‹ Le juif errant (volume 2)Chapitre 16 sur 53 · LES MESSAGES · texte numérisé non relu

LES MESSAGES

Morok, le dompteur de bêtes, voyant Dagobcrt privé de son cheval, dépouillé de ses papiers, de son aigent, et le croyant ainsi hors d'état de continuer sa route, avait, avant l'arrivée du bourgmestre, envoyé

' « En lisant dans les règles do l'ordre des Jésuites, sous le titre De formula sertbitiii (Instit. II, XI, p, 125-129), la développement de la huitième partie des Constitutions, on est effrayé du nombre de relations, de registres, d'écrits de tout genre^ conservés dans les archives de la société. >

< C'est une police infiniment plus exacte et mieux informée que ne l'a jamais étt celle d'aucun État. Le pouvernement de Venise lui-même se trouvait surpa>sé par le Jésuites; lorsqu'il les chassa, en It^Oô, il saisit tous leurs papiers, et leur reprocha LEOR GRANDE BT pémible ccriosité. (."etie pdice, cette inquisitioa st:'crète, portées à an tel d«iîre de perfection, font coaipreniira toute la puiss^uice d'un gouvernement ei bien instruit, si persévérant dans ses projets, si puissant par Tunité, et, commo lu disent les Constitutions, par l'union de ses membrts. — On comprend sans peina <}ii«U» for«« K»a)9n>io acquiert le ^otrvvtrireodnt de cette »>ci«it^, et coauneot )e ye»

Karl à Leipsig porteur d'une lettre que celui-ci devait immédiatement mettre à la poste. L'adresse de cette lettre était ainsi conçue :

A monsieur Rodin, rue du Milieu-des-Ursins, n« H,

à Paris.

Vers le milieu de cette rue solitaire, assez ignorée, située audessous du niveau du quai Napoléon, où elle débouche, non loin de Saint-Landry, il existait aloi-s une maison de modeste apparence, élevée au fond d'une cour sombre, étroite et isolée de la rue par un petit bâtiment de façade, percée d'une porte cintrée et de deux croisées garnies d'épais barreaux de fer.

Rien de plus simple que rinlérieur de cette silencieuse demeure, ainsi que le démontrait l'ameublement d'une assez grande salle au rez-de-chaussée du corps de logis principal. Do vieilles boiseries grises couvraient les murs; le sol, carrelé, était peint en rouge et soigneusement ciré; des rideaux de calicot blanc se drapaient aux croisées. Une sphère de quatre pieds de diamètre environ, placée sur un piédestal de chêne massif à l'autre extrémité de la chambre, faisait face à la cheminée. Sur ce globe d'une grande échelle, on remarquait une foule de petites croix rouges disséminées sm" toutes les parties du monde; du nord au sud, du levant au couchant, depuis les pays les plus barbares, les îles les plus lointaines, jusqu'aux nations les plus civilisées, jusqu'à la France, il n'y avait pas une contrée qui n'ofl'rit plusieurs endroits marqutîs de ces petites croix rouges servant évidemment de signes indicateurs ou de points de repère. Devant une table de bois noir chargée de papiers et adossée au mur à proximitiJ de la cheminé», une chaise était vide; plus loin, entre les deux fenêtres, on voyait un grand bm-eau de noyer, surmonté d'étagères remplies de cartons.

A la fin du mois d'octobre 1831 , vers les huit heures du malin, assis à ce bureau, un homme écrivait. Cet homme était Al. Rodin, le correspondant de Moiok, le dompteur de bètes.

Agé de cinquante ans, il portait une vieille redingote olive, râpée, ftu collet graisseux, un mouchoir à tabac [tour cravate, u» gilet et un pantalon de diap noir qui montraient la corde; ses pieds, chaussés je gros souliers huilés, reposaient sur un petit carré de tapis vi l't placé sur le carreau rouge et biiilant. Ses cheviux gris s'aplatissaient

néral des Jésuites pouvait d're au due dp Brissac : « Db ctTTB en imdrb- MONSisna

lE GOUVKRNB NONSBCLEMENT Là ChINK. MAIS LK MONDE ENTIER, SANS QOK PB*»

^■•■.;jNE S' CUB COMMENT ctw SE FAIT. > iLe* Cûri5!tituîioû< des Jésuite", 'Vpo ! ;i 1 .'cJareticrsf, teifc Istin-, d'a^irès l'édnica de Tre^iwi ^. 476 à 4T«). — Psris, 1F?4.)

