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I.A CHISE AfiRAIHE ET L'É.Mlr.nATION DES JLIFS

SOUS le régime contemporain des impôts et de l'écliange, son cliamp ne rapporte pas assez pour lui permettre de vendre quelque chose. Avec quoi payera-t-il ses impcMs ? Avec quoi achètera-t-il les articles nécessaires qu'il ne produit pas lui-même? Il est forcé de s'endetter et, si cet état de choses dure plusieurs années, il finit par perdre son lopin de terre. Pourtant, il peut tenir, quelques années durant, grâce au fait qu'il produit lui-même une très grande partie de ce qui lui est indispensable pour ne pas mourir de faim et de froid. J.a situation est toute différente pour le Juif qui vit en faisant du commerce avec les paysans ou en produisant pour le marché campagnard : quand le paysan ne peut pas acheter, ce Juif-là se trouve sans ressources avec sa marchandise et, s'il ne veut pas mourir de faim, il est forcé de s'en aller dans d'autres pays.

Et ce n'est pas seulement du pouvoir d'ac/iût du paysan, mais aussi de son pouvoir de vente que dépend en grande partie la situation économique de la population juive. Nous avons vu, en effet (tableau XXXV), que près de la moitié (43 0/0) des Juifs pratiquant le commerce dans la zone de résidence font le commerce des produits agricoles, c'est-à-dire des produits que void le paysan. Si donc l'éconoiiiio pavsnnnc se trouve en décadence, ou si elIc! j»asse pai' u\n'. période critique de mauvaises récoltes f|ui force le paysan à consommer Iui-niên)e les articles (ju'il a rhabilude d'apporter sur le marché, s'il n'a, par conséquent, (jue pou do chose à vendre, il ne reste j)lus assez de; besogne pour les nombreux marcliands qui vivent du cotiunerfe de ces articles. De plus, il ne fatit [lus oublier (jU(! la dis(îtte dont souffre le j)aysan provoque naluiellement, en ville, un icncliérissenieiil dos denrées de preniiére nécessite'^ ce (|ui s(( fait de iiniive.iu senlir (Idulnul'eusenient piMi r la piipiilatimi juive (ainsi

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que pour la population urbaine en géne'ral) et tout particulièrement pour sa classe ouvrière.

L'appauvrissement du paysan .entraine donc l'appauvrissement du Juif; c'est ce qui s'est réellement produit en Galicie, en Roumanie et, tout particulièrement, en Russie.

Et qu'on ne dise pas que la crise agraire n'est aiguë que dans l'Est de la Russie et non dans l'Ouest, dans la zone de résidence des Juifs. Cela n'est vrai qu'en ce qui concerne le Royaume de Pologne, où la situation économique du paysan est, d'une façon générale (quoique pas dans tous les gouvernements), sensiblement moins grave que dans la Russie proprement dite (1). Mais cela ne peut plus se dire des 15 gouvernements situés hors de la Pologne et où les Juifs ont le droit d'habiter. Car si les variations de la récolte sont réellement plus grandes dans l'Est de la Russie que dans la « zone » , on ne peut pas dire que la situation générale du paysan sx)it meilleure en Liihuanie ou en Russie Blanche que dans les gouvernements de Kaluga ou deTambov, par exemple. On peut s'en convaincre, entre autre, par l'étude du pourcentage des dvors (ou familles au sens latin du mot) restés sans terre dans les divers gouvernements de la Russie.

Sur les 50 gouvernements que compte la Russie d'Europe (la Pologne exceptée), il y en avait dix-huit déjà en 1893, où les <s: dvors » sans terre formaient plus 10 0/0 du total des« dvors » paysans du gouvernement. Or, sur ces 18 gouvernements, dix appartiennent à la

(1) Et c'est aussi une des causes principales qui font, d'une part, que le Royaume de Pologne est une région d'immigration pour nombre de Juifs d'autres parties de l'Empire et que, d'autre part, le taux d'émigration est, chez les Polonais de l'empire russe deux fois plus bas que chez les Polonais de la monarchie des Habsbourg (voy. tableau VI).

