‹ Le juif errant (volume 2)Chapitre 15 sur 53 · SA DÉCISION · texte numérisé non relu

SA DÉCISION

Morok portait son bras gauche en ëcharpe; après avoir lentement gravi l'psralier, il salua respectueusement le bourgmestre. Ai'ftspect

LE JUIF EHUANT 95

«le la sinistre figure du dompteur de bêtes, Rose et Blanche, eifrâyées, reculèrent d'un pas et se rapprochèrent du soldat.

Le fnjnt de celui-ci se rembrunit; il sentit de nouveau sourdement biiuillonner sa colère contre Moruk, cause de ses cruels embarras (il ignorait pourtant que Goliatli eût, à l'instigation du Proptiète, volé le portefeuille et les papiers).

— Que voulez-vous, Morok? — lui dit le bourgmestre d'un air moitié bienveillant, moitié fâché. — Je voulais être seul, je l'avais dit à l'aubergiste.

— Je viens vous rendre un service, monsieur le bourgmestre.

— Un seivico?

— Un grand service; sans cela je ne me serais pas permis de vous déranger 11 m'est venu un scrupule.

— Un scrupule?

— Oui, monsieur le brargmertre; je me suis reproché de ne pas vous avoir dit ce que j'f vais à vous dire sur cet homme; déjà une fausse pitié m'avait égfxé.

— Mais enfin, qu'a- ez-vous à dire?

Morok s'approclia iu juge et lui parla tout bas pendant assez longtemps.

D'abord très étonné, peu à peu la physionomie du bourgmestre devint profondément altcMitive et snufieuse; de temps en temps il laissait échapper une exclamation de surprise et de doute, en jetant des regards de côté sur le groupe formé par Dagobert et les deux jeunes tilles. A l'expi-ession de ses reg-irds, de plus en plus inquiets, scrutateurs et sévères, on voyait l'acilement que les paroles secrètes du Prophète changeaient progressivement l'intérêt que le magistrat avait ressenti pour les orphehnes et poui* le soldat, en un sentiment rempli de défiance et d'hostilité.

Dagobert s'aperçut de ce revirement soudain; ses craintes, un instant calmées, revinrent plus vives que jamais. Rose et Blanche, interdites, et ne comprenant rien à cette scène muette, regai-daien* le soldat avec une ansiélé croissante.

— Diable!... — dit le bourgmestre en se levant brasquement, — je n'avais pas songé à tout cela; où donc avais-je la tête? Ma>s que Voulez-vous, Morok, lorsqu'on vient au milieu de la nuit vous éveiller, on n'a pas toute sa liberté d'esprit; c'est un grand service que vous me rendez là, vous me le disiez bien.

— Je n'alfirme rien, cependant...

— C'est égal, il y a mille à parier contre un que vous avei raison

— Ce n'est qu'un soupçon fondé sur quelques circonstances; mai* enfin un soupçon...

— Pont mettr-? «ir la voie de la vérité... Et moi qui allais, ccamne

un oison, donner dans le piège... Encore une fois, où avais-je donc a tête?...

— Il est si difficile de se défendre de certaines apparences...

— A qui le dites-vous, mon cher Morok, à qui le dites-vous ?

Pendant cette conversation mystérieuse, Dagobert était au supplice; il pressentait vaguement qu'un violent orage allait éclater; il ne songeait qu'à une chose, à maîtriser encore sa colère.

Morok s'approcha du juge en lui désignant du regard les orphelines; il recommença de lui parler bas.

— Ah ! — s'écria le bourgmestre avec indignation, — vous allez trop loin.

— Je n'affirme rien... — se hâta de dire Morok, — c'est une simple présomption fondée sur... — Et de nouveau il approcha ses lèvres de l'oreille du juge.

— Après tout, pourquoi non? — reprit le juge en levant les mains au ciel; — ces gens-là sont capables de toiit; il dit aussi qu'il vient de la Sibérie avec elles; qui prouve que ce n'est pas un amas d'impudents mensonges? Mais on ne me prend pas deux fois pour dupe, — s'écria le bourgmestre d'un ton courroucé; car, ainsi que tous les gens d'un caractère versatile et faible, il était sans pitié pour ceux qu'il croyait capables d'avoir surpris son intérêt.

