C. — La durée de l'émigration
{Emigration temporaire et émigration définitive).
La structure professionnelle propre aux émigrants juifs confère aussi à leurs migrations d'autres particularités. Nous avons vu (et, étant donné la structure professionnelle de la population juive de l'Europe orientale, il ne saurait en être autrement) que l'émigration juive est caractérisée avant tout par un pourcentage de travailleurs
LES CARACTÈRES PROPRES DE l'ÉMIGBATIO.N JLIVE 263
qualifiés extrêmement élevé et par un pourcentage de travailleurs ruraux extrêmement réduit ; c'est plutôt le contraire que nous pouvons constater chez les émigrants des autres peuples, surtout des peuples au milieu desquels habite l'immense majorité des Juifs européens (tableau XX et aussi I^'^partie, III section, chap. III et V). M y a cependant, entre le travailleur qualifié de l'industrie et le cultivateur qui émigrent dans un pays d'outre-mer, une grande difïérence au point de vue de leur attachement économique au pays natal. Le travailleur qualifié emporte avec lui, en émigr*int, ses connaissances techniques [skilled) qui font généralement toute sa richesse ; comme le Bias de la légende grecque, il peut dire : omnia mea mecuni porto ; il ne laisse pas de propriétés dans son pays d'origine et il tire généralement toute sa subsistance de son métier, qu'il ne peut exercer que là où il vit; économiquement, il n'est donc plus attaché à son pays natal. Il n'en est, généralement, pas de même avec les cultivateurs et les paysans qui s'en vont en Amérique. Ceux d'entre eux qui acquièrent une petite propriété terrienne dans le pays d'immigration sont, en règle générale, arrachés pour toujours à la mère patrie; mais ceux-là ne forment qu'une infime minoiité parmi les immigrants agricoles des Etats-Unis; l'immense majorité vient aux Etats-Unis en quête de salaires. Et, parmi ceux-ci, nombreux sont les campagnards qui, avant de traverser l'Atlantique, ont vendu leur lopin de terre, coupant ainsi le dernier lien économique qui les unissait au sol natal et au pays d'origine. Mais une grande partie des paysans émigré dans d'autres conditions : ils laissent aux membres de leur famille le soin de ce lopin de terre qui ne donne pas assez d'ouvrage ni assez de revenu pour entretenir toute la famille, et ils vont chercher des salaires à l'étranger pour relever leurs exploilatiouK
264 LES CAUSES DR l'ÉMIGRATION JUIVE
agricoles en décadence avec les économies qu'ils auront pu faire k l'étranger. Souvent, ils ne vont à l'étranger que pour la durée des travaux des champs et reviennent chez eux ces travaux une fois terminés. Ces émigrants saisonniers sont, d'ordinaire, des migrateurs continentaux, se dirigeant vers les pays voisins de l'Europe môme (1). Mais les migrateurs temporaires sont nombreux aussi parmi les émigrants transocéaniens, et surtout parmi les immigrants aux Etats-Unis. « Aux Etats- Unis, un tiavail saisonnier s'accomplit régulièrement par des Européens : chaque année, Russes, Polonais, Galiciens, Italiens traversent l'océan vers le commencement de la moisson et reviennent chez eux en automne (2). » Pourtant, le nombre des travailleurs saisonniers est relativement restreint parmi les émigrants transocéaniens ; d'une façon générale, un paysan qui quitte sa petite exploitation agricole pour aller en Amérique n'émigre pas pour une saison, mais pour un laps de temps indéterminé, et s'y occupe de dilîérents travaux en qualité de simple manœuvre. Quoi qu'il en soit, qu'il vienne en Amérique rien que pour la saison ou pour un temps plus
(1) Ainsi, par exemple en AUemaQue, on a enregistré en 1908-1909 (année allant <iu 1" octobre au 1" octobre) 335.824 travailleurs saisonniers agricoles venus de l'étranger, dont 196.995 Polonais de l'empire russe, 62.813 Polonais de Galicie et 42.430 Ruthénes de Galicie ; en 1909-1910, le nombre de ces immigrants saisonniers a été, en Allemagne, de 363.983, dont 217.357 Polonais de l'empire russe, 64.456 Polonais de Galicie et 47.120 Rulhènes de Galicie. — Voir à ce sujet l'article de M. F. Mendelson, Wan'lcrraheitev, dans le Handuih'terbuch der 'Staatsivissenschaften de Conrad, 3" éd., 8« volume, pp. 541-561. En ce (lui concerne la France, voir le Bulletin trimestriel de l'Associatiu)i internationale jiour la lutte contre le chûniuyc, juilletseptembre 1912, pp. 451-458 et 521-535.