sur ses tempes et couronnaient son front chauve ; ses sourcils («taienl â peine indiqués; sa paupière supérieure, flasque et retombante comme la membrane qui voile à demi les yeux des reptiles, cachait a moitié son petit œil vif et noir; ses lèvres minces, absolument incolores, se confondaient avec la teinte blafarde de son visage maigre au nez pointu, au menton pointu. Ce masque livide, et pour ainsi dire sans lèvres, semblait d'autant plus étrange qu'il était d'une immobilité sépulcrale; sans le mouvement rapide des doigts de

^ M. Rodin, qui, courbé sur son bureau, faisait grincer sa plume, on

i l'eût pris pour un cadavre.

i A l'aide d'un chiffre (alphabet secret) placé devant lui, il transcrivait, d'une manière inintelligible pour qui n'eût pas possédé la clef de ces signes, certains passages d'une longue feuille d'écritui-e. Au milieu de ce silence profond, par un jour bas et sombre qui faisait paraître plus triste encore cette grande pièce froide et nue, il y avait quelque chose de sinistre à voir cet homme, à figm'e glacée, écrire en caractères mystérieux.

Huit heures sonnèrent. Le marteau de la porte cochère retentit sourdement, puis un timbre frappa deux coups; plusieurs portes s'ouvrirent, se fermèrent, et un nouveau personnage entra dans cette chambre. A sa xne, M. Rodin se leva, mit sa plume entre ses doigts, salua d'un air profondément soumis, et se remit à sa besogne sans prononcer une parole.

Ces deux personnages offraient un contraste frappant. Le nouveau venu, plus âgé qu'il ne le paraissait, semblait avoir au plus trentesix ou trente-huit ans; il était d'une taille élégante et élevée : on aurait difficilement soutenu l'éclat de sa large prunelle grise, brillante comme de l'acier; son nez, large à sa racine, se terminait par un méplat carrément accusé; son menton prononcé étant partout rasé, les tons bleuâtres de sa barbe, fraîchement coupée, contrastaient avec le vif incarnat de ses lèvres et la blancheur de ses dents, qu'il avait très belles. Lorsqu'il ôta son chapeau pour prendre sur la petite table un bonnet de velours noir, il laissa voir une chevelure châtain clair que les années n'avaient pas encore argentée. Il était vêtu d'une longue redingote militairement boutonnée jusqu'au cou. Le regard profond de cet homme, son front largement coupé, révélaient une grande intelligence, tandis que le développement de sa poitrine et jde ses épaules annonçait une \igourcu:e organisation physique; enfin, la distinction de sa toiu'nurc, le soin avec lequel il était ganté et chaussé, le léger parfum qui s'exhalait de sa chevelure et de sa personne, la grâce et l'aisance de ses moindres mouvements trahissaient ce que l'on appelle l'homme du monde, et donnaient à penser qu'il avait pu ou qu'il pouvait encore prétendie à tous les

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genres de succès, depuis les plus frivoles jusqu'aux plus sérieux. De cet accord si rare à renconti-er, force d'esprit, force de corps et extrême élégance de manières, il résultait un ensemble d'autant plus remarquable, que ce qu'il aurait eu de trop dominateur dans la partie supérieure de cette figure énergique était, pour ainsi dire, adouci, tempéré par l'affabilité d'un sourire constant, mais non pas uniforme; car, selon l'occasion, ce sourire, tour à tour affecta eu:: ou malin, cordial ou gai, discret ou prévenant, augmentait encoi-. le charme insinuant de cet homme, que l'on n'oubliait jamais do.. qu'une seule fois on l'avait vu. ÎSéanmoins, malgré tant d'avant âge.réunis, et quoiqu'il vous laissât presque toujours sous l'influence iUson irrésistible séduction, ce ressentiment était mélangé d'une vague inquiétude, comme si la grâce et l'exquise urbanité des manières d^^ ce personnage, l'enchantement de sa parole, ses flatteries délicates, l'aménité caressante de son sourire eussent caché quelque piège insidieux. L'on se demandait enfln, tout en cédant à une sympathie involontaii'ej si l'on était attiré vers le bien... ou vers le mal.

M. Rodin, secrétaire du nouveau venu, continuait d'écrire.

— Y a-t-il des lettres de Dunkerque, Rodin? — lui demanda son maître.

— Le facteur n'est pas encore arrivé.