— Ne vous hâtez pourtant pas de juger... ne donnez pas surtout à mes paroles plus de poids qu'elles n'en ont, — i-eprit Morok avec une componction et une humilité hypocrites ; — ma position envers cet homme, — et il désigna Dagobert, — est malheureusement si fausse, que l'on pourrait croire que j'agis par ressentiment du mai qu'il m'a lait ; peut-être même est-ce que j'agis ainsi à mon insu... tandis que je crois au contraire n'être guidé que par l'amour de la justice, l'horreur du mensonge et le respect de notre sainte religion. Entln... qui vivra... verra... que le Seigneur me pardonne si je me suis trompé ; en tout cas, la justice prononcera ; au bout d'un mois ou deux ils seront libres, s'ils sont innocents.

— C'est pour cela qu'il n'y a pas à hésiter ; c'est une simple mesure de prudence, et ils n'en mourront pas. D'ailleurs, plus j'y songe, plus cela me paraît vraisemblable; oui, cet homme doit être un espion ou un agitateur français ; si je rapproche mes soupçons de celte manifestation des étudiants de Francfort...

— Et daAs cette hypothèse, pour monter, pour exalter la tête de ces jeunes fous, il n'est rien de tel que... — Et d'un regard rapide, Morok désigna les deux sœurs; puis, après un instant de silence significatif, il ajouta avec un souph" : — Pour le démon, tout moyen est bon...

— Certainement; ce serait odieux, mais parfaitement imaginé...

— Et puis enfin, monsieur le bourgmestre, examinez-le atten-«

tivement, et vous verrez que cet homme a une Ogure dangereuse... Voyez... — En parlant ainsi, toujours à voix basse, Morok venait de désigner évidemment Dagobert.

MaJgi-é l'empire que celui-ci :xerçait jur ,ui-même, la contrainte où il se trouvait depuis son arrivée dans cette auberge maudite, et surtout depuis le commencement de la conversation de Morok et du bourgmestre, unissait par être au-dessus de ses forces ; d'ailleurs, i voyait clairement que ses efforts pom^ se concilier l'intérêt du juge venaient d'être complètement ruinés par la fatale influence du dompteur de bètes; aussi, perdant patience, il s'approcha de celui-ci, les bras croisés sur la poitrine, et lui dit d'une voix encore contenue : — C'est de moi que vous venez de parler tout bas à monsieur le bourgmestre?

— Oui, — dit Morok en le regardant fixement.

— Pourquoi n'avez-vous pas parlé tout haut ?

L'agitation presque convulsive de l'épaisse moustache de Dagobert, qui, après avoir dit ces paroles, regarda à son tour Morok entre les deux yeux, annonçait qu'un violent combat se livrait en lui. Voyant son adversaire garder un silence moqueur, il lui dit d'une voix plus haute : — Je vous demande pourquoi vous parlez bas à monsiem" le bourgmestre quand il s'agit de moi ?

— Parce qu'il y a des choses honteuses que l'on rougirait de dire tout haut, — répondit Morok avec insolence.

Dagobert avait tenu jusqu'alors ses bras croisés. Tout à coup il les tendit violemment en serrant les poings... Ce brusque mouvement fut si expressif, que les deiLX sœurs jetèrent un cri d'effroi en se rapprochant de lui.

— Tenez, monsieiu' le bourgmestre, — dit le soldat, les dents serrées par la colère, — que cet homme s'en aille... ou je ne réponds plus de m.oi.

— Comment ! — dit le bourgmestre avec hauteur, — des ordres à moi... A'ous osez...

— Je vous dis de faire descendre cet homme, — reprit Dagobert hors de lui, — ou il arrivera quelque malheur ! !

— Dagobert... mon Dieu... calme-toi, — s'écrièrent les enfants en lui prenant les mains.

— 11 vous sied bien , misérable vagabond , poiu- ne pas dire plus, de commander ici ! — reprit enfin le bourgmestre furieux. — Ah ! vous croyez que pour m'abuser il suffit de dire que vous avez perdu vos papiers! Vous avez beau traîner avec vous ces dettx jexmes filles, qui, malgré leur air innocent... pourraient bien n'être que...

— Malheureux! — s'écria Dagobert en interrompant le bourgmestre d'un regard si terrible, que le juge n'osa pas achever.