(2) M. V. Wilmowski, Landarbeitenerhdltnisse in Nordamerika, dans la Zeitschrifl fiir Agrarpolitik, février 1911.
LES CARACTÈRES PROPRES DE l'ÉmIGRATIO.N JUIVE 'SÔT)
long, il reste, en tout cas, plus ou moins attaché par un lien économique à son village natal, même après son émigration. Par suite, le nombre des émigrants qui reviennent au pays est plus élevé parmi les paysans que parmi les travailleurs qualifiés. Il est, par conséquent, plus élevé aussi, d'une façon générale, chez les peuples agricoles que chez les peuples industriels et commerçants (cf. tahleau VIII). 11 est donc tout naturel aussi que, chez les émigrants juifs, parmi lesquels l'élément agricole n'est représenté que par une fraction absolument minime, le pourcentage de ceux qui reviennent au pays natal soit extrêmement réduit et que les émigrants juifs otlrent à cet égard, comme sous le rapport de la profession, un contraste frappant avec les émigrants des autres peuples de l'Europe Orientale.
Il va de soi que beaucoup d'autres circonstances encore agissent, tantôt dans un sens tantôt dans l'autre, sur ce que nous avons appelé le taux des retours des émigrés de divers peuples. Je me bornerai à indiquer ici que les conditions politiques et sociales dans lesquelles vit la population juive de Russie doivent certainement contribuer aussi à diminuer le nombre des émigrés juifs qui se décideraient à revenir au pays natal. 11 est donc compréhensible que l'émigration juive de Russie soit délinitive dans une mesure plus forte que ce n'est le cas pour l'émigration juive d'Autriche-lIongrie (comme nous l'avons va à la lin de la 1'"*' section de la !■■« partie).
D'ailleurs, le paysan qui a fait une petite fortune en Amérique peut regagner son pays avec l'espoir de reprendre son ancienne activité économique dans des conditions plus favorables : en se libérant de ses dettes, en intensifiant sa production, en améliorant ses instruments ou en augmentant son terrain de culture. Mais comment
2GC LES CAUSES DE l'ÉMIGUATION JUIVE
l'émigré juif chassé de son pays par suite de la mauvaise répartition des professions, devenue une cause de profonde misère, pourrait-il songer à revenir dans son pays d'origine et, surtout à revenir dans cette « zone de résidence », lorsqu'il connaît, par mille expériences, la situation déplorable où s'y trouve son métier? La structure pi'ofessioîuielle de la population juive, qui pousse à rémigration des masses d' Israélites, les empêche également de rentrer dans leur pays natal.