— Sans être positivement inquiet de la santé de ma mère, puisqu'elle est en convalescence, — reprit l'autre, — je ne serai tout à fait rassuré que par une lettre de madame la princesse de Saint- Dizier... mon excellente amie... Enfin, ce matin, j'aurai de bonnes nouvelles, je l'espère...

— C'est à désirer, — dit le secrétaire aussi humble, aussi soiunis que laconique et impassible.

— Certes, c'est à désirer, — reprit son maitre, — car un des meilleurs jours de ma vie a été celui où la princesse de Saint-Dizier m'a appris que cette maladie, aussi brusque que dangereuse, avait heureusement cédé aux bons soins dont ma mère est entourée... par elle... sans cela je partais à l'instant pour la terre de la princesse, quoique ma présence soit ici bien nécessaire... — Puis, s'appi'ochanr. du bureau de son secrétaire, il ajouta : — Le dépouillement de la correspondance étrangère est-il fait?

— En voici l'analyse...

— Les lettres sont toujours venues sous enveloppes aux demeui-eâ indiquées... et apportées ici selon mes ordres?

— Toujours...

— Lisez-moi l'analyse de cette correspondance : s'il y a des lettre! auxquelles je doive répondre moi-même, je vous le dirai.

Et le maître de Rodin commença de se promener de long en large dans la thambre. les mains croisées derrière le dos, dictant ù mesui o des observations que Rodin notait soigneusement.

Le secrétaire prit un dossier assez volumineux, et commença ainsi ; — Don Ramon Oiivarès accuse de Cadix récoplion de la IcUrc nu ■ méro 19, il s'y conformera et niera toute participation à l'enlcvcmen! .

— Rien à classer.

— Le comte Romanof de Riga se trouve dans une position embarrassée...

— Dire à Duplessis d'envoyer un secours de cinquante louis; j'ai autrefois servi comme capitaine dans le régiment du comte, et depuis il a donné d'excellents avis.

— On a reçu à Philadelphie la dernière cargaison d'histoire g. France expurgée à l'usage des fidèles; on en redemande, la première éteint épuisée,

— Prendre note, en écrire à Duplessis... Poursuivez.

— M. Spindler envoie de Namur le rapport secret demandé sur M. Ardouin.

— A analyser...

— M. Ardouin envoie de la même ville le rapport secret demandé sur M. Spindler.

— A analyser...

— Le docteur Van Ostadt, de la même ville, envoie une note con fldenlielle sur MM. Spindler et Ardouin.

— A comparer... Poursuivez.

— Le comte Malipierri de Turin annonce que la donation de trois cent miile francs est signée.

— En prévenir Duplessis... Ensuite?

— Don Stanislas vient de partir des eaux de Baden avec la reine Marie-Ernestine. Il donne avis que Sa Majesté recevra avec gratitude les avis qu'on lui annonce, et y répondra de sa main.

— Prenez note... J'écrirai moi-même à la reine.

Pendant que Rodin inscrivait quelques notes en marge du papier qu'il tenait, son maître, continuant de se promener de loi;g en large dans la chambre, se trouva en face de la grande mappemonde marquée de petites croix rouges; un instant il la contempla d'un air pensif.

Rodin continua : — D'après l'état des esprits dans certaines parties de l'Italie, où quelques agitateurs ont les yeux tournés vers la France, le père Oi«ini écrit de Milan qu'il seiait très important de répandre à profusion dans ce pays im petit livre dans lequel les Français, nos compatriotes, seraient présentés comme impies et débauchés... pillards et sanguinaires...

— L'idée est excellente, on pourra exploiter habilement les excès

commis par les nôtres en Italie pendant les guerres de la r(?pnhlique... II faudra charger Jacques Dumoidin d'écrire ce petit livre. Co: homme est pc'tri de bile, do fiel et de venin; le panipliiot sera tcri'iblc... d'aii- .leurs je donnerai quelques notes; mais qu'on ne paye Jacques Dumoulin qu'après la remise du manuscrit...

— Bien entendu... Si on le soldait d'avance, il serait ivre-morl pendant huit jours dans quelque mauvais lieu. C'est ainsi qu'il a fallu hii payer deux fois son virulent f;ictum contre les tendances panthéistes de la doctrine philosophique du proiesseur Martin.

— Notez... et continuez.

— Le négociant annonce que le commis est sur le point d'envoyer le banquier rendre ses comptes devant qui de droit...

