‹ Le Juif errant d'aujourd'huiChapitre 57 sur 76 · T.\BLE.\U XXX VIII · texte numérisé non relu

T.\BLE.\U XXX VIII

Nombre des Juifs de différents groupes de professions industrielles dans la zone de résidence et parmi les immigrants aux Etats-Unis

Groupes professionnels

Dans la « zone de

rési'Ienee »

Immigrants aux Etats-Unis

Total

lie la période

En moyenne par an

CliilTres absolus

du iii'''ine irroupe dans la « zone »

Habillement . . . .

Horlogerie et Bijouterie

, Bâtiment et Bois . .

Macliines et Métaux orilinaires . . . .

Alimentation. . . .

Cordonnerie . . . .

Te.\lile

On voit que, vers la lin du xix° siècle, il y avait cluz les Juifs, dans la zone de résidence, deux ibis plus d'ac-

lai'port deux graudeuis qui ne coïucident ni dans l'espace, ni dans le temps ; les rapports ainsi obtenus (dernièie colonne à •droite) ne sont donc vrais pour aucun endroit et pour aucun moment déterminés. En efTet, d'une part, les Juifs actifs sont pris seulement dans la « zone » et, d'autre part, sont groupés .tous les immigrants juifs, même ceux qui sont venus de l'Au- Iriclie-Iiongrie, de la Roumanie, etc. ; or, les éniigrants de la « /-one » ne forment, d'une façon générale, que les deux tiers du total de l'immigration juive aux Etats-Unis; en ce qui concerne spécialement la « zone », les chiffres des colonnes 3 et 4 •devraient donc être réduits d'un tiers enviro:i, et les rapports obtenus (colonne 5) seraient ainsi réduits d'autant (donc, respectivement, environ 7 au lieu de 10,5 ; 5,4 au lieu de 8 ; 4,8 au lieu de 7,2, et ainsi de suite). Ensuite, le nombre des actifs dans la « zone » est pris à un moment donné (1898-1899), tandis

llerscli 16

■242 LES CAUSES DE l'i;mh;p.atio.n JL'IVE

tifs dans la branche de l'habillement que dans la cordonnerie ; pourtant, rhabillenient a fourni 8 fois plus d'éniigrants que la cordonnerie ; les cordonniers émigroit

que rémigratioii comprend la moyenne de toute une période de 12 années (colonne 4) ; pendant ce temps, un ctiangement plus ou moins notable dans la répartition des professions industrielles a pu se produire dans la « zone », et il aurait fallu en tenir compte. Pourtant, un tel ctiangement, s'il avait eu lieu réellement, ne pouvait qu'accentuer le phénomène qui ressort de ce tableau ; car il est tout à fait invraisemblable que le nombre des actifs dans les premiers groupes professionnels par exemple, dans l'habillement), malgré l'énorme émigration de ces professions, ait augmenté avec le temps dans une proportion plus forte que le nombre des actifs dans les derniers groupes de notre tableau (par exemple dans Tindiistrie textile ou dans la cordonnerie). Or, notre tableau n'a pour but que de dégager le caractère général du phénomène et nullement de faire ressortir des détails plus ou moins précis. Dans ces conditions, le premier défaut indiqué perd aussi une grande partie de sa gravité; car si importantes que soient les rectifications à apporter aux chifTres obtenus dans la dernière colonne (par la limitation du champ d'observation h la zone de résidence), elles ne peuvent pas modifier le caractère général du phénomène constaté, vu la différence énorme qui existe entre les chiffres obtenus pour les premiers groupes professionnels, d'une part, et, d'autre part, ceux qui se rapportent aux derniers groupes.

Malheureusement, les données du recensement général de 1897 n'ont pu être utilisées pour ce tableau, par suite du classement des professions adopté par le recensement; ainsi, la cordonnerie a été placée sous une rubrique commune comprenant toutes les autres branches de l'industrie du vêtement, et le nombre des cordonniers reste ainsi inconnu d'après le recensement. C'est pourquoi la colonne 2 a dû être établie d'après les tableaux annexés au second volume de VEnqmHe ICA. Les totaux de cette enquête coïncidant presfjue complètement avec ceux qui sont fournis par le recensement, on peut se rapporter avec beaucoup de confiance à ses données surtout lorsqu'il ne s'agit pas de petits détails, mais de renseignements généraux concernant les principaux groupes professionnels de la population juive en Russie. D'autre part, le classement des professions dans VEmiucte ICA étant assez détaillé (beaucoup [du'^ (jue dans