D. — L'âge, le sexe et l'état de famille des émigrants.
Nous comprenons maintenant pourquoi les femmes et les e?i/ants forment, parmi les émigrants juifs, le pourcentage le plus élevé qu'on puisse observer parmi les émigrants transocéaniens des peuples européens (tableau X et XII). Si le père de famille n'émigre que pour un temps plus ou moins court, les membres de la famille ne s'amusent pas à traverser et à reli'averser l'océan : ils restent généralement chez eux. De plus, l'émigration paysanne trouve souvent un soutien et un encouragement dans le fait que les membres de la famille restent à la maison pendant l'absence du père et du mari ; il est même indispensable, lorsque le paysan émigré dans le but de relever le niveau de son exploitation agricole par des économies faites à l'étranger, que les membres de sa famille restent chez eux pour soigner la petite exploitation familiale en attendant le retour du père ou du mai» émigré. Parmi les émigrants temporaires qui vont an delà de l'océan, le pourcentage des femmes et des enfants est, de la sorte, moindre que parmi les émigrants définitifs ! 1). Par conséquent, plus la part des émigrants
(1) On peut avoir encore une preuve de cette règle générale
LES CARACTÈUES PROPRES DE l'ÉM1GRATI0>' JUIVE 2(37
temporaires (et agricoles) est grande dans l'e'niigration transocéanienne d'un peuple donnée et plus la proportion des femmes et des enfants parmi les e'migrants est généralement petite ; par contre, plus la part des e'migrants définitifs (et industriels) est grande, et plus la proportion des femmes et des enfants y est généralement élevée. La proportion des éniigrants industriels, et, par conséquent, définitifs, étant chez les Juifs plus élevée que les autres peuples européens et, surtout, beaucoup plus forte que chez les peuples du Sud-Est de l'Europe, il est tout naturel que les Juifs occupent aussi le premier rang parmi les émigrants européens en ce qui concerne la proportion des femmes et des enfants qui prennent part à leur émigration. Sous ce rapport encore, les Juifs présentent un contraste marqué surtout avec les émigrants des peuples parmi lesquels habile l'immense majorité de la population juive (1).
en comparant le pourcentage des femmes et des enfants parmi les immif/rants aux Etats-Unis (donc temporaires et définitifs réunis), d'une part, et, d'autre part, parmi les étrangers émigrés des Etats-Unis (donc presquexciusivement des migrateurs temporaires; ; ce pourcentage est, en effet, sensiblement plus fort cliez les premiers que chez les seconds. Ainsi, en 1910, sur 1.041.570 immigrants, on comptait 305. 532 femmes et 120.509 enfants, soit, respectivement, 29,3 et 11,6 0/0; en même temps, sur 202.436 étrangers émigrés des Etats-Unis, il y avait 47.594 femmes et 13.741 enfants, soit respectivement 23,5 et <\,Hi)/0.
(1) Il est vrai, d'autre part, que le sexe et l'état de famille des émigrants ont aussi une grande inlluence sur le caractère définitif ou temporaire de l'émigration; l'émigration des célibataires est plus souvent définitive que celle des mariés, et celle des femmes est plus fréquemment définitive que la migration des hommes ; une proportion relativement élevée de jeunes filles parmi les émigrants abaisse ainsi consiilérablenient le taux des retours des émigrants du peuple donné. C'est, en effet, ce qui explique surtout le taux des retours absolument minime cliez Ifis Irlandais et relativement restreint chez les I.ithuauiens et les Uuthènes (tableau XIV). Sur les causes de l'énorme proportion
268 LES CAUSES DE l'ÉMIGUATIO.X JLIVE
11 est vrai, que tous les paysans qui vont en iVmérique avec la ferme intention de rapporter au village natal les économies qu'ils auront pu faire n'y reviennent pas en réalité. Il arrive souvent que, en Amérique, le pa)^san émigré acquiert la conviction que le misérable lopin de terre laissé dans un triste village de quelque coin éloigné de Russie, de Galicie ou d'ailleurs, ne vaut pas la peine d'y revenir, et, alors, de temporaire son émigration devient définitive.
Dans ces conditions, le lopin de terre qui devait l'attache)' au pays natal devient une cause de destruction du lien économique qui existait entre le père et les membres de sa famille. Celui-là vit de son travail en Amérique, ceux-ci se nourrissent de la terre qui leur a été laissée ; lui n'a pas à se soucier de leur subsistance et eiix ne dépendent pas du moindre sou qu'il veut bien leur envoyer. Longtemps, ils peuvent vivre ainsi séparés les uns des autres non seulement corporellement, mais aussi économiquement ; et plus le père reste au delà de l'océan, plus il se laisse entraîner par la vie américaine, et plus aussi le lien familial se transforme pour lui et pour eux en un simple souvenir, d'autant moins agréable pour l'émigré que la vie dans son village natal est sombre et dure et que les habitants (y compris les membres de sa propre famille) ont là-bas des mœurs qui ne sont que trop rustiques. Et, ainsi, sans qu'intervienne aucun événement grave, simplement par la marche du temps, lui devient, ou plutôt demeure, américain et eux restent des paysans de Russie, de Galicie, etc. ; et la famille est dissoute.
des femmes, et surtout des femmes célibataires, parmi les émigrants irlandais, voyez L'immiijration féminine aux Etats-Unis pp. 17 et 26 et L'émigration au point de vue professionnel, pp. 352 et 353.
