PRELIMINAIRES
possède un intérêt pratique de tout premier ordre. Le « pour » et le « contre » invoque's à l'égard de cette immigralion se ramènent à de pures conjectures a priori^ dont chacune renferme sans doute une part de vérité. -Quant à la question de savoir laquelle de ces différentes influences supposées est la plus forte et décide, en dernier ressort, du caractère réel du phénomène, ou dans quelles circonstances l'une ou l'autre de ces influences est la plus efficace, c'est là des problèmes difficiles à élucider, faute d'observations systématiques, variées et suffisamment nombreuses. Qu'il nous soit pourtant permis, dans ces conditions, de formuler à notre tour une hypothèse : Les j)ro fessions des immigrants juifs étant entièrement différentes de celles de la masse des immigrants non juifs, cette masse fournit à elle seule un vaste marché pour les immigrants juifs ; et si ces derneirs arrivent -tout de même à faire concurrence aux travailleurs américains occupés dans les mêmes prof essioiis qiieu.r^cette concurrence se trouve, par lù-mème, fortement atlèn.uée ; ■cette concurrence est, de plus, contrebalancée par les 4frands débouchés que les immigrants juifs, concentrés dans un très petit nombre de professions, offrent {comme consommateurs) aux produits des autres branches de l'activité économique des Américains. D'après les faits que nous avons analysés plus haut, cette hypothèse paraît certainement très plausible.
Du reste, les adversaires de fimmigration aux Etats- Unis attaquent les émigrants du Sud-Est de l'Europe surtout parce que ceux-ci se composent de travailleurs non-qualiliés, qui, de plus, n'ont [)as besoin ^de salaires élevés (cela, en partie, grâce à ce fait que leurs familles restent dans le village natal) et qui ne viennent aux Etats-Unis que pour un certain temps après leijuel ils emportent les économies faites en AiiuMifiue. (-es iucri-
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minations, justes ou non, ne peuvent pas viser les immigrants juifs, qui sont presque tous des immigrants détinitifs (tableau VIII), qui ont le pourcentage de travailleurs qualifiés le plus élevé (tableau XX) et parmi lesquels la proportion des femmes et des enfants est également plus forte que chez les émigrants de tous les autres peuples européens (tableaux X, XII et XVIII).
Nous nous bornerons également à signaler une autre question, intéressante surtout au point de vue de la classe ouvrière, à savoir le rôle de l'émigration dans la « prolétarisation » de la petite bourgeoisie juive. Le phénomène existe, à n'en pas douter. Il y a, en effet, partout, et surtout chez les Juifs, une foule de petits bourgeois, petits commerçants et artisans « indépendants », qui sont plongés dans une telle misère que la situation de salarié leur paraît vraiment enviable, mais que la honte d'une « dégradation » sociale empêche pourtant de renoncer à leur <i indépendance », à leur « maîtrise » pour se faire lésa serviteurs » d'un collègue plus riche, dans le bourg ou dans la petite ville où tout le monde les connaît. Ils préfèrent donc émigrer pour devenir des salariés au delà de l'océan où ils ne seront pas entourés des témoins de leur dégradation et où leur situation de salarié productif ne sera nullement considérée comme humiliante. Pour beaucoup de J uifs, l'émigration devient ainsi la voie conduisant de la petite bourgeoisie au prolétariat. Pour les petits commerçants, l'émigration contribue souvent aussi à un changement de profession, notamment au passage du commerce à l'industrie(i). L'émigration du pat/s )iatal entraîne donc, tri's souvent, le passage d'une classe sociale à une autre et parfois aussi d'une profession à une autre.
(1; Comparez plus liaut (paye 123, note) les données de l'enquête de Homel.
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Quant aux dimensions plus ou moins approximatives de ce phénomène chez les Juifs, aux changements qui se sont produits à cet égard avec le temps, aux professions où il existe une plus grande connexité entre l'émigration et la « prolétarisation », etc., tout cela reste inconnu.
Et même les questions que nous examinerons de plus près, et auxquelles nous consacrerons des chapitres entiers, ne seront, pour la plupart, qu'effleurées, plutôt qu'analysées à fond et avec toute la précision voulue. Le manque de matériaux nous y contraint.