LA CUISE AORAIUE ET l'ÉMIGRATION DES JUIFS 219

« zone » (Kovno, Grodno, Vilno, Min'^k, Vitebsk, Bessarabie, Kherson, Podolie, Kiev, Pollava) et huit sealement se trouvent au delà de la « ligne de résidence » (Astrakhan, Orenbourg, Perm, Oufa, Novgorod, Kostronia et Nijni-lSovgorod). Sur 15 gouvernements de la « zone H, 10 se trouvent dans le cas indiqué, tandis que, sur 35 gauvernements situés en dehors de la zone, 8 seulement ont un pourcentage de dvors sans terre aussi élevé. 11 faut encore noter que toute la région du Nord et toute la région du Sud-Ouest de la « zone » qui, comme nous l'avons vu, sont pour les Juifs les deux régions de forte émigration régionale et transocéanienne, se composent de gouvernements à forte proportion de dvors sans terre] chacune de ces régions ne renferme qu'un seul gouvernement où le pourcentage de dvors sans terre soit inférieur à 10 0/0 (Mohilev, 9.2 0/0, dans la première, €t Volhynie, 8,2 0/0, dans la seconde), et c'est précisément dans ces deux gouvernements que l'accroissement réel de la population juive a été supérieur à la moyenne de la « zone », ce qui montre que, dans ces 2 gouvernements exceptionnels, cette population a moins qu'ailleurs à souflrir de l'émigralion (I). Par conlre, la région du

(1) La population juive des 15 gouveniemenls de la zoiio (la Pologne exceptée) a passé de 2.yi2.1(;5, en 1881, à ;>. 558. 0(1(1 en 1897, soit un accroissement réel de 22,2 ()/(J. Dans le }\ord de la « zone », l'accroissetuent n'a été que de 13,4 0/0, mais, dans le ^'ouvernement de Mohilev, il s'est élevé à 33,3 0/0, proportion supérieure. à l'accroissement mnyon dn la zone en général et à I celui do tous los autres gouvernements de la iéi,'ion Nord. Dans la région Sud-Oiwsl, la population Juive s'est accrue, pendant ce même laps da temps, de 22,8 i)/o ; mais, dans le gouveruomeut de Volliynie, raccroissement a ét<5 égal à 37,3 0/0, c'est-àdire, de nouvoau, qu'il a été beaucnup plus élevé (juo la moyenne et, sauf le gouvernement <li' KIhisomo ioù la villf d'Odes.-^a constitue un grand centre d'immigration), supérieur ;\ celui observé dans tous les autres youvernenuuits do la région .Sud-( Micst.

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Sicd-Esl, qui sert de centre d'atlraction pour les migrations intérieures, se compose de yo7ivernemenls où le pourcentage de dvors sans terre est relativement réduit, excepté pour le gouvernement de Pollava, où ce pourcentage est égal à 13,3, et où, précisément, l'accroissement de lapopulalion juive a été plus faible que dans tous les autres gouvernements de cette région du Sud-Est (4). Il est à noter que le gouvernement de Kovno, d'où, avant 1897,1a population juive se mit déjà à e'migrer plus que de tout autre gouvernement (2), est aussi celui où la crise agraire a laissé un pourcentage de dvors sans terre particulièrement élevé : ce pourcentage est de 27 0/0, soit plus du quart du total des dvors paysans de ce gouvernement (3).

Ces constatations nous montrent déjà, dans une certaine mesure, qu'entre la pauvreté des paysans et celle de la population juive ou mieux qu'entre la crise agraire et l'émigration des Juifs, il y a non seulement un lien logique, mais encore une grande dépendance réelle. Cette dépendance peut encore être constatée de différentes manières, mais c'est surtout en mettant en regard, d'une part, les variations annuelles des récoltes en Russie

(1) L'accroissement moyen de la population juive dans notre région Sud-Est a été de 64 0/0, et se répartissait comme il suit: Poltava, accroissement de 32,5; Tchernigov, 37,9; Yekaterinoslav, 112,9; Tauride, 163,6 0/0.

(2) Le cliifTre de la population juive du gouvernement de Kovno a passé de 269.399, en 1881, à 212.230 en 1897, soit une diminution absolue de 21,2 0/0. En dehors de Kovno, une diminution absolue de la population juive par rapport à 1881 n'a été observée, en 1897, que dans un sur les 15 gouvernements de la a zone» :1e gouvernement de Podolie (de 12,5 0/0 . Voir rii;?iQ'»é/e ICA, loc. cit.

(3) En ce qui concerne le pourcentage des dvors sans terre dans les divers gouvernements de la Russie d'Europe, voir le recueil statistique russe de MM. NikiphorofT et Kaveline {Tchto noiijno vsiem znaVo Bossiji), Moscou, 1908, p. 42.

LA CRISE a(;r.\ip.e ET l'émi(;p>atio.\ les juifs 221

et, d'autre part, [Qsvarlalions annuelles de l'êmiffralio)i des Juifs de ce pays qu'on peut le mieux l'observer.

