‹ Le Juif errant d'aujourd'huiChapitre 56 sur 76 · LE MODE DE PRODUCTION ET L EMIGRATION · texte numérisé non relu

LE MODE DE PRODUCTION ET L EMIGRATION

En effet, dans les conditions que nous venons d'examiner, les Juifs pourraient-ils avoir d'autre allernativc que l'émigration en masse? — Pourraient-ils passera d'autres professions ? Nous avons déjà vu combien ce passage est difficile et combien de temps il exige, tandis que lo mal, lui, grandit cbaque jour. D'ailleurs, les Juifs onl-ils, en Russie, le droit d'exercer librement toutes les professions? .Môme en mettant de C(Mé les professions agricoles, inaccessibles aux israélites par la défense qui leur est faite de résider à la campagne, d'acque'lii- des biens immobiliers en deliors des villes ou de louer des terres appailenant à la classe paysanne, il faut savoir que, jiarmi les professions urbaines, bon nombre sont interdites aux israélites par la loi, et, plus encore, par des mesures et ordonnances administratives. A cet égard, la situation des Juifs na cessé cV empirer (excepté pendant la courte période de relâche de iyo:>l'J07) depuis la promulgation des fameuses & règles provisoires », qui sont en vigueur depuis 1882, c'est-àdire depuis trente ans déjà, et qui paraissent aujourd'hui i)lus fermes encore et mieux adaptées aux besoins du temps qu'au jour de leur promulgation, lîien des

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écoles spéciales sont entièrement fermées aux élèves juifs ; dans les écoles générales, les gymnases, les universités et certaines écoles techniques et commerciales, ils ne sont acceptés que dans une proportion déterminée, variant généralement entre 10 et 2 0/0 suivant la régiorx et le caractère de l'établissement scolaire, et cela, môme s'il y a une surabondance de places vacantes (l).

Toutes les fonctions qui dépendent de l'Etat et des corps publics sont interdites aux Juifs, et cela du haut en bas de l'échelle hiérarchique ; cette mesure d'exception concerne non seulement les institutions athuinistratives proprement dites, mais môme les établissements industriels, commerciaux ou autres appartenant à l'Etat et à ses organes. Les Juifs ne sont pas admis dans les postes, les télégraphes, les chemins de fer, etc., même comme simples facteurs de lettres ou comme manœuvres. Le Juif ne peut pas non plus être professeur dans une Université ou dans un gymnase, ni instituteur dans une école primaire publique ; il lui est môme interdit de donner des leçons particulières à des chrétiens. Une récente ordonnance du ministère actuel de la justice rend presqu'enlièremenl impossible l'entrée des Juifs dans

(1) Beaucoup de jeunes i:ens, restés ainsi en deliors des écoles, font leurs études à la maison et se présentent à l'examen (dans les écoles secondaires) afin d'obtenir les certificats nécessaires, soit pour continuer ensuite leurs études (en général à l'étranger), soit pour entrer dans la vie pratique : or, le ministère de l'instruction publique actuel a introduit, pour ceux qui veulent subir un examen, la même proportion (« taux de pourcentage », comme on dit en Russie) que pour ceux qui veulent entrer èi l'école, ce qui équivaut presqu'a une interdiction de se présenter à l'examen en qualité d' « externe », car les chrétiens font leurs études aux écoles mêmes et les « externes » sont, parmi eux, de rares exceptions ; le 5 ou même le 10 0/0 de ces exceptions donne un chiflre presque égal à zéro.

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la carrière d'avocat, pour laquelle existait déjà, anlérieurement un « taux de pourcentage » déterminé pour chacune des différentes provinces de l'empire. Du reste, pour se faire une idée de la « liberté du travail » dont jouissent les Juifs dans l'exercice de ditîërentes professions, il suflit de dire qu'ils ne peuvent môme pas devenir concierges de maisons particulières ; car le concierge, bien que payé par le propriétaire de l'immeuble, est considéré comme un agent de police du dernier degré.

Il ne peut donc être question, ni pour aujourd'hui ni pour un avenir très rapproché, d'un changement notable dans la répartition des professions chez les Juifs.

Il y aurait encore, pour les Juifs, une autre issue à la situation actuelle si critique ; ce serait d'organiser la production de manière à ce qu'elle ne dépende pas du public local. Il faudrait, en d'autres termes, que, tout en restant dans les mêmes branches de la production, les Juifs passent de la production pour la consomination locale à la production pour le marché lointain. Ce serait certainement un moyen très efficace, car, pour les marchandises, il ny a pas de zone de résidence et si les produits pouvaient arriver sur le grand marché de l'empire russe, il importerait peu, en somme, pour leur écoulement, que les producteurs soient enfermés dans une certaine zone limitée ou qu'ils puissent résider librement dans tout l'empire ; une des conditions essentielles de la misère des Juifs en Hussie, la privation du droit de choisir librement le lieu d'habitation, serait de ce fait, grandement atténuée, et l'éloulfant encombrement qui règne actuellement dans certaines professions pourrait ainsi disparaître, grâce à l'élargissement du marché. D'autre part, la propagande nationaliste, très dangereuse lorsque le consommateur, pour faire sa

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commande, s'adresse directement au producteur, comme c'est généralement le cas dans la production pour les besoins locaux, devieut presqu'impuissante lorsqu'il s'agit d'un marche lointain ; car ce qui importe au marchand en gros de la Grande-Russie ou de la Sibérie qui achète pour revendre, c'est avant' tout le bénélice qu'il [lourra réaliser sur la marchandise; quant à la race du producteur do celte luarchaudiso, elle le laisse bien indi lièrent.

Dans ceilaines hr.uiches de l'industrie pratiquées par les Juifs, on peut réellen-ent constater une évolution en ce sens. Ain^i, dans l'industrie des chaussures on a passé déjà (surtout à Varsovie), depuis nombre d'années et sur une assez grande échelle, des ateliers minuscules qui ne travaillaient que suivant les commandes locales, aux grands établissements qui ont des dizaines et souvent des centaines d'ouvriers ; ces entreprises envoient leurs produits sur les marcliés de la Russie proprement dite, du (Caucase, de la Sihérie et de l'Asie Centrale russe, et ont, par conséquent, fuit peu à redouter la propagande antisémite ainsi (jue le trop grand nombre de cordonniers dans la zone de résidence.

Or, les cordoimieis êtnif/rcnt, eu effet y chez les Juifs, absolianoil et re/aticeineiit bien i)ioi)is que les actifs de toutes les autres ùrattehes de fi)idustrie du vétemeuiy tiioins même <iur les représentants de diverses autres professions (/ualifires.

Nous avons (léj;i vu plus haut le peu de place qu'occupent les cordonniers painà les émigrants juifs actifs do l'industiie du vêtement (I'" partie, Jlh section, clia[). VI, point ;i). i.(î lahleau (jui suit nous permet de comparer rémiyration des cordonnieis et celle des représentants d'autres groupes professionnels (I).

(1) Co tableau est cerlaiiienienl Irès dôtectueux : il met en

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