■n LE a; IF r.unANT

Le soldat prit les enfants par le bras^ et, sans qu'elle? eussent pu

(1i re un mot, il les fit, en une seconde, entrer dans la chambre; puis,

•rmant la porte, mettant la clef dans sa poche, il revint précipi-

mnicnt vers le bourgmestre, qui, efirayé de l'attitude et de la phy-

ijnomie menaçante du vétéran, recula de deux pas en arrière et se

nt d'une main à la rampe de l'escalier,

— Écoutez-moi bien, vous! — dit le soldat en saisissant le juge par le bras. — Tantôt, ce misérable m'a insulté... — et il montra Morok. — J'ai tout supporté... il s'agissnit de moi. Tout à l'heure, j'ai écouté patiemment vos sornettes, parce que vous avez eu l'air un moment devons intéressera ces malheureux enfants; mais puisque vous n'avez ni cœur, ni pitié, ni justice... je vous préviens, moi, que tout bourgmestre que vous êtes... je vous crosserai comme j'ai crosse ce chien, — et il montra de nouveau le Prophète, — si vous avez le malheur de ne pas par.er de ces deux jeimes filles comme vous parleîiez de votre enfant... entendez-vous!

— Comment... vous osez dire... — s'écria le bourgmestre balbu- ( irait de colère, — que si je parle de ces deux aventurières...

— Chapeau bas... quand on parle des filles du maréchal duc de Lign\ ! — s'éciia le soldat en arrachant le bonnet du bourgmestre, et le jetant à ses pieds.

A cette agression, Morok tressaillit de joie. En eflet, Dagoberf, exaspéré, renonçant à tout espoir, se laissait malheureusement aller u la violence de son caractère, si péniblement contenue depuis quelques heures.

Lorsque le bourgmestre vit son bonnet à ses pieds, il regarda le dompteur de bêles avec stupeur, comme s'il hésitait à croire à une paii'ille ériormité.

Dagobert, regrettant son emportement, sachant qu'il ne lui restait aucun moyen de couciliatiouj jeta un coup d'oeil rapide autour de lui, et, reculant de quelques pas, gagna ainsi les prem-ières marches de l'escalier.

Le bourg iiestre se tenait debout, à côté du banc, dans un angle du palier ; Morok, le bras en écharpe, afin de donner une plus sérieuse apparence à sa blessure, était auprès du m;igistrat. Celui-ci, il ompé par le mouvement de retraite de Dagobert, s'écria : — Ah ! lu ci'ois échapper après avoir osé porter la main sur moi... vieux miséiable ! !

— Monsieur le bourgmestre... pardonnez-moi... C'est un mouvement de vivacité que je n'ai pu maîtriser ; je me reproche ce'te violence, — dit Dagobert d'une voix repentante, en baissant harablement la tète.

— - r .;.- iïc f.'.lié pour toi... ma'.hoiitnn ! Tu xcm. rcccmmoûccr ï

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m'attendrir avec ton air câlin ! mais j'ai pénétré tes secrets desgeins... Tu n'es pas ce que tu parais èlre, et il pourrait bien y avoir une affaire d'État au fond de tout ceci, — ajouta le niagisliat d'un ton extrêniement diplomatique. — Tous moyens sont bons pour les gens qui voudraient mettre l'Europe en feu.

— Je ne suis qu'un pauvre diable... monsieiu- le boiu-gmesti-e... Vous avez si bon cœur, ne soyez pas impitoyable !...

— Ah ! tu m'arraches mon bonnet !

— Mais vous, — ajouta le soldat en se tournant vers Morok, — vous qui êtes caufe de tout... ayez pitié de moi... ne montrez pas de rancime... Vous qui êtes im saint homme, dites au moins un mot en ma faveur à monsieur le bourgmestre.

— Je lui ai dit... ce que je devais lui dire... — répondit ironiquement Morok.

— Ah ! ah ! te voilà bien penaud h cette heure, vieux vagabond... Tu croyais m'abuscr par tes jcrémiadcs, — repiil le bourgmestre eu s'avançant veis Dagobert; — Dieu merci! je ne suis plus ta dupe... Tu verra? qu'il y a à Leipzig de bons cachots pour les agitateurs fjançais et pour les coureuses d'aventures, car tes donzelles ne valent pas mieux que toi... Allons, — ajouta t- il d'un ton important, en gonflmt ses joues, — allons, descends devant moi... Quant à toi, Morok, tu vas...