LDS CAUACTÈRF.S PROPRES DE l'ÉMIGRATION JLIVE 209
Certes, l'émigration a aussi des effets destructifs sur la vie familiale du travailleur qualifié de l'industrie. Mais, dans cette catégorie, il est beaucoup plus rare que l'émigration crée deux unités économiques distinctes et indépendantes ; d'ordinaire, l'émigrant conserve le soin de l'entretien de sa famille dont les membres dépendent de ce que leur envoie le père ou le mari émigré ; le lien économique entre eux et lui reste à peu près le même qu'avant l'émigration. Si ce lien se détruit, si l'émigré cesse de soutenir sa famille restée au pays natal, cela équivaut, pour celte dernière, à une vraie catastrophe et le père de famille ne peut l'ignorer. On cherche donc, des deux côtés, à éviter une telle rupture, et le lien économique, qui ne disparaît pas avec l'émigration, soutient les attaches morales qui existent entre ces individus corporellement séparés. C'est, par conséquent, un phénomène plus fréquent chez l'émigrant industriel que chez l'émigrant agricole, chez l'émigrant urbain que chez l'émigrant rural, que l'émigrant fasse enfin venir auprès de lui sa famille, qu'il entretient, même quand elle reste au pays d'origine.
En .«omme, les passifs (enfants et femmes) sont plus nombreux parmi les émigrants des peuples du Nord- Ouest européen chez lesquels l'élément industriel eturbain est plus fortement représenté ; ils sont, par contre, plus rares parmi les émigrants du Sud-Est, chez lesquels l'élément agricole et rural est, pour ainsi dire, le seul important, et la vie familiale souffre beaucoup moins de l'émigration chez les premiers que chez les seconds. Etant donné la structure professionnelle de la population juive, et surtout colle des émigrants juifs, le pourcentage des femmes et des enfants parmi ces émigrants doit donc être supérieur à celui observé chez les émigrants de tous les autres peuples, et leur vie familiale doit moins s'en res-
270 LES CAUSES DE l'ÉMIGUATIO.N JllVE
sentir. C'est ce que nous avons pu constater dans la première partie de notre étude (section II, chapitre 1,11 et JII et section IH, chap. 1).
La répartition des émigrants par âges et par sexes, ainsi que les rapports entre l'émigration et la famille, rapports qui paraissent dépendre de « l'esprit » et des «vertus » de certaines races", surtout chez les Juifs où ces rapports revêtent un caractère tout à fait exceptionnel (qui, si peu connu qu'il soit des patriotes juifs, provoque pourtant, de leur part, des déclamations pathétiques au sujet des vertus familiales de la race juive), s'expliquent donc simplement par l'application de certains principes généraux à des conditions très particulières, et notamment par la comparaison et l'analyse de la structure professionnelle de la masse des émigrants, chez les Juifs et chez les autres peuples.
E. — La récente baisse de îa proportion des Juifs parmi les émigrants.
Il nous reste encore un point important à élucider. Nous avons vu (['"partie, l'"^ section, chap. II et in)que le taux d'émigration croît à l'heure actuelle, pour les Juifs, même en Russie et surtout en Autriche-tiongrie, moins rapidement que pour la population environnante et que, par conséquent, tout en conservant des dimensions énormes, l'émigration des Juifs tend déjà, à l'heure actuelle à baisser d'une façon marquée, en comparaison de l'émigration des peuples parmi lesquels ils habitent. Ce phénomène peut paraître d'autant moins compréhensible que, entre la situation économique de lu p()[)ulation juive et celle du reste de la popululioii du pii3's.
