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192 l.ES CAUSES DK. LKMKIHAÏIO.N .IIIVK
tiel. Car, si les Juifs étaient répartis d'une façon à peu près égale entre les dillérenles branches industrielles et tomnierciales, ce fait n'aurait probablement pas de con séquences très graves. Or, il n'en est j)as ainsi en réalite. Xous avons vu déjà que près de la moitié de la population industrielle juive de l'empire appartient à l'industrie du vêtement. Tel est également le cas, pour celte population, dans la « zone de résidence » : tandis que, pour le reste de la population de celte zone, un cinquième seulement (20 0/0) des actifs occupés dans l'industrie api)artenaient à l'industrie du vêtement, celle branche comprend pour les Juifs, presque la moitié {45, ."jO 0) des actifs de riiidustrie. La proportion des Juifs par rapport au reste de la population, proportion qui, pour l'industrie en général, est déjà bien élevée (40 : 100), devient particulièrement forte quand il s'agit de l'industrie du vêtement, où elle s'exprime alors par le chitîre de 106 : 160 ; en d'autres termes, le nombre absolu des personnes occupées dans l'inndustrie du vêtement est, chez les Juifs de la « zone de résidence », plus grand que chez tous les autres peuples réunis qui habitent cette zone. Le pourcentage des actifs qui revient à rindustj'ie du vêlement est, pour les Juifs, 8 fois plus grand que pour le reste de la population de la « zone » (16,5 0/0 contre 2 0/0).
Cette même disproportion dans la répartition des actifs entre les difTérentes branches professionnelles peut être observée dans les diverses professions comynerciales. Il est curieux de noter que, la population juive est surtout concentrée dans celles des branches commerciales qui se trouvent le plus étroitement en rapport avec la population rurale (donc non-juive^ : près de la moitié [45 0/0) des Juifs actifs pratiquant le commerce s'occupe du « commerce du bétail vivant^des grains et des
LA STnUCTLRE PROFESSIO>>ELt.E DE LA POPULATION JUIVE 193
autres produits agricoles », tandis que^ dans le reste de la population, qui a infiniment plus de points d'attache avec la campagne que les Juifs, un tiers seulement (34 0/0) des actifs du commerce appartient à cette branche commerciale. JMais nous avons vu que la proportion des actifs qui s'occupent du commerce en général est, pour les Juifs, près de 20 fois plus forte que pour le reste de la population ; dans le commerce des produits agricoles, cette ditTérence est encore plus écrasante : la proportion des Juifs actifs dans cette branche commerciale est environ 25 fois plus forte que pour le reste de la population (14 0/0 au lieu de 0,6 0/0). Le chiffre absolu des actifs dans le commerce du bétail, des grains et des autres produits agricoles est, pour les Juifs de la « zone »>, 3 ou 4 fois plus élevé que pour tous les autres habitants de celte zone réunis (168.490 : 57.48;) = 331 :iOO). La population juive de la « zone » qui vit de celte branche commerciale (donc actifs et passifs réunis) atteint les six septièmes d'un million (exactement 8o8.I)60) d'individus, soit 18 0/0 du total de la population juive de la « zone de résidence ».
On pourrait croire impossible qu'il existe une plus grande inégalité dans la répartition des professions. Et pourtant elle existe. 1'out ce que nous venons de voir représente la répartition moyenne des professions parmi la population (juive et autre) de la « zone de résidence ». Il faut alors admettre, même a jn-iuri, que, en certains endroits de celte zone, l'encombrement des professions indiquées est cncor»; plus fort. Jetons donc un coup d'œil rapide sur les principales région» dont so compose la « zone de résidence dos Juifs » en Hussie.
