce fait, on ne peut s'abstenir de se demander d'où vient, aussi bien chez les Juifs que chez les autres peuples, celte énorme émigration de personnes sans |)rofession déterminée et qui sont le plus souvent enregistrées comme simples « manœuvres ». Uà-dessus, la statistique de l'immigration reste muette.
Pourtant plusieurs phénomènes montrent dune faron presque certaine (2) que les laborers, dans la statisti(jn(! de l'immigration, stmt, généralemiMit, des
(1) l'ouitniit, le ^Toupt' des [nofessioiis • diverses » iM étant, chez les Juifs, relaliveiiienl beaucoup plus petit que dans l'ensemble de l'immigralion des Ktals-Uuis (32 0/U actifs chez les Juifs, contre 78 dans l'ensemble), les émiprants de professions indéterminées ne comprennent, chez les Juils, ijuiin quart (2'« 0,0) des immigiaiits actifs.
(2) Voir, entre autres, à ce sujet l'article cité, l.'i'iitKinilion <iu point lie lui' jiroffKSiniiurl, pp. .'('.! l-MlîCi et j)«s.si;/i.
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émigrants des campagnes n'ayant plus l'inlenlion de continuer à travailler la lei'ie et j)lutôt disposés à cherclior du travail dans un autre d(jniaint;. Ce sont d'anciens Irnvaillenrs agricoles qui cessent de l'être, ou bien des jeunes qui, dans d'autres conditions sociales^ le seraient devenus, mais que le régime économique actuel pousse vers les grands centres de l'industrie et du conmierce. En d'autres termes, les émigrants de la 3^ espèce d'occupations du groupe des « diverses » professions non-qualitîées, ne sont pas, en réalité, d'aulre provenance que les émigrants de la première espèce de ce même groupe : ce sont, généralement, des émigrés de Vagriculture. Et comme^ d'aulre part, l'élément commercial est généralement très faible parmi les émigrants de professions <( diverses » (à peine 3 0/0 de ce groupe dans l'ensemble de l'immigration aux Etats-Unis), on arrive à cette conclusion que, grosso modo, le groupe des professions « diverses » se compose généralement de ruraux.
Tel est le caractère général de ce groupe. Cela est vrai surtout pour les peuples peu industriels et peu commerciaux : leur prolétariat non-qualilîé se compose presqu'exclusivement de campagnards ou d'émigrés des campagnes. Par contre, la chose est moins vraie pour les peuples industriels et commerciaux, où le prolétariat urbain non qualifié est assez nombreux. En ce qui concerne les Juifs, il serait tout à fait erroné de vouloir assimiler cà des ruraux les « manœuvres » non qualifiés ; car, chez les Israélites, le prolétariat rural et agricole est, pour ainsi dire, nul. Les « manœuvres » juifs ne peuvent avoir et n'ont, en réalité, pas d'autre provenance que la seconde espèce du groupe des c< diverses » professions non qualifiées : ce sont des émigrés appartenant au commerce ; ces « actifs » sans profession déterminée ne sont pas, chez les Juifs, d'anciens agriculteurs obligés