LES CARACTCRES PROPRES DE i/ÉMIGRATION JUIVE 271
il existe un lien étroit dont nous avons parlé plus haut. IMais, en réalité, la chose est bien simple. La ville et la campagne ou, plus exactement, les actifs occupés dans l'industrie et ceux qui pratiquent l'agriculture n'émigrent en masse ni au même moment ni dans la même mesure. La population industrielle, comme l'industrie elle-même, est plus mobile, elle est « progressiste » ; la population agricole, comme l'agriculture, est plus inerte, elle est conservatrice. Le régime pécuniaire et capitaliste s'établit d'abord d3.ns l'industrie, et c'est la population industrielle qui ressent la première ses effets, aussi bien négatifs que positifs ; la population industrielle change aussi plus rapidement son mode de production et s'adapte plus vite au nouveau régime économique. C'est elle encore qui recourt le plus /o/ à l'émigration comme à un des moyens d'adaptation aux conditions économiques et sociales nouvelles. — Dans l'agriculture, le régime pécuniaire et la production capitaliste pe'nétrent plus tard, et c'est naturellement plus tard que leurs effets se font sentir pour la masse ries producteurs ; môme lorsque ces effets sont déjà douloureusement ressentis, l'agriculture, et tout particulièrement l'agriculture paysanne, conserve encore longtemps ses anciennes méthodes de production ; et si l'on se décide enfin à certaines innovations dans les modes de production, ces innovations ne sont ni aussi rapides ni aussi profondes que dans l'industrie. Ce n'est que beaucoup plus tard, lorsque le paysan se voit enfermé dans une impasse, h)rs(iu'il sent l'impossibilité de continuer à vivre de sa terre, réduite avec le temps à des dimensions minuscules et, de [)lus, couverte d'hypothèques, qu'il se meta chercher dans de nouvelles voies économiques une issue à sa situation critique ; seulement, comme il ne possède pas les moyens financiers nécessaires pour relever le niveau technique
272 LES CAUSES DE l'ÉMIGUAI J0>' JLIVE
de sa production (1), il fuit par la seule issue qui lui reste, il abandonne la campagne, il s'en va essayer de relever plus tard son exploitation à l'aide des salaires apportés du dehors, ou bien il quitte la campagne et l'agriculture pour toujours. Et, alors, nous pouvons observer le même phénomène qui se produit pour toute grande masse inerte : il est très difficile de la mettre en mouvement, mais lorsque ce mouvement lui a été communiqué, il devient aussi fort, aussi irrésistible que Tétait l'ancienne immobilité. L'émigration de la campagne prend le caractère d'une espèce d'épidémie : on émigré en masse, on émigré quelquefois par villages entiers ne laissante la maison que lesfemmes, les enfants et les wleWlàtds. L'émiff rai ioîî « libre», qui commence avec rexlejision du système de pvoduclion capitalisle, est ainsi, au début, plutôt une émigration d'éléments urbains et industriels et, par la suite, au contraire, plutôt une émigration des masses rurales et agricoles. L'émigration atteint dans chaque j)ays son maximum lorsque la campagne se met en mouvement.
L'analyse détaillée de ce phénomène nous entraînerait trop loin de notre sujet proprement dit. Mais, pour que le lecteur n'ait pas l'impression que ce ne sont là que de simples hypothèses, nous jetterons un coup d'œil rapide sur le nombre des émigrants des dilTérents peuples du Sud-Est de l'Europe (chez lesquels l'émigration est encore un phénomène (le date relativement très récente), et nous verrons de quelle façon ces émigrants se sont répartis entre les villes et les campagnes, ou mieux, entre les professions industriellei et commerciales, d'une part, et l'agriculture, d'autre part, d'abord en 189!) et ensuite en 1910. Nous obtiendrons le tableau ci-dessous (2).
(l)Car nous parlons ici des grandes masses et non des exceptions plus ou moins fréquentes.
(2) Les « domesliques» [iervunls) ne sauraient tHre rangés ni
LES CARACTÈUES PROPRES DE l'ÉMIGRATIO.N JUIVE 273
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