EMIGRATION ET SITUATION ÉCO.NOMIQLE DE LA POPULATION
riode. Cela ne veut nalurellement pas dire que tous les tailleurs juifs, ou même que tous ceux qui habitaient le pays vers la fin du xix* siècle, aient émigré de Russie. Depuis 1891), de nouveaux contingents de tailleurs se sont formés et, parmi les émigrés, il y a eu évidemment un grand nombre de gens qui ne sont devenus tailleurs qu'après cette date. iMais, étant donné une pareille fluidité de la masse ouvrière juive dans ses professions « encombrées», les meilleures conditions de travail et de vie qu'elle conquiert au prix de grands sacrifices sont, en général, bien éphémères, et les organisations qui se forment parmi les travailleurs de ces professions sont, au fond, des constructions bâties sur le sable.
Et c'est ainsi que s'explique un phénomène assez curieux du mouvement ouvrier juif en Russie : les tailleurs, qui appartiennent générabment aux éléments ouvriers les plus intelligents et les plus aptes à l'organisation et qui, dans d'autres pays, ont été parm.i les premiers à former des syndicats professionnels, les tailleurs qui sont, chez les Juifs aussi, parmi les ouvriers les plus conscients et qui, enfin, de par leur nombre, occupent chez les Juifs une place tout à fait hors pair, ne sont pourtant pas arrivés à fonder une organisation régionale, ni même de durables organisations locales, comme l'ont fait, par exemple, chez les Juifs eux-mêmes, les ouvriers sur soies de porc (autrement dits brossiers) ou les tanneurs, qui ont réunis en des organisations régionales la presque totalité des ouvriers du métier, et dont les premiers ont môme conquis la journée de huit heures. Chez les tailleurs juifs, nous trouvons toujours du « mouvement », de l'agitation, mais pas d'organisations plus ou moins solides. Une des principales causes de ce fait doit certainement résider dans l'émigration en masse dos tailleurs juifs.
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290 EFFETS DE l'ÉMIGRATION JUIVE
Comme on le voit, les vapeurs du Norddeiitscher îAoïjd, de la Hamburg American Line, de la Russia American Line, et d'autres qui font d'excellentes afTaires en transportant les émigrants juifs de Russie en Amérique, sont loin d'être ces «. arches de Noé » dont nous avons parlé plus haut. Puisque l'émigration enlève à la population juive de Russie ses éléments les plus jeunes, les plus actifs, les plus énergiques et les plus productifs, il n'y a vien d'étonnant que ceux qui restent attendent avec impatience chaque dollar qui vient de l'Amérique.
En somme, l'émigration en masse est, de la part de la population juive, ime façon de se tirer de sa situa^ lion critique actuelle, une méthode dictée par le principe de moindre effort, mais qui est loin de fournir la meilleure solution à la formidable crise économique traversée par les Juifs contemporains dans l'Europe Orientale.