Il ne peut, naturellement, être question d'une entière corrélation entre les variations de ces deux phénomènes. D'abord, le parallélisme est loin d'être complet même entre les variations des récoltes de divers produits de la terre, car les années de bonnes récoltes pour certains produits sont, parfois, des années de mauvaises récolles pour certains autres. De plus, les dillérenles régions de la Russie ont souvent des récolles tout à fait dillerentes, de sorte que la récolte moyenne d'une année pour toute la Russie peut être plus forte que celle de l'année précédente, tandis qu'en même temps, certaines régions où la populationjuive est très dense ont une récolte bien inférieure à celle de l'année [ivccédenie, ei cice-versa (1). Kl, d'autre part, si étroitement que l'émigration juive soit liée à l'état de l'économie paysanne, il est évident que ses variations ne dépendent pas uniquement des variations des récoltes en Russie; elles sont liées à toute une série d'autres circonstances et, avant tout, à la situation du marché américain. Les variations de l'émigration juive dépendent aussi, d;ins une forle mesure, de la siluiilion industrielle et commerciale en Hussie, de la situation po-

(1) « I>'('cart entre les Ijoinies et les mauvaises récoltes d'une réyion à l'autre, pris à ses plus extrêmes limites, n'atteint pas moins, particulièrement dans le sud et le sud-est, l'énoiinr proportion de 'lOO ()/(). Dans telles régions, sur tel point ilu leiritoire, la n'colte d'une céréale quelcon(|ue sera entièrement nulle, tandis rjue sur tel autre j)oint de la contrée, la récolte dépassera en abondance trois fois et plus la moyenne. .Si nous f)renona, par exenjple, la n-colte du seigle, au cours des dernières années, dans les divers ^^ouvernetnents, cotte récolte parfois a été de 80 0/0 inférieure à la moyenne et qu'en mèm.temps, sur certains points, elle s'est élevée d'autiml et même de 100 à 115 (I <) au-dessus de l.i mnyernie, ce (|ui donno nu écart ap[)rochant de 200 0/0. « l.n Unssiv n l<i fin du ,\7.\" sirclc, pp. 107-108.

LES CAl'SES 1»K I. KMIGllATIO.N Jl IVE

lilifjijc dans ce pays, et spécialement de la ripçueur avec laquelle le gouvernement et divers j^roupes de la population agissent envers les Juifs, etc.

Pour toules ces raisons, il ne faut pas s'attendre à trouver un parallélisme plus ou moins complet entre les variations de l'émigration juive et les mauvaises récoltes. Pourtant, si le lien indiqué entre la crise agraire et l'émigralion juive est vrai, on doit constater, dans des années de diseltes par ticulit' rement aitjuës où la situation du paysan devientparticulièrement critique, une hausse notable de l'émigration juive. Mettons donc en regard h s variations de la récolte du seigle dans la Russie d'Europe et les iluctuations de l'émigration des Juifs de Russie aux Etats-Unis. (Parmi toutes les céréales, nous prenons le seigle, parce qu'il constitue la principale production des paysans russes et qu'il est aussi la principale consommation des masses populaires en Russie). Voici le tableau qu'on obtient de la sorte (1).

Tableau XXXVII

Variations des récoltes du seigle en Russie {en % de la moyenne)

et émigration des Juifs russes aux Etats-Unis {I8S8-I9 1 1)

Années

Récoltes

Enii!,'ralioii

Années

Récoltes

Emigration

(1) Les données sur les variations de la récolle du seigle, pour

LA CRISK ACRAlIiE ET L EMKM'.ATION DES JUIFS

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Ce tableau ainsi (juele iliaj,^rainine n" U dressé d'après ce tableau, nous nionlrc que, dans la rt'alil<', la dépendance entre les mauvaises récolles et les variations de

les années allant de 1«X7 à 18'J«, sont eiiiprunir-es à Li liusaie à la fin du .\IX° siècle, p. 1(')7. Pour les années 1 «'.»',»- l'.l Kl, ces variations sont calculées d'après les données île la revue bi-inensuelle jusso Imlii^trie ri Commerce, n" 12, l'.Mi. — I.es rarintions de l'émi^ralion juive pour la période l H'j'j- 1 '.l I o ayant été f,'randcnienl iiilluencéesaussi parles événements pcliliqn«'s de l'.M):il'jo" et par la crise américaine (!<> l'.ios, j'ai cru utile d■élar^ir la période d'observation, l'aulc d'autres documents sur celte