Le bourgmestre ne put achever. Depuis (pielques minutes, Dagobcil ne cberchait qu'à gagner du temps ; il étudiait du coin de l'ueil une porte ontr'ouverte. faisant face, sur le palier, à la chambre occupée par les orphelines ; trouvant le moment favorable, il s'élança, rapide comme la foudre, sur le bourgmestre, le prit à la gorge et le jeta si rudement contre la porte entre-bàidée, que le magisirat, stupéfait de cette brusque attacjue, ne pouvant dire une parole ni pousser un cri, alla rouier au fond de la chambre complètement obscure. Puis, se retournant vers Morok, (|ui, le bras en écharpe, et voyant l'escalier libre, s'y précipitait, le soldai le rattrapa par sa longue chevelure flottante, l'attira à lui, l'enlaça dans ses bras de fer, lui mit la main sur la bouche pour étoufler ses cris, et, malgré sa résistance désespérée, le poussa, le traîna dans la chambre, au fond de laquelle le bourgmestre gisait déjà confus et étourdi.

Après avoir fermé la porte à double tour, et mis la clef dans sa poche, Dagobert, en deux bonds, descendit l'esc;\lier qui aboutissait à lin couloir donnant sur la cour. La porte de l'auboi-ge était ferince : impos^ible de sortir de ce côté. La pluie tombait à torrents; il vit à travers les camaux d'une salle basse, éclaii-ée par la lueur du feu, l'hôte et ses gens attendant la décision du bourgmestre. Verrouiller la porte du couluii', et intercepter ainsi toute communication

avec la cour, ce (ut pour le soldat Taflaire d'une seconde, et il nsraonta rapidement rejoindre les orphelines.

Morok, revenu à lui, appelait à l'aide de toutes ses forces ; mais lor^s même que ses cris auraient pu être entendus malgi-é la distance, le bruit du vent et de la pluie les eût étouflés. Dagohert avait donc environ une heure à lui, car il fallait assez de temps pour que l'on s'étonnât de la longueur de son entretien avec le magistrat; et une fois les soupçons ou les craintes éveillés, il fallait encore briser les deux portes, celle qui fermait le couloir de l'escalier et celle de la chambre où étaient renfermés le bourgmestre et le Prophète.

— Mes enfants, il s'agit de prouver que vous avez du sang de sol- ''at dans les veines, — dit Dagobert en entrant brusquement chez les jeunes filles, épouvantées du bruit qu'elles entendaient depuis quelques moments.

— Mon Dieu! Dagobert, qu'arrive-t-il? — s'écria Blanche.

— Que veux-tu que nous fassions? — reprit Rose.

Sans répondre, le soldat courat au lit, en retira les draps, les noua rapidement ensemble, fit un gros nœud à l'un des bouts, qu'il plaça sur la partie supérieure du vantail gauche de la fenêtre, pré^^^ lablement cntr'ouvert, et ensuite refermé. Intérieurement retenu par la grosseur du nœud, qui ne pouvait passer entre le vantail et l'encadrement de la croisée, le di-ap se trouvait ainsi solidement fixé; son autre extrémité, flottant en dehors, atteignait le sol; le second buttant de la fenêtre, restant ouvert, laissait aux fugitifs un passage suffisant.

Le vétéran prit alors son sac, la valise des enfants, la pelisse de peau de renne, jeta le tout par la croisée, fit un signe à Rabat-Joie, et l'envoya, pour ainsi dire, garder ces objets. Le chien n'hésita pas, d'un bond il disparut.

Rose et Blanche, stupéfaites, regardaient Dagobert sans prononcer une parole.

— Maintenant, mes enfants, — lem* dit-il, — les portes de l'auberge sont fermées.... du courage... — Et leur montrant la fenêtre : — Il faut passer là, ou nous sommes arrêtés, mis en prison... vous d'un côté... moi de l'autre, et notre voyage est flambé.

— Arrêtés!... mis en prison ! — s'écria Rose.

— Séparées de toi ! — s'écria Blanche.