Après avoir accentué ces mots d'une façon particulière, Rodin dit à son maître : — Vous compienez?...

— Parfaitement... — dit l'autre en tressaillant. — Ce sont les expressions convenues... Ensuite?

— Mais le comm.is, — reprit le secrétaire, — est retenu par un dernier scrupule.

Après un moment de silence, pendant lequel ses traits se contractèrent péniblement, le maître de Rodin reprit : — Continuer d'agir sur l'imagination du commis par le silence et la solitude, puis lui faire relire la liste des cas où le régicide est auloi-isé et abseus... Continuez.

— La femme Sydney écrit de Dresde qu'elle attend les instructions. De violentes scènes de jalousie ont encore éclaté entre le père et le li!s à son sujet; mais dans ces nouvenux épanchi'ments do haine mutuelle, dans ces confidences que ch:icun lui fai^^ait contr-e son rival, la femme Sydney n'a encore rien trouvé qui ait trait aux renseignements qu'on lui demande. Elle a pu jusqu'ici éviter de se décidei' pour l'un ou pour l'autre; mais si cette situation se prolonge... elle craint d'éveiller leurs soupçons. Qui doit-elle préférer, du père ou du fils?

— Le fils... Les ressentiments de la jalousie seront bien plus violents, bien phis cruels chez ce vieillard; et pour se venger de la préférence accordée à son fils, il dira peut-être ce que tous deux ont tant d'intérêt à cacher... Ensuite ?

— Depuis trois ans, deiLx sei'vantes d'Ambrosius, que l'on a placées dans cette petite paroisse des montagnes du Valais, ont disparu... sans qu'on sache ce qu'elles sont devenues. Une troisième vient d'avoir le môme sort. Les protestants du pays s'émeuvent, parlent de meurtre... de circonstances épouvantables...

— Jusqu'à preuve évidente, complète du fait, que l'on défende Anàbrosius contre ces infâmes calomnies d'un parti qui ne reruki jantât? devant le? inventions îo? ph^s monstnicusos... Continuez.

408 LE JUIF EKBA>'T

— Thompson de Livcrpool est cnSn pan'enu à fairo entrer Justin comme homme de confiance chez lord Stewart, riche catholique irlandais dont la tète s'affaiblit de plus en plus. .

— Une fois le fait vérifié, cinquante louig de gratification àf Thompson. Prenez note pour Duplessis...-ï'Qursuivez.

— Frank Dichestein de Vienne, — reprit Rodin, — annonce que son père vient de mourir du choléra... dans un petit village à quelques lieues de cette ville... car l'épidémie continue d'avancer lentement, venant du nord de la Russie par la Pologne...

— C'est vrai, — dit le maître de Rodin en interrompant; — puisse le ten-ible fiéau ne pas continuer sa marche effrayante et épargner la France!...

— Frank Dichestein, — reprit Rodin, — annonce que ses deux frères sont décidés à attaquer la donation faite par son père... mais que lui est d'un avis opposé...

— Consulter les deux personnes chargées du contentieux... Ensuite?

— Le cardinal prince d'Amalli se conformera aux trois premiers points du mémoire. 11 demande à faire ses réserves pour le quatrième point.

— Pas de réserves... acceptation pleine et absolue; sinon la guerre: et notez-le bien, entendez-vous! une guerre acharnée, sans pitié ni pour lui ni pour ses créatures... Ensuite?

— Fra Paolû annonce que le patriote Boccari, chef d'une société secrète très redoutable, désespéré de voir ses amis l'accuser de traiiison, par suite des soupçons que lui, Fra Paolo, avait adroitement jetés dans leur esprit, s'est donné la mort.

— Boccari!! est-ce possible?... Boccari!... le patriote Boccari!... cet ennemi si dangereux? — s'écria le maître de Rodin.

— Le patriote Boccari... — répétale secrétaire, toujours impassible.

— Dire à Duplessis d'envoyer un mandat de vingt-cinq louis à Fra Paolo... Prenez note.

— Hausmann annonce que la danseuse française Albertine Ducornet est la maîtresse du prince régnant : elle a sur lui la plus complète influence; on pourrait donc par elle arriver sûrement au but «lu'on se propose; mais celte Albertine est dominée par son amant, » oudamné en France comme faussaire, et elle ne fait rien sans le consulter...

— Ordonner à Hausmann de s'aboucher avec cet homme; si ses î.:r5tentions sont raisonnables, y accéder : s'informer si cette fille n'a ] as quelques parents à Paris.