22 i LES CAUSES DE I.'kM H.i; ATluN .IIIVE

l'émigràtioa juive est beaucoup plus forle qu'un n'aurait pu le supposer a priori. Eu eiïet, nous constatons non seulement que les années des plus cruelles disettes, IH'Jl- 1802 et lOOo — 7,9^7 (t) ont été également les années de plus fortes hausses pour l'émigration juive, mais que, durant toute la longue période des 24 années représentées sur notre tableau, il n ij a pas une seule année où la récolte ait baissé sans que l'émigration des Juifs n'ait simultanément monté. Seule, l'année 1900-1907 paraît faire exception : la mauvaise récolte s'était, alors, encore accentuée en comparaison de celle de l'année précédente et, pourtant, l'émigralion juive subit déjà, cette unnéelà, un certain recul. Mais, si l'on regarde de près, on voit que cette exception ne fait que confirmer la règle. Car l'année qui précéda celle-ci (1903-1906) ne fut pas seulement une année de mauvaises récoltes, mais encore Tannée des « pogromes d'octobre », et l'émigration des Juifs cette année-là ne peut être mise au môme rang que leur émigration habituelle ; si nous faisons abstraction de l'année 1903-190(3, nous verrons, en elTel, que, en 1906- 1907, l'émigration a été plus forte que dans une quelconque des années précédentes.

émigration avant 1899, j'ai repris les données de la Jew'sh Encyclopsedia, dont l'inexactitude a été démontrée dans notre Introduction. Je le fais parce que je suppose que les rej^istres des saciétés philanthropiques ne pouvaient pas fournir à l'auteur du tableau de YEncyclopxdia les chiffres exacts des immigrants, mais qu'ils lui permettaient néanmoins de se rendre compte, dans une certaine mesure, des hausses et des baisses de l'immigration. — La récolte finissant vers le milieu de l'année civile, elle ne peut donc intluencer l'émigration que pendant l'année fiscale (l"" juillet-30 juin) suivante. C'est pourquoi les années qui figurent sur notre tableau portent deux chiffres : le premier pour la récolte, et le second pour l'émigration.

(1) Remarquons en passant que cette dernière disette a été aussi un élément extrêmement important parmi les forces motrices du grand mouvement révolutionnaire en Russie.

LA CRISE AGRAIRR ET l'ÉMIGRATION DES JUIFS 225

H peut certainement arriver que, la même année où la Russie a une mauvaise récolle, il se pi'oduise quelque grave événement qui airète l'émigration des Juifs (par exemple, une grande crise ou une guerre dans le principal pavs d'immigration, c'es'-à-dire aux {"^tals-Unis .

Mais le fait que, pendant des dizaines d'années, nous n'ayons pas [)u constater un seul cas où la mauvaise récolte n'ait pas été suivie d'une hausse de l'émigration juive, nous montre suffisamment combien doivent être exceptionnelles les circonstances su?ceptibles d'arrêter l'émigration juive dans une année de disette.

liôcolle moins bonne, rmigration plus forte, telle est l'une des régularités les plus instructives qu'ollVe la vie sociale des Juifs dans les conditions où ils se trouvent de nos jours en Russie (1 ).

Mais l'opposé est-il vrai lui aus^i? Poul-ou afiirmer qu'à une meilleure recolle oorres()ond une moindre èmigralion ? Cela devrait être viiii si les autres conditions restaient sans changement noiaSlc V.\, en oll'et, les années oii lien n'est venu niodilicr si nsihlement la situation des Juifs di' llussie, rcllf supposition s"e.-t réalisée, comme nous le voyons d.ins notre liihleau.

Mallieureusemcnl, de ti Iles anniM'S n'ont [)as été 1res nonihreusi s au cours du dernier (pMit de siècle. Regardant iiotie tableau ou, mieux encore, le dia^i'amme correspondant, nous pouvons reconnaître sans [u'int! l'elVet produit sur les dimensions de r<'migralion juive par les principab's secousses (ju'a subies, en Rus>ie, la vie sociale (les .lu ifs.

Ainsi, en IH'.HI !l|, |,i hausse de 1 émigration (jui a eu lieu malgré une certaine amt'linr.ition des iéc(dies, nous

(I) i'^t pouilant, (le cniix (pii ont à tml. et a travers ilisciili' la qneitii'n de l'étiiigialioii juive, pcr.'it'iine ne s"cn csl iiitMne doul(5.