Nous diviserons toute cotte zone en (jualre régions, ainsi (jtie l'a fait iM. lîroutzUous dans sou oiivrge iléjà cité : 1° la région du Mord comprenant la Ijthnanir et la ilerscb lit
194 Li:s CAiSDS ut: i/knik-isatk» juve
Russie Blanche (soit les gouvernenieiils de Kovno, (Iroilno, Vilno, iMinsk, Vitebsk et Moliilev) ; 2" la région du Sud-Ouest, soit les gouvernements de Vo- Iliynie, Podolie, Kiev, Bessarabie et Klierson ; 3" la région du Sud-Est^ suit les gouvernements de Tchernigov, Poltava, lekaterinoslav et Tauride et 4° le Royaume de Pologne. Dans la première et la dernière de ces régions, les Juifs formaient, d'après le recensement de 1897, 14 0/0 de la population ; dans la région du Sud-Ouest, ils en composaient le 12 1/2 0/0 et, dans celle du Sud-Est, seulement le 4 1/2 0/0. La région du Nord est, depuis assez longtemps déjà, une région de forte émigration ; celle du Sud-Est est une région d'immigration beaucoup plus que d'émigration ; la région du Sud-Ouest et la Pologne ont à la fois une grande émigration et une forte immigration ; mais tandis que, dans le Sud-Ouest, l'émigration dépasse sensiblement l'immigration, dans la Pologne (notamment dans les gouvernements de Varsovie et de Piolrkow), il 3^ a peu de temps encore, l'immigration des Juifs dépassait leur émigration (1).
Le Sud-Ouest ressemble donc plutôt à la région du Nord^ région de grande émigration, tandis que la Pologne se rapproche du Sud Est, qui est une région d'immigration. Mais, alors que la Pologne attire surtout les émigrants juifs de la région voisine, c'est-à-dire de la région du Nord (Lithuanie et Russie Blanche), celle du
(1) Voir surtout à ce sujet les résultats de la grande enquête entreprise en 1898 et 1899 parla Jewish Colonization Association, résultats publiés dans deux grands volumes (en russe) sous le titre de « Sbornik materialow ob ekonomitcheskom pologenii yevreyev v Rossyi » {Recueil de données sur la situation économique des Juifs en Russie), Saint-Pétersbourg, 1904, vol. l,pp, 34-36. Par la suite, nous appellerons cet ouvrage, brièvement, Venquéte ICA.
LA STRUCTIUE PROrESSION.NELLF. Di: LA POPULATION .Il IVi: 195
Sud-Est voit sa population juive augmenter principalement grâce à l'immigration qui lui vient de la région voisine du Sud-Ouest.
Sans m'arrêter sur les migrations des Juifs à l'intérieur de la « zone de résidence » et sans analyser de près la stucture professionnelle de la population juive comparée à celle du reste de la population dans chacune de ces régions, je me bornerai à donner le résumé d'une telle comparaison (qui correspondrait à la dernière colonne de droite dans notre tableau XXXV). C'est ce que représente le tableau suivant :
Tableau XXX VI
Le nombre des Juifs par rapport à celui du reste de la population
active de la même catégorie professionnelle
dans les quatre régions de la « zone de résidence »
(Juifs sur lUO non-Juifs''
Catégories professioiineiles
Nonl
S.-Ouesl
Pologne
Suii-Esl
, , . i au total
Industrie { , -, .
( du vêtement . . . .
i au total
Commerce {,,,■,, , -,
{ bétail et prod. agricoles
IG
Nous pouvons constater que, dans toutes les régions do la « zone de résidence », le nombre dcs.luifs parmi les persoimes occupées dans l'industrie et dans le commerce est plusieurs fois supérieur à ce qu'il devrait rtro proporlionnellement à leur importance numériciue parmi ios habitants de ces régions. Mais c'est dans l'industrie du vêlement et dans le commerce des produits agricoles que leur nombre est tout [)arliculi(''remeiit disproportionné.
