‹ Le Juif errant d'aujourd'huiChapitre 62 sur 76 · CT · texte numérisé non relu

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274 LES CAUSES DE l'ÉMIGRATION JUIVE

Chez tous ces peuples, on le voit, l'émigration de 1809 a élé encore très réduite, comparée à celle de 1910. Durant la période qui s'étend^de 1899 à 1910, leur émigration agricole ainsi qu'industrielle et commerciale s'est considérablement accrue ; mais quelle énorme différence entre raccroissement[de l'émigration constatée^ d'une part, pour la population agricole et, de l'autre, pour la population industrielle et commerciale de tous ces peuples ! Chez tous ces peuples, la population s'occupe surtout, et chez certains d'entre eux presqu'exclusivement, d'agriculture ; néanmoins, en 1899, le nombre de leurs émigrants de professions industrielles et commerciales a élé à peu près égal à celui des émigrants de professions agricoles ; chez quelques-uns (surtout chez les peuples qui ne sont pas occupés presqu'exclusivement d'agriculture, comme les'Polonais et les Italiens, et aussi chez les Lithuaniens et chez des Russes qui émigrent aux Etats-Unis , le nombre des émigrants de professions industrielles et commerciales a même été, en 1899, plus élevé comme chiffre absolu que celui des émigrants pratiquant l'agriculture : tellement était fort à ce moment le taux d'émigration de la population in-

parmi les représentants des professions industrielles et commerciales, ni parmi les professions af,'ricoles ; d'autre part, les « simples manœuvres» \laborers) appartiennent en partie au prolétariat agricole et en partie aussi au prolétariat non qualifié des villes, et il est impossible d'indiquer quelle fraction en revient à la première catéjjorie et^quelle autre "en revient à la seconde, d'autant plus que la part de chaque catéfjorie varie d'un peuple à l'autre et chez le même peuple d'une période à l'autre. Pour plus de sûreté, nous laissons de côté ces deux professions « simples manœuvres » et « domestiques ». Nous envisagerons donc, d'une paît les « agriculteurs » {fanners) et les « travailleurs agricoles » {f'arm laOcreis) et, de l'autre, toutes les autres professions (sauf les manœuvres et les domestiques) réunies : le remier groupe est désigné par Ag, le second par h-.

LKS CARACTKP.es PKOI'IIES DE l'É.MICRATION JLIVE 275

duslrielle et commerciale et tellement il était encore minime pour la population agricole. Mais, depuis lors, le mouvement migratoire a gagné la masse de la population agricole de tous ces peuples, et voici ce qui en est résulté : le nombre des émigrants agricoles est 18 fois plus grand en 1910 qu'en 1899 chez les Italiens, chez lesquels, pourtant, on pouvait, dès 1819. remarquer une forte émigration des campagnes ; chez d'autres peuples, l'accroissement de l'émigration agricole pendant cette courte période s'est effectué selon une proportion beaucoup plus forte encore : le nombre des émigrants agricoles est devenu plus grand de 82 fois par rapport à celui de 1899 chez les Lithuaniens, de 85 fois chez les Polonais, de 227 fois chez les Ruthènes et de 390 fois chez les Roumains. El quoique, pendant ce temps, l'émigration industrielle et commerciale de ces peuples ait également augmenté, cette augmentation est bien faible, comparée à l'énorme accroissement de l'émigration agricole. Ainsi, le nombre des émigrants industriels et commerciaux pour 100 émigrants agricoles est, chez tous ces peuples, beaucoli' plus petit en 1910 qu'en 1899 : il est 2 ou 3 fois moindre chez les Grecs et les Magyars, 8 fois moindre chez les Uuthènes, 10 fois chez les Italiens, 15 fois chez les Lithuaniens et chez les Russes, 18 fois chez les Roumains et 20 fois chez les Polonais.

L'émigration juive des pays de l'Est de l'Europe a subi le même sort que rémigration industrielle et commerciale de ces pays en général. I^es Juifs, dont les quatre cinquièmes vivent de l'industrie et du commerce, commencèrent à émigrer en masse avant que la population non juive, dont les quatre cinquièmes (et parfois encore davantage) vivent de l'agriculture, se soit lancée au delà de l'océan. Le pourcentage des Juifs

27G LES CAUSES L»E l'ÉMICRATION JUIVE

parmi les émigrants des pays de l'Europe orientale a été, au début, si énorme, que les termes d'émigration juive et d'émigration tout court étaient, dans ces pays, à peu près SA^nonymes. Mais, plus tard, la grande masse inerte des campagnes s'est mise en mouvement, et le pourcentage des Juifs parmi les émigrants de ces pays a considérablement baissé. Cette baisse serait, sans doute, beaucoup plus forte encore si la masse juive n'était pas soumise à ces malheureuses conditions économiques, politiques et sociales que nous avons analysées plus haut. En Autriche et en Hongrie, où les conditions politiques et sociales ainsi que la structure professionnelle de la population juive lui sont plus favorables qu'en Russie, on a pu constater que non seulement le nombre absolu des émigrants, mais aussi le taux d'émigration sont déjà, à l'heure qu'il est, moins élevés pour les Juifs que pour la population environnante pratiquant surtout l'agriculture.

Donc, ici encore, c'est dans les caractères propres à la structure professionnelle de la population juive, et notamment dans son caractère éminemment industriel et commercial, que se trouve le mot de l'énigme.

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