Hcrscti 15

^2(t l.i:S CAUSES l»I-. I.'kMICIIA'/K»" JllVK

rappelle iiniiiédiatement les expulsions en masse des Juifs de Moscou el des campagnas, expulsions qui sévirent alors. En 189'.I-1U()0, nous reconnaissons l'inlluence de la crise comuierfiale el industrielle qui éclata en Russie et dans l'Europe en général. D'ailleurs, bien que, d'une façon générale, l'année 1399 ait été marquée par une certaine amélioration des récolles, la disette atteint pourlant, à ce moment, dans le sud d; la « zone», une acuité toute particulière ; qu'on se rappelle à ce sujet le grand recueil littéraire publié par des bommes de lettres el des savants russes sous le titre de secours aux Juifs ayant souffert de la disette (1). En 1902-1903, nous reconnaissons les efl'ets de la fuite qui commence au printemps après le pogrome de Kicliinev ; en 1904-1905, les effets de la guerre du Japon (2) ; enfui, en 1909-1910, nous constatons le double effet de l'amélioration de la situa-

(1) Y ont pris part : Gorki, Korolenko, M. Kovalevski, Tougane- Baranovski, V. SoloviefT, etc. — Il ne sera peut-être pas sans iutérôt de citer ici le passage qui se trouve tout au début de ki préface et qui appartient à la rédaction du recueil ; elle commence, en effet, par la constatatiou suivante : « La mauvaise récolte qui a frappé, en 1899, les gouvernements du Sud de la Russie a eu des effets douloureux sur la situation économique de la population paysanne et de la population juive de la région. Comme artisans, ouvriers, petits marchands, intermédiaires dans le commerce des céréales, les Juifs ont éprouvé toutes les calamités du pays qui ne vit que de ses grains. Point de récoltes, point de gagne pain : avec la disette s'éteint la vie de tous les groupes de la population qui sont étroitement liés au bien-être de la masse des paysans ».

(2) Les pogiomes d'octobre ont coïncidé avec une année de disette et il est, par suite, impossible d'indiquer, dans la hausse d-e l'émigration de 1905-6, quelle est la part due à la disette et quelle est celle due aux pogromes. Mais, comme nous l'avons déjà remarqué, la petite baisse de 1906-7 montre bien qu'ujie part de la hausse de l'année précédente est due aux pogromes.

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tion économique en Amérique après la crise de 1908- 1909, et des nouvelles persécutions des Juifs en Russie, persécutions parmi lesquelles il faut citer la suspension de la circulaire de Stolypine, qui avait quelque peu élargi la « zone de résidence », et les expulsions de milliers de Juifs de Kiev, Moscou, Smolensk, et d'autres villes de l'intérieur de la Russie, ainsi que de toute une série de villages où les Juifs s'étaient installés pendant la période de tolérance relative (1903-1907) (1).

Mais si la règle d'après laquelle l'amélioration de la situation des paysans doit faire baisser l'émigralion des Juifs est, dans la réalité, susceptible d'avoir de nombreuses exceptions et restrictions, la règle opposée, d'après laquelle la recrudescence de la misère paysanne entraine une augmentation de l'émigration juive, ne soutire à l'heure actuelle aucune exception ni restriction. La misère de la grande niasse des paysans ntsses, misère qui, depuis leur affranchissement, n'a pres(/ue pas cessé de croître avec l'extension du capitalisme et de l'économie pécuniaire, devait donc faire naître aussi une émigration croissante de Juifs. Cette émigration devait prendre des dimensions [larliiiilièicment énormes lui'.sijue l'ap-

(1) L'A ^Tiinili; presse française (qui, à eu croire certains dires, serait accaparée par des israéliles) a [)assé sous silence ces récentes expulsions des Juifs russes, expulsions (|ui se poursuivent encore aujourd'hui avec des cruautés vraiment moyenâgeuses : par exeinjilo la sé[)araLion des enfants de leurs parents, la conliscation des liiens, les marches forcées à pied sur des centaines de Uil<iiiii"'tri"S, etc., et tout cela sans ju^otutMil, |iar sim[)le ordre adininislratif. La friande presse fnini-aise a nus de enté tous ces faits (comnie bien d'autres choses ({iii si; produisent actuelteiinMit ni lluseie), mais la li^'iic de l'émigralion juive les a rccu('illi-> .t cnregislr '-s. — Voir au sujet de ois expulsions l'article de fonil tle la \o.<sis.7i' '/.< ilnnij du 'Jl mai l'JlO intiluh- : Uublutiyc l'o(jrO:iii; (pogiomes sans elliision de sang).

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