— Oui, mes pauvres petites ! On a tué Jovial... 11 faut nous sauver à pied, et tâcher de gagner Leipsig... Lorsque vous serez fatiguées, je vous poilcrai tour à tour, et quand je devrais mendier sur la route, nous arriverons... Mais un quart d'heuie i)lus tard, et tout est perdu... Allons, enfants, ayez confiance en Uioi... Montrez que les filles du général Simon ne sont pas poltronnes... et il nous reste encore de l'espoir.

Par un mouvement sympathiqiie, les deux sœurs se prirent par la main comme si elles eussent voulu s'unir contre le danger; leurs charmantes figures, pâlies par tant d'émotions, exprimèrent alors une re'solution naïve qui prenait sa source dans leur- foi aveugle au dévouement du soldat.

— Sois tranquille, Dagobert... nous n'aurons pas peur, — dit Rose d'une voix ferme.

— Ce qu'il faut faire... nous le ferons, — ajouta Blanche d'une voix non moins assurée.

— J'en étais sûr!... — s'écria Dagobert, — bon sang ne peut mentir... En route! vous ne pesez pas plus que des plumes, le drap est solide, il y a huit pieds à peine de la fenêtre en bas... et Rabat- Joie vous y attend...

— C'est à moi de passer la première, je suis l'aînée aujourd'hui! — s'écria Rose après avoir tendrement embrassé Blanche. Et elle courut vers la fenêtre, voulant, s'il y avait quelque péril à descendre d'abord, s'y exposer à la place de sa sœur.

Dagobert devina facilement la cause de cet empressement.

— Chers enfants, — leur dit-il, — je vous comprends, mais ne craignez rien l'une pour l'autre, il n'y a aucun danger... j'ai attaché moi-même le drap... Allons, vite, ma petite Rose.

Légère comme un oiseau, la jeune fille monta sur l'appui de la fenêtre; puis, bien soutenue par Dagobert, elle saisit le drap, et se laissa glisser doucement d'après les recommandations du soldat, qui, le corps penché en dehors, l'encourageait de la voix.

— Ma sœur... n'aie pas peur... — dit la jeune fille à voix basse, dès qu'elle eut touché le sol, — c'est très facile de descendre comme cela; Rabat- Joie est là qui me lèche les mains...

Blanche ne se fit pas attendre; aussi courageuse que sa sœur, elle descendit avec le même bonheur.

— Chères petites créatm-es, qu'ont-elles fait pour être si malheureuses?... Mille tonnerres!!! il y a donc im sort maudit sur cette famille-là! — s'écria Dagobert le cœur brisé, en voyant disparaître la pâle et douce figure de la jeune fille au milieu des ténèbres de cette nuit profonde, que de viulentes rafales de vent et des torrents de pluie rendaient plus sinistre encore.

— Dagobert, nous t'attendons; viens vite... — dirent à voix basse les orphelines, réunies au pied de la fenêtre.

Grâce à sa grande taille, le soldat sauta, plutôt qu'il ne se laissa glisser à terre.

Dagobert et les deux jeunes filles avaient, depuis un quart d'heure à peine, quitté en fugitifs l'auberge du Faucon blanc, lorsqu'un violent craqucîiient retentit dans I4 maison. La porte avait cédé aux

efforts du botirgmestrc et de Morok^ qui s'étaient sen is d'une lourde table pour bélier. Guidés par la lumière, ils accoururent dans la chambre des orphelines, alors déserte.

Morok vit les draps flotter au dehors, et s'écria : — Monsieur le bourgmestre,., c'est par la fenêtre qu'ils se sont sauvés; ils sont à pied... pur cette nuit orageuse et noire, ils ne peuvent être loin.

— Sans doute... nous les rattraperons... Misérables vagabonds!... Oh !... je me vengerai... Vite, xMorok... il y va de ton honneur et du mien...

— ne mon honneur?... Il y va de plus que cela pour moi, monsieur le bourgmestre, — répondit le Prophète d'un ton courroucé; puis, descendant rapidement lescalier, il ouvrit la porte de la cour, et s'écria d'une voix retentissante : — Goliath... déchaîne les chien? !... et vous, l'hôte, des lanternes, des perches... Arir.ez vos gens,., faites ouvrir les portes. Courons après les fugitifs; ils ne peuvent nous échapper... il nous les faut... p:Ci(S ou vils.

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