— Le duc d'Orbano annonce que le roi son maître autorisera le nouvel établissement proposé, mais aux conditions précédemment îîotifiées.

-^ Pas de conJiliriU:?, une franche adhésion ou un refus positif... en loconnaît ainsi se> arnis et ses ennemis... Plus les circonstances «ont défavorables... plus il faut montrer de fermeté, et imposer par la confiance en soi.

— Le même annonce que le corps diplomatique tout entier continue d'appuyer les réclamations du père de cette jeune fille proiestante, qui ne veut quitter le couvent où elle a trouvé asile et protection que pour épouicr son amant contre la volonté de son père.

— Ah!... le coi-ps diplomatique continue de réclamer au nom d« ce père?

— Il continue...

— Alors, continuer de lui répondre que le pouvoir spirituel n'a rien à démêler avec le pouvoir temporel.

A ce moment le timbre do la porte d'entrée frappa deux coups.

— Voyez ce que c'est, — dit le maître de Rodin.

Celui-ci se leva et sortit. Son maitre continua de se promener, pensif, d'un bout à l'autre de la chambre. Ses pas l'ayant encore amené auprès de l'énorme sphère, il s'y arrêta. Pendant quelque temps il contem]>la, dans un pi-ofond silence, les innombrables petites croix rougos qui semblaient couvrir d'un immense réseau toutes les contrées de la terre. Songeant sans doute à l'invisible action de .«on pouvoir, qui paraissait sélendre sui' le monde entier, les traits de cet homme s'animèrent, sa Iirge prunelle grise étincela, ses narines se gonflèrent, sa mule fijzure prit une incroyable expression d'énergie, d'audace et de superbe. Le front altier, la lèvre dédaigneuse, il s'approcha de la sphère et appuya sa vigoureuse main siu le polo... A cette puissante étreinte, à ce mouvement impérieux, possessif, on aurait dit que cet hoiume se croyait sûr de dominer ce globe, qu'il contemplait do toute la hauteur de sa gi-ande taille et sur lequel il posait sa main d'un air si fier, si audacieux. Alors il ne souriait pas. Son large Iront se plissait d'une manière formidable, sou regard menaçait; l'arLisle qui aurait voulu peindre le démon de l'orgueil et de la domination n'am-ait pu choisir un plus effrayant modèle. Lorsque Rodin rentra, la figine de son maitre avait repris son expression habituelle.

— C'est le fadeur, — dii Rodin en montrant les lettres qu'il tenait à la main, — il n'y a rien de Dunkerque...

• — Rien ! ! ! — sVcria son maitre.

Et sa douloureuse émotion contrastait singulièrement avec l'expression hautaine et implacable que son visage avait naguère.

— Rien ! ! ! aucune nouvelle de ma mère ! — reprit-il; — encorn trente-six heures d'inquiétude.

— Il me .semble que si madame la princesse avait eu de mau -

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vai?8S nouvelles à donner, elle eût écrit j probablement le mieux continue...

— Vous avoz sans doute raison, Rodin; mais il n'importe... je ne suis pas tranquille... Si demain je n'ai pas de nouvelles compléicment rassurantes, je partirai i)0ur la tene de la princesse... Pour- .iuoi faut-il que ma mère ait voulu aller passer l'automne dans ce [la^s!... Je crains que les environs de Duukerque ne soient pas sains l'our elle...

Après un moment de silence il ajouta en continuant de se promener : — Enfin... voyez ces leUros... d'où sont-elles?...

Rodin, après avdir examiné leur timbre, répondit : — Sur les quatre, il j en a ti'ois relatrves à la grande et importante alïaire des médailles....

— Dieu soit loué... pourvu que les nouvelles soient favorables, — s*écria le maître de Rodin avec une expression d'inquiétude qui témoignait de l'extrèiiie importance qu'il attacliait à cette aflaire.

— L'une, de Chaileslown, est sans doute relative à Gabriel le missionnaire, — répondit Rodin; — l'autre, de Batavia, a sans doute rajf)port à l'Indien Djalma... Celle-ci est de Leipsig... Sans doute elle confirme celle d'hier, où ce dompteur de bêles féroces, norûmé Morok, annonçait que, selon les ordres qu'il avait reçus, et sans q\i'oij pût Fagcuser en rien, les fiHes du général Simon ne pourraient continuer leur voyage.

Au nom du général Simon, tui nuage passa sur les traits du maître de Rodin.

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