LK MODE lŒ PROTECTION ET l'ÉJUCUATION 243

donc, même relaliveme.jvt^ 4 fois moins que les tailleurs (nous comprenons sous ce lerme non seulenunl Jes hommes, mais aussi les femmes, c'est-à-dire les couturières et les lingères) ; c'est ce que nous montre, en d'autres termes, la dernière colonne (5) de notre tableau : le taux d'émigration (émigrauls 0/0 actifs de la profession) des cordonniers n'est que le quart de celui des travailleurs de l'habillement. 11 est é^al à un tiers environ des taux d'émigration des horlogers et des bijoutiers et des travailleurs du bâtiment et du bois: il re[>résenle environ la moitié du taux d'émigration des travailleurs sur métaux et des travailleurs en produits alimentaires. De tous les groupes professionnels qui sont énumérés dans notre tableau, celui des travailleurs de l'industrie textile est le seul où nous coui-tations un taux d'émigration quelque peu intéi'ieur à celui des cordonniers. Mais, d'une part, comme le montre noire tableau, le nombre des Juifs occupés dans celle branche de la production e^t relativement très réduit et, par conséquent, il n'y peut être question d'un « encombi'ement » comme dans la cordonnerie ; d'autre part, l'industrie textile travaille moins encore que l'induslrie de la chaussure, directement pour le consommateur local : c'est, au contraire, de toutes les industries de notre tableau celle (]ui travaille le plus exclusivement pour le marché lointain, anonyme, impersonnel (1 ).

le recensement de 1897), on peut les coniljiner de façon à les rendre assez comparables aux données de riinmi;:!ration aux Etats-Unis. — Les groupes de notre tableau comprennent les mêmes professions que ceux du tableau XXV.

(1) Quant aux autres ^'roupes profi-st^ioiiiiels de notre tableau, on peut faire sur eux les observations suivantes : l.e pourcentage des émigrants est encore extrômemenl élevé t lez les horlogers et bijoutiers. Leur métier est justement un de ceux que les Juifs de ri^urope oiienlale pratiquent dfqmis longtemps et un

244 LES CAUSES DE l'ÉMIGRATION JUIVE

[.e passage de la petite industrie, qui produit suivaut la commande du consommateur local, à la grande industrie, qui a devant elle le vaste marché de l'empire

métier dans lequel ils travaillaient non seulement pour euxmêmes, mais encore et surtout pour la population non-juive (il va, pourtant, de soi que même sous cette dernière condition, leur nombre absolu dans cette profession ne pouvait pas être considérablei. Sans le marché non-juif, la plupart des horlogers et des bijoutiers ne pourraient exister. Dans le recensement, les bijoutiers sont dans le même groupe que les producteurs d'objets d'art, les artistes peintres, etc. ; les horlogers forment un groupe commun avec les fabricants d'instruments scientifiques ; or, ces deux groupes appartiennent aux professions les plus - encombrées », la seconde l'est môme relativement plus que l'industrie du vêtement ; c'est surtout dans la région du Nord que « l'encombrement », dans ces groupes, est le plus fort ; les Juifs forment 72 0/0 des aciifs dans le premier groupe (bijouterie, objets d'art, etc.) et 76 0/0 dans le second 'horlogerie, etc.) ; donc, pour 100 non-Juifs aciifs, il y avait dans le premier 253 Juifs et, dans le second, 318 (comparer ces chiffres avec ceux du tableau XXWI). Etant donné le caractère de petite industrie domestique que porte cette production dans la région du Nord (à Varsovie elle a déjà, en partie, passé à la production pour le marché lointain), la siluation des bijoutiers et horlogers juifs devient particulièrement triste s'ils perdent la clientèle nonjuive ; car leur produit est un article de luxe, et l'appauvrissement de la masse Israélite rétrécit devant eux, plus que devant les représentants d'autres professions, même le marché juif.

Le pourcentage des émigrants est encore élevé chez les actifs du bâtiment et du bois qui travaillent surtout (l'industrie des meubles exceptée] pour les besoins locaux. Il est déjà sensiblement moindre chez les travailleurs de machines et de métaux ordinaires. Le pourcentage des émigranls est encore plus réduit chez les producteurs de produits alimentaires ; car, vu 1« régime rituel très rigoureux auquel l'alimentation est soumise chez les Israélites, il est presque impossible de produire à la fois les aliments rituels {kusclier) et ceux qui ne sont pas (trcph) ; d'autre part, la population rurale (non-juive) n'a jamais acheté de produits de l'industrie alimentaire iboucherie, boulangerie, etc.) en quantités plus ou moins notables; aussi celte production a-t-elle été, de tout temps, chez les Ju fs, adaptée surtout aux propres besoins de la population juive, et c'est pour-

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