On remarque i)ourtant quo l'en*-(imlirom«'nt de ces professions n'est pas égal dans 1rs qualre régions et (juil
I!H> LKS CAl'SF.S ItE L KNIICUATION .ll'IVK
est beaucoup moins accentué dans la région du Sud-Est et en Poloi;^ne que dans le Nord ou le Sud-Ouest. Dans le Sud-Est le nombre absolu des Juifs actifs dans toutes ces professions est encore inférieur à celui du reste de la population active dans les mômes professions. En Pologne, le nombre des Juifs actifs pratiquant le commerce des produits agricoles est de plus de 3 fois supérieur à celui des babitants non-juifs travaillantdans cette brandie commerciale (333 : 100) ; pourtant, le nombre des Juifs pour 100 non-Juifs y est encore quelque peu inférieur à la moyenne de la « zone de résidence » (351 ; tableau XXX V)^ quoique le pourcentage de la population formé par les Juifs soit, en Pologne, sensiblement supérieur au pourcentage moyen de la « zone de résidence » (14 en Pologne, et 11,6 0/0 en moyenne pour la « zone »). Le nombre absolu des Juifs actifs dans l'industrie et même dans l'industrie du vêtement est, en Pologne, sensiblement plus basque celui des non-Juifs et la proportion des Juifs pour 100 non-juifs y est de beaucoup inférieure à la moyennedela « zone». Dans ces deux régions, les grandes catégories professionnelles indiquées sont donc moins encombrées de Juifs qu'elles ne le sont, en moyenne, dans la « zone de résidence » (^Voyez aussi le diagramme N° 8).
Elles le sont, par contre, beaucoup plus dans les deux autres régions. Même dans la région du Sud-Ouest, la proportion des Juifs pour 100 non-Juifs actifs est, dans l'industrie ou dans le commerce, et spécialement dans l'industrie du vêtement et dans le commerce des pro- <Iuils agricoles, plus forte que la proportion moyenne de la zone de résidence. Même dans cette région, le nombre absolu des Juifs actifs dans l'industrie du vêtement, dans le commerce en général, et spécialement dans le commer e des produits agricoles, dépisse de beaucoup celui
La STULCTCHE PnOFESSIO.NNELLr. ME LA POPULATION JllVE
Dlaqiaîmne -.ïl S.
w - -ce commÈiCt ,
Cxj = - • . au. bdixii et
de tout le reste de la population active (jui a[)parlienl à ces cat('gories professionnelles. i\lais ce n'est pas encore dans cette réfiion que « l'encombrement )> atteint son rruixiniun. La [ilus grande dispro[)ortion entre le nombre total des Juifs de la K-gion et leur nombre parmi les actifs de certaines branches rc^nomiques peut rtr<! obscrvrc dans la rr^^ion du .S'or// (Killiuanio et l{ussi(! Illanelic): les Juifs y forment II O (I du total de l;i jxqiulation, soit l(i .juifs contre; 1 11(1 babilanls non- Juifs, et, en mrme temps, contre 100 non-Juifs actifs dans l'industrie, nous Iroin (Uis I I î Juif^ ; conlrr 101) m mi - Juifs actifs dans rimluslric du vclrmciit, il v a 'l'.W Juil"-^
l'.IS i.RS CAisnis nr l'i'miciïation ,ii ivi-;
(74.058 Juifs sur 3I.82ii ; pour 100 non-Juifs actifs dans le commerce, il y a 777 Juifs et enlin, parmi ceux qui s'occupent du commerce des produits agricoles, nous trouvons, pour 100 non-Juifs, le chiffre vraiment incroyable de 1,218 Juifs (51.719 Juifs contre 4.248 non- Juifs) (1).
(1) Et c'est précisément dans ce fait, uni h la force d'attraction des Jurandes villes en général, que doit être cherchée la principale cause des migrations intérieures des Juifs dans la « zone de résidence », migrations qui se dirigent, d'une part, du Nord vers la Pologne et aussi vers le Sud et, d'autre part, du Sud-Ouest vers le Sud-Est. Aussi pouvons-nous nous passer de l'explication de certains nationalistes juifs qui, se basant sur l'immigration Juive en Pologne, voient dans ces mouvements une tendance propre aux Juifs (aux Juifs seuls?) à se concentrer en masses toujours plus compactes. Nous n'avons pas besoin non plus de recourir à l'interprétation des « assimilateurs » (partisans de la fusion complète des Juifs dans la population environnante) qui, s'appuyant sur l'immigration juive dans le Sud-Est, voient à leur tour, dans ces mouvements, une tendance propre aux Juifs à se disperser. En réalité, le phénomène est, comme nous le voyons, beaucoup plus simple et infiniment moins mystérieux : les Juifs f nient, des régions 0 il leurs jirofessions sont plus encombrées, vers d'autres régions oi( elles le sont moins. V'oir aussi les chapitres u